Bolivie : La loi martiale est déclarée à Pando

Bolivie, Politique — Par le 14 septembre 2008 à 17 h 11 min
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Intervention des brigades de la police à Santa Cruz, après les affrontements entre partisans et opposants d'Evo Morales, le 10 septembre 2008.

Evo Morales est confronté à sa pire crise depuis qu’il est arrivé à la présidence de la Bolivie, il y a trois ans. Après avoir imposé la loi martiale dans le département autonomiste rebelle de Pando (Amazonie, nord-ouest), où le bilan des violences est d’au moins 18 morts, il a accusé samedi le gouverneur d’enrôler des mercenaires étrangers contre ses partisans.

L’Amérique latine s’inquiète de voir la Bolivie s’entredéchirer et craint son implosion: le Chili, qui préside l’Union des nations sud-américaines, a convoqué une réunion d’urgence lundi à Santiago. Le Vénézuélien Hugo Chavez, qui a apporté son soutien à son camarade Evo, a confirmé qu’il serait là: « il faut éviter une tragédie encore plus grave », a-t-il lancé.

Le Nicaraguayen Daniel Ortega a fait savoir qu’en « solidarité » avec La Paz, il refuserait une invitation à rencontrer George W. Bush à Washington.

Car le bras de fer a pris une dimension internationale, Morales et Chavez ayant expulsé les ambassadeurs américains, disant voir la main de Washington derrière les manifestations anti-gouvernementales de Bolivie. Morales accuse les diplomates américains de comploter avec ses opposants et les « oligarques », et d’attiser les violences et les divisions du pays.

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Affrontements à Tiquipaya

Le Brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, qui a tenté une médiation dans la crise bolivienne, compte se rendre également à Santiago si La Paz le lui demande. Le Brésil, premier client du gaz bolivien, a vu ses livraisons perturbées depuis le début de la crise.

Au cours d’une conférence de presse, samedi, le premier président amérindien de Bolivie a accusé le gouverneur rebelle de Pando, Leopoldo Fernandez, d’avoir enrôlé à sa solde « des narcotraficants, des assassins brésiliens et péruviens » pour tendre une embuscade à un groupe de paysans pro-gouvernementaux sur une autoroute de la jungle, jeudi. « Ces gens ont été massacrés », a-t-il dénoncé.

Le dirigeant paysan Antonio Moreno, survivant de l’affrontement, a raconté ce qui s’était passé: les paysans pro-Morales se rendaient à un meeting et seraient tombés dans une embuscade des partisans autonomistes. Les deux groupes en étaient venus aux mains lorsque tout à coup, un homme est sorti d’un véhicule, armé d’une mitraillette, et a fauché le groupe de paysans.

L’affrontement a fait 16 morts. Deux autres personnes sont mortes vendredi quand l’armée a repris, difficilement, le contrôle de l’aéroport de Cobija, capitale de Pando, frontalier avec le Brésil.

bolivie14092008-3La loi martiale est difficile à faire respecter à Cobija, où les groupes d’opposition ont pris le contrôle et en raison des tirs isolés, a reconnu le ministère de l’Intérieur, s’attendant à ce que le bilan de l’affrontement de jeudi s’aggrave et que d’autres cadavres soient retrouvés dans le secteur.

Morales a affirmé qu’il n’hésitera pas, si besoin est, à étendre l’état de siège aux trois autres provinces autonomistes rebelles, tout en disant espérer beaucoup des pourparlers lancés vendredi. L’opposition autonomiste s’y est emparée la semaine dernière des champs de gaz naturel et des bâtiments publics, dressant des barrages routiers, exigeant l’annulation du référendum du 7 décembre.

Ce référendum, dénoncé par l’opposition libérale, cristallise la crise qui couve depuis l’accession du socialiste Morales à la tête du pays le plus pauvre d’Amérique latine. Il prévoit de permettre à Morales de briguer un second mandat, de procéder à une réforme agraire en faveur des paysans sans-terre et de renforcer la centralisation du pouvoir.

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Un militaire face aux opposants de Morales dans la région de Santa Cruz.

Déclenchée par une énième querelle financière États/régions, elle oppose deux Bolivie: celle des hauts plateaux andins et des indiens pauvres, défendue par Morales l’ancien « cocalero ». Et celle des provinces riches, blanches et métisses de l’est et du sud, Santa Cruz et Tarija en tête, qui tiennent les ressources naturelles en gaz et pétrole, et la richesse agricole.

Depuis l’arrivée du socialiste Morales au pouvoir, la rébellion couve donc dans cinq provinces réclamant l’autonomie régionale. Les gouverneurs rebelles ont affirmé samedi que tout dialogue serait rompu s’il y a d’autres morts à Cobija, et annoncé qu’il se rendaient dimanche dans le Pando, en solidarité avec Fernandez.

bolivie14092008-5La crise a ravivé les tensions ethniques dans ce pays fracturé entre les partisans du chef de l’État, en majorité des paysans pauvres des Andes, et la population métisse ou blanche qui vit dans les plaines de l’est et du sud où sont concentrées les terres fertiles et les hydrocarbures. Loin d’apaiser le climat, le chef de l’État a galvanisé samedi soir ses partisans, les appelant à « mourir pour la patrie » et dénonçant une tentative de « coup d’Etat fasciste et raciste ».

« Ils peuvent bien faire tomber l’Indien, mais le peuple bolivien, le peuple révolutionnaire, ne va pas tomber. Il faut défendre le changement à tout prix », a-t-il clamé lors d’un grand rassemblement à Cochabamba, dans le centre du pays.

Elu en 2006, cet ancien planteur de coca de 48 ans a aussi ravivé les hostilités avec les Etats-Unis, qu’il a accusés d’orchestrer les troubles, justifiant ainsi l’expulsion de leur ambassadeur, Philip Godberg, appelé à regagner dimanche son pays.

Seule note positive, les chefs d’État de la région se sont engagés à tout faire pour désamorcer la crise, lors d’une réunion extraordinaire de l’Union des Nations sud-américaines (Unasur) prévue lundi au Chili.

Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, attendu à Santiago, a exhorté tous les Boliviens à faire des efforts pour parvenir à la paix. « Si nous prenons une décision et qu’aucune des parties ne la respectent, la réunion ne servira à rien », a-t-il averti.


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