colombie06072008-1Au lendemain de son arrivée en France, Ingrid Betancourt était examinée samedi par des médecins à l’hôpital militaire du Val-de-Grâce à Paris afin de déterminer, malgré sa bonne forme apparente, les conséquences sur sa santé de six ans de détention dans la jungle colombienne.

L’ex-otage, âgée de 46 ans, est arrivée à l’hôpital en fin de matinée. Elle devrait y subir une série d’examens approfondis, notamment un bilan sanguin.
Ingrid Betancourt, libérée mercredi, avait été brièvement examinée à Bogota par le médecin en chef de la présidence française, le Dr Christophe Fernandez, spécialement dépêché à bord de l’avion qui a transporté la famille de l’ex-otage vers la capitale colombienne.
Le médecin avait conclu à un résultat « plutôt rassurant », sans toutefois exclure une possible hospitalisation.

Depuis sa libération, Ingrid Betancourt, qui a très peu dormi, a multiplié les interviews, les conférences de presse, les interventions officielles, tout en affichant un sourire radieux.
Mais elle a aussi expliqué avoir été gravement malade au cours de ses six ans et quatre mois de captivité aux mains de la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC).
Elle était apparue extrêmement maigre et lasse dans une vidéo diffusée en novembre dernier, qui avait suscité l’inquiétude de ses proches.

Quelques mois plus tard, des informations alarmantes sur son état de santé avaient entraîné l’envoi par la France d’un avion médicalisé en Colombie. Des maladies comme une hépatite B, une amibiase et une leishmaniose avaient alors été évoquées.
« J’ai eu des chaînes tout le temps, 24 heures sur 24, pendant trois ans », a raconté Ingrid Betancourt, ajoutant avoir été victime de « sévices » et avoir été atteinte par une « série de maladies qui se sont accumulées ».

L’ex-otage a plusieurs fois expliqué comment un de ses compagnons de captivité, le caporal William Perez, doté de notions d’infirmerie, lui avait « sauvé la vie ».

colombie06072008-2« Quand il a vu que je ne me levais plus de mon hamac et que je refusais même de prendre un bain car je n’avais plus la force, il est venu me voir, il m’a diagnostiquée, il a pris sur lui de me remettre en vie », a-t-elle raconté.
De son côté, M. Perez, libéré en même temps qu’Ingrid Betancourt, a raconté qu’il avait « dû lui administrer beaucoup de sérum, la nourrir avec soin car elle ne pouvait plus rien avaler et elle vomissait tout ce qu’elle ingurgitait ».
« Elle a été très malade. Les preuves de vie que vous avez vues et qui ont scandalisé le monde, dataient pourtant d’un moment où sa santé s’améliorait. Pouvez-vous imaginer dans quel état elle était ? », a-t-il interrogé.

Outre les séquelles physiques, des experts mettent en garde contre de possibles traumatismes psychologiques liés à des années d’humiliations et d’espoirs déçus.
L’ancienne otage, qui a souvent fait état de sa foi catholique et d’une « protection spirituelle », a assuré qu’elle n’avait « pas de fardeau du passé à porter ».

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Ingrid Betancourt, libérée mercredi après plus de six ans de captivité en Colombie, est arrivée vendredi avec ses enfants en France, où elle a été accueillie en héroïne par le président Nicolas Sarkozy qui lui a fait part du bonheur de tout un pays de la revoir libre.

Elle a été libérée avec 14 autres otages lors d’une opération héliportée de l’armée colombienne.
La Radio suisse romande (RSR) a affirmé que des membres des FARC avaient touché quelque 20 millions de dollars pour libérer les otages, et que cette opération était « une mise en scène ».

Pour prouver la véracité de sa version, Bogota, qui a démenti avoir versé « le moindre centime », a diffusé des extraits d’une vidéo réalisée par un membre des commandos spéciaux de l’armée colombienne lors de cette opération de libération.
La Franco-Colombienne Ingrid Betancourt annonce qu’elle va « rentrer en Colombie dans quelques jours », dans un entretien au Journal du Dimanche où elle fait également part de son intention d’écrire une pièce de théâtre sur son expérience d’otage.

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Ingrid Betancourt décroche son portrait de l'hôtel de ville de Paris, il était accroché depuis 2004.

Interrogée sur l’éventualité d’un livre racontant son expérience, elle répond : « Je ferai une pièce de théâtre ».
« Il faudra une mise en scène pour que les gens comprennent ces choses qui tiennent plutôt à la condition humaine, à ce que nous sommes au fond de nous. Nous pouvons être des anges mais nous pouvons aussi être des démons pour l’autre », explique-t-elle.
Rassurée sur son état de santé après son passage à l’hôpital du Val-de-Grâce samedi, elle confie que « pour l’hépatite, le foie fonctionne parfaitement ». « On attend maintenant une seconde étape de résultats qui nous diront s’il y a un virus et, si oui, s’il y est encore », précise-t-elle.
« A part ça, des petites choses sans importance: vraiment, tout est bon », ajoute-t-elle.

Article du 06/07/08