La nouvelle Assemblée nationale s’apprête à tourner la page Fidel Castro, le chef historique de la révolution cubaine qui a fait de l’île un État communiste aux portes des États-Unis, en désignant dimanche son successeur. Son frère Raul Castro, qui assurait l’intérim à la tête du pays depuis son hospitalisation il y a 19 mois, devrait selon toute vraisemblance être choisi pour devenir le nouveau président du Conseil d’État.
Les 614 membres de l’assemblée doivent se réunir à 10h00 (15H00 GMT). Une annonce sur la composition du Conseil État, la plus haute instance exécutive de l’île, sera faite dans l’après-midi.
Jadis un commandant en chef infatigable, capable d’enchaîner sept heures de discours sous un soleil de plomb, Fidel Castro est devenu un vieillard frêle et fragile. Agé de 81 ans, il n’est pas apparu en public depuis qu’il a subi une lourde intervention chirurgicale aux intestins en juillet 2006.
Il conservera une certaine influence en continuant d’occuper la fonction de premier secrétaire du Parti communiste.

cuba24022008-1Castro a annoncé son retrait de la scène politique mardi, presque un demi-siècle après avoir chassé du pouvoir un dictateur soutenu par les Etats-Unis en prenant la tête d’une révolution armée. Il avait alors commencé à façonner son personnage, devenu icône pour de nombreux mouvements de gauche et tyran pour ses opposants.
Le « Comandante en Jefe » a déclaré que la maladie, sur laquelle le secret demeure, l’avait trop affaibli pour qu’il puisse continuer à gouverner le pays mais il a annoncé qu’il se ferait soldat « dans la bataille des idées » en écrivant des articles.
Depuis l’annonce de son départ, les exilés cubains et le président américain George W. Bush ont renouvelé leurs appels à une transition démocratique sur l’île.

Mais dans les rues de La Havane, c’est l’indifférence qui domine. Peu de Cubains s’attendent à ce qu’avec le départ Castro, le dernier régime communiste de l’Ouest ne tire sa révérence.
Ses plus fervents partisans le considèrent toujours comme le leader incontesté de la révolution et assurent qu’il continuera de tirer les ficelles du pays.
« Il n’a pas quitté le pouvoir. Fidel ne renoncera jamais à la révolution et au pouvoir. Ce qu’il fait c’est quitter ses fonctions, comme le Che (Ernesto Guevara) l’avait fait », estime Alejandro Ferras, 87 ans, qui a participé avec Castro à l’attaque meurtrière contre la caserne de Moncada.
« Il va continuer de se battre comme un soldat dans la bataille des idées », explique Ferras, dans sa maison de La Havane.

cuba24022008-2Raul Castro, un général de l’armée qui a vécu des années dans l’ombre de son charismatique frère, est généralement considéré comme un pragmatique, davantage préoccupé par la résolution des problèmes concrets de l’île que par la poursuite de la guerre idéologique contre les Etats-Unis.
Pendant les 19 mois où il a dirigé le pays par intérim, Raul Castro a ouvert le débat sur les défaillances de l’économie administrée, suscitant un espoir de réformes. Dans les faits toutefois, les choses ont peu changé.
De nombreux Cubains espèrent pouvoir bientôt acheter et vendre librement leurs maisons, voyager à l’étranger, et se rendre dans des hôtels et sur des plages réservés aux touristes.
L’année dernière, Raul Castro a fait un geste en direction des Etats-Unis en se déclarant prêt au dialogue mais seulement après le départ de la Maison blanche de George Bush qui a durci l’embargo contre le gouvernement cubain.
Des responsables de l’administration Bush ont décliné l’offre, qualifiant Raul Castro de « Fidel Light » et dénonçant ce qu’ils considèrent comme une passation de pouvoir d’un dictateur à un autre.

Article de l’agence Reuters du 24/02/08