Le gouvernement argentin a signé, hier vendredi, un accord d’un genre inédit
avec l’Équipe Anthropologique de médecine légiste (EAF) dans le but d’identifier les restes humains d’environ 600 individus disparus sous la dernière dictature militaire.

La tâche consistera à comparer les ADN des dépouilles des disparus avec les échantillons sanguins prélevés sur les membres des familles dont les proches furent victimes de la répression illégale exercée par le régime entre 1976 et 1983.
L’ accord a été pris par le ministre argentin de la Santé, Ginés González García, le président de l’EAF, Luis Fondebrider, et le secrétaire aux Droits de l’Homme, Eduardo Duhalde.
« Ce n’est pas un moment de joie, mais un moment de satisfaction » signale González García en soulignant l’importance de l’accord.

Selon le président de l’EAF, il s’agit du premier accord au monde établi entre un Etat et une organisation non gouvernementale.
Dès le 1er novembre, une campagne publicitaire sera lancée pour expliquer à la population la particularité de cet accord.

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Militaire et homme d'État, président de la République argentine (1976-1981).

A partir de janvier 2008, des prélèvements sanguins seront envoyés aux Etats-Unis  afin de les comparer aux analyses génétiques qui se trouvent actuellement sous tutelle judiciaire.
D’ici un an les premières identifications devraient être réalisées.

Les 3600 échantillons sanguins prélevés sur les membres de famille des victimes ont principalement étaient fournis par le secrétaire aux Droits de l’Homme.
En 23 ans, la EAF a réussi à identifier 350 corps disparus pendant la dictature.
Selon les sources officielles, 18 000 personnes ont disparu en Argentine pendant le régime militaire, tandis que les organismes aux Droits de l’Homme avancent le chiffre de 30 000 disparus.

Article extrait de  » EL PAIS » du 6/10/2007
Traduit par Aline T

Parcours du savoir

Le 24 mars 1976, Videla, à la tête d’une junte militaire, s’empare du pouvoir. La Junte restera en place jusqu’au 10 décembre 1983. Elle se compose dans un premier temps de Videla, du commandant de la marine, l’amiral Emilio Eduardo Massera et du commandant des forces aériennes, le Brigadier-général Ramón Agosti. Videla cède la présidence de la Junte au général Roberto Eduardo Viola en 1981.

Les militaires argentins mènent une guerre sans relâche contre les idéaux de gauche, contre toute forme d’ opposition au régime, et plus globalement, contre tout ce qui menace la civilisation chrétienne et occidentale.

Au cours des années qui suivent, l’armée assassine ou « fait disparaître » entre 10 000 et 30 000 personnes, principalement des opposants politiques. Parallèlement, quelques 500 000 opposants au régime se voient contraints à l’exil, pour échapper à la répression.

Au cours de l’année 1983, le régime militaire, affaibli par sa cuisante défaite face à la marine britannique durant la guerre des Malouines, cède le pouvoir à un gouvernement civil, le radical Raúl Alfonsín accède démocratiquement à la présidence.