L’Amérique latine était soulagée samedi après la réconciliation spectaculaire entre la Colombie et l’Equateur, grâce aux bons offices du président vénézuélien Hugo Chávez, qui a éloigné le spectre d’un conflit armé.
Loin de ses diatribes enflammées, le chef de file de la gauche anti-américaine s’est imposé comme l’artisan clé de la détente, en prônant la paix entre les présidents colombien Alvaro Uribe et équatorien Rafael Correa, lors du sommet du Groupe de Rio, tenu la veille à Saint-Domingue.

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Rafael Correa et Alvaro Uribe

M. Correa a estimé lors du sommet que la crise, déclenchée il y a une semaine par une incursion de l’armée colombienne en Equateur, avait été « surmontée ».

« Correa, Uribe et Chávez ont surmonté la crise avec une accolade », titrait en une samedi le quotidien vénézuélien « El Universal », après la poignée de main échangées par les trois hommes.

Toutefois, le dirigeant équatorien a prévenu samedi que la reprise des relations diplomatiques, rompues avec Bogota, prendrait « encore un peu de temps ». « Ce sera très difficile de restaurer la confiance » avec la Colombie, a-t-il souligné.
L’Organisation des États-Américains (OEA) enverra dimanche en Equateur puis mardi en Colombie une mission, dirigée par son secrétaire général José Miguel Insulza, afin de faire le point, avant une réunion des chefs de diplomatie du continent, prévue le 17 mars à Washington.

Désireux de ne pas « faire souffler un vent de guerre », M. Chávez a de son côté rencontré à La Havane le nouveau président cubain Raúl Castro, effectuant sa première visite dans l’île communiste depuis le retrait de son frère Fidel.
Le vieux dirigeant cubain a estimé dans une « réflexion » publiée samedi dans Granma que les États-Unis étaient « les seuls perdants » dans cette crise régionale.
« Nous croyons que cela a été une victoire historique de l’Amérique latine contre l’impérialisme qui a encouragé et essayé de provoquer une guerre entre deux peuples frères », a déclaré le chef de la diplomatie cubaine, Felipe Perez Roque.

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La fin d’une crise

A l’origine de l’escalade de la tension, le raid de l’armée colombienne, mené le 1er mars dans un camp des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), avait provoqué la mort d’un haut dirigeant de la guérilla marxiste et d’une vingtaine de guérilleros.
« Tout s’est déroulé comme une thérapie de groupe qui a commencé avec des bruits de guerre et s’est terminée par un rameau d’olivier », a expliqué à l’AFP le directeur du Centre d’analyse diplomatique et stratégique à Caracas Edmondo Gonzalez Urrutia, soulignant « l’habileté politique » du président vénézuélien.
« Mais les problèmes de fond demeurent toujours » dans la région, a estimé cet ancien ambassadeur.
Le Venezuela n’a d’ailleurs pas rappelé les dix bataillons qui avaient été envoyés en renfort à la frontière avec la Colombie, au plus fort de la crise.
Près de 6.000 soldats vénézuéliens continuaient de patrouiller samedi le long des 2.200 kilomètres qui séparent les deux pays.

M. Chávez, qui considère les rebelles comme de « bons révolutionnaires », s’est engagé à continuer à oeuvre pour obtenir une libération des otages retenus par les FARC, notamment Ingrid Betancourt, en raison de son mauvais état de santé, après plus de six ans de captivité.
Yolanda Pulecio, la mère de l’ancienne candidate à la présidence en Colombie, qui possède aussi la nationalité française, a accompagné M. Chavez lors de sa visite à Cuba, a rapporté la télévision cubaine.
Les FARC, en rébellion contre la Colombie depuis 1964, réclament la libération de 500 guérilleros emprisonnés, en échange d’un groupe de 39 otages, dont Mme Betancourt et trois civils américains.

La mort d’Ivan Rios, un des sept membres du secrétariat des FARC, assassiné par des membres de sa garde personnelle, est un nouveau coup dur porté à la guérilla colombienne, une semaine après la mort de son numéro deux, Raúl Reyes.
Membre du secrétariat (organe dirigeant) des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), Ivan Rios, de son vrai nom Manuel Munoz Ortiz, a été abattu par ses propres hommes dans une zone rurale de la municipalité de Samana (à 400 km à l’ouest de Bogota) dans le département de Caldas (ouest).

Article REUTERS du 08/03/2008