Paraguay : Fernando Lugo remporte l’élection présidentielle

Paraguay, Politique — Par le 21 avril 2008 à 14 h 08 min

Le Paraguay était en liesse après la victoire historique de l’ex-évêque Fernando Lugo, candidat de la coalition de gauche, élu officiellement président du Paraguay dimanche, mettant ainsi fin à 61 ans d’hégémonie du Parti Colorado.

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De nombreux drapeaux s'agitent pour fêter la victoire de Fernando Lugo.

Les résultats collectés dans 88% des bureaux de vote le créditent de près de 41% des suffrages, soit dix points de plus que Blanca Ovelar, candidate du Colorado et première femme à briguer la présidence, qui a reconnu sa défaite.
L’ex-général Lino Oviedo, condamné naguère à la prison pour une tentative de putsch, arrive en troisième position. Le scrutin se déroule à la majorité simple, sans second tour.
En cette nuit de pleine lune, devant la place des Héros, au coeur d’Asuncion, un cortège de voitures était bloqué, des enfants debout sur les capots, au beau milieu d’une marée humaine, composée de jeunes, de vieux, de familles entières brandissant les drapeaux du bleu de la coalition de gauche victorieuse de Fernando Lugo.
Dans un concert de klaxons et de pétards, plusieurs dizaines de milliers de partisans de Lugo se sont rassemblés dans le centre d’Asuncion pour célébrer son élection.

« Nous avons écrit aujourd’hui un nouveau chapitre de l’histoire politique de notre nation », s’est-il félicité, s’adressant à la presse.

« Nous pouvons dire aujourd’hui que le petit peuple est aussi capable de l’emporter », avait-il déclaré un peu plus tôt, à son quartier général de campagne.

Premier président du Paraguay à n’être pas membre du Parti Colorado aux commandes du pays depuis 1947, l’ancien évêque prendra ses fonctions le 15 août prochain.
Descendant dans les rues d’Asuncion, des milliers de partisans du président élu Fernando Lugo avaient commencé à célébrer sa victoire et l’éviction historiques du Parti Colorado, dès 17H00 locales (21H00 GMT).

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L'espoir d'un changement annoncé

Au fil des annonces précisant que « le changement » politique était plus que probable, la foule a grandi, la rumeur de la ville amplifiée des sons des klaxons et des détonations de pétards et de feux d’artifices.
« Nicanor s’en va, Nicanor s’en va », chantait ici la foule en se moquant du président sortant Nicanor Duarte. « Lugo a du coeur », chantait elle par là.

La dernière fois qu’une telle manifestation de liesse populaire s’était produite remonte à la chute du dictateur Alfredo Stroessner en 1989. Désormais à la tête d’une coalition de centre gauche, il se présente comme un indépendant et récuse la comparaison avec le président vénézuélien Hugo Chavez, chantre de la « révolution Bolivarienne », ou son allié bolivien Evo Morales.

Plusieurs dizaines d’observateurs internationaux ont veillé au bon déroulement du scrutin dans un pays où la corruption et la contrebande sont répandues.
Les craintes de fraude et de violences ont été apaisées au cours de la journée, aucun incident majeur n’ayant été signalé.
Quelques échauffourées localisées ont toutefois éclaté et du gaz lacrymogène a été projeté dans le bureau de vote où le colistier de Lugo accomplissait son devoir électoral, a indiqué un membre de son équipe de campagne.

Le parti Colorado, au pouvoir depuis 1947 – un record mondial -, a soutenu durant 35 ans la dictature du général Alfredo Stroessner avant de contribuer à sa mise à l’écart, en 1989.

« Je n’arrive toujours pas à le croire, c’est une bénédiction, enfin notre seigneur Jésus-Christ prête attention au Paraguay », s’est exclamée en se signant Mercedes Jara, une femme au foyer interrogée par l’AFP.

Immédiatement après l’annonce des résultats officiels, Fernando Lugo a rejoint la foule dans le centre d’Asuncion où il lui a lancé : « Nous vous demandons de ne pas nous laisser seuls, la démocratie nous la ferons ensemble ! ».

paraguay21042008-3Le président Duarte a reconnu la victoire de M. Lugo et s’est engagé à « collaborer activement pour une passation de pouvoir dans un contexte pacifique, de compréhension et dans un esprit de construction ».

Auparavant, Mme Ovelar avait reconnu sa défaite lors d’une brève conférence de presse.
« Je reconnais le triomphe de Fernando Lugo« , avait annoncé Mme Ovelar en précisant « assumer avec dignité que les résultats (…) sont à ce stade irréversibles ».
Peu après l’annonce des projections officielles qui lui étaient favorables, M. Lugo avait, dans une conférence de presse, fait voeux qu’à l’avenir « le Paraguay ne soit plus simplement connu pour sa corruption et sa pauvreté mais pour son honnêteté ».
M. Lugo a également souhaité « que plus jamais on ne pratique de politique fondée sur le clientélisme et la prébende, qui provoquent tant de dommages ».
« Si ces résultats sont ratifiés, nous serons ouverts à la rencontre de tous les représentants de la communauté internationale pour travailler à l’intégration réelle de la région et du continent », avait-il alors souligné.

Avec la victoire de M. Lugoet de ses partisans, le marché commun régional du Mercosur (Argentine, Brésil, Uruguay et Paraguay plus les pays associés Chili et Bolivie et le Venezuela en cours d’intégration) ne compte désormais que des gouvernements de gauche.
Fernando Lugo, surnommé « l’évêque des pauvres », a renoncé à son sacerdoce en décembre 2006 pour conduire aux élections sa coalition, l’Alliance patriotique pour le changement (APC).
Depuis, la popularité du candidat, qui se qualifie de « progressiste », n’avait cessé d’augmenter dans ce pays où un tiers des six millions d’habitants vit en dessous du seuil de pauvreté.

Article du 21/04/08


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