Le gouvernement péruvien a déclaré l’état d’urgence dans diverses provinces où des groupes indigènes ont manifesté contre les projets de loi relatifs au développement de la région Amazone qui, selon les manifestants, favoriseraient les grands groupes internationaux.

perou24082008-1La mesure gouvernementale, qui peut prévoir la restriction ou la suspension totale de la liberté de réunion et de déplacement, sera décrétée pour une durée de 30 jours, en accord avec un décret signé par le président de la république, Alan Garcia, son chef de gouvernement, Jorge Del Castillo, et les ministres de la Défense et de la Justice.
Le décret concerne les provinces de Bagua et Utcubamba, le département de l’Amazone ; la province de Datem del Marañón, le département de Loreto, ainsi que le district de Charate de la Province de la Convención , à Cusco.

Le gouvernement a affirmé que les affrontements qui avaient lieu entre les forces de l’ordre et des groupes manifestants mettaient en péril la sécurité de la région.
De plus, selon les autorités, le projet a pour objectif de protéger diverses installations pétrolières et de gaz naturel afin qu’elles puissent poursuivre leur activité.

Le document, publié ce lundi 18 août dans le journal officiel  » El Peruano « , assure que certains droits fondamentaux de la population  » étaient perturbés par des actes de violence qui empêchent la réalisation de certains actes quotidiens, affectant ainsi le processus normal des activités économiques dans certaines localités amazoniennes du pays « .

Plus de 60 groupes indigènes s’opposent à une série de projets de loi lancée par le gouvernement en place.
L’association interethnique du développement de la forêt péruvienne AIDESEP, qui représente plus de 1300 communautés, considère que les projets cherchent à  » privatiser les forêts et les rivières du bassin amazonien  » et à redonner à l’État les territoires des communautés indigènes, afin que le gouvernement puisse les mettre à disposition des grandes compagnies étrangères. « 
L’association exige que  » ces projets soient abandonnés afin que les droits collectifs à la propriété et à l’autogestion des natifs, reconnus dans la déclaration des Nations unies sur les peuples indigènes, ne soient pas bafoués, et exige que l’intégralité des territoires, source de vie et de subsistance, leur soit rendue afin d’assurer l’avenir des nations autochtones. « 

Selon une déclaration publiée sur le site Internet de l’organisation AIDESEP  »  plus de 70 % de l’Amazonie péruvienne se trouve encerclé par des concessions pétrolières qui empiètent sur les communautés indigènes, des réserves territoriales pour ces peuples isolés, des réserves communales et autres zones de conservation. « 

L’organisation assure, que des problèmes similaires se présentent avec  » les activités forestières et minières. « 

Quelques heures avant la publication de ce décret, le gouvernement a assuré  » sa volonté de maintenir le dialogue avec les natifs amazoniens « .

Selon un article de presse, le conseil des ministres a dépêché comme interlocuteur le ministre de l’environnement, Antonio Brack, tandis que certains groupes exigent la présence du premier ministre, Jorge Del Castillo.

 » Le gouvernement réitère sa volonté de poursuivre le dialogue, dans cette optique, il fait confiance au ministre de l’environnement ; il a d’ailleurs commencé à dialoguer avec les instances concernées « .

perou24082008-2Del Castillo a affirmé  » qu’il était impossible d’interrompre l’extraction du gaz naturel et il a ordonné l’évacuation d’un pont occupé par les manifestants. « 

D’après lui  » il y a des éléments qui peuvent justifier la prise de mesures radicales « .

Toutefois, le gouvernement s’est vu contraint sous la pression du Congrès d’abroger ce projet de loi et de laisser les natifs jouir de leurs prérogatives, ce au grand dam de Jorge Del Castillo qui a déclaré que l’abrogation du projet » constituait un frein à la modernisation du pays ».
Il reste trois options pour le gouvernement, soumettre de nouveau le projet de loi au Congrès, soit promulguer la loi directement ou bien abandonner le projet.

Aline Timbert