Il ne se passe pas un jour sans que la presse dominicaine ne fasse état de la mort d’un ou de plusieurs civils abattus par la police. Les autorités affirment que ce sont des délinquants tués lors « d’échanges de tirs » avec des patrouilles de policiers. *Il s’agit d’exécutions extrajudiciaires dans 75 % des cas », affirme Manuel Maria Mercedes, président de la Commission nationale des droits humains (CNDH).

« De nombreuses personnes ont été tuées alors qu’elles étaient sous le contrôle des autorités policières et qu’elles demandaient clémence, selon des témoins et des membres de leurs familles », ajoute-t-il. Une affirmation confirmée par des enregistrements vidéo dans plusieurs cas récents. Alors que la République dominicaine a aboli la peine de mort en 1924, près de 500 civils ont été tués par la police en 2008, 40 % de plus qu’en 2007, selon la CNDH. Les statistiques officielles font état de 343 personnes tuées entre janvier et septembre 2008 lors « d’actions légales » de la police.

L’hécatombe s’est accentuée fin décembre. Trente personnes sont tombées sous les balles de la police en douze jours. Le 30 décembre, six hommes, dont trois membres d’un syndicat de chauffeurs, ont été criblés de balles par une patrouille dans un parc de Saint-Domingue. Selon le président du syndicat, Juan Hubieres, il s’agissait d’une exécution et plusieurs des victimes ont été abattues à bout portant. Il a dénoncé l’existence de bandes au sein de la police, impliquées dans le trafic de carburant, de migrants haïtiens et l’extorsion de fonds.

La justice a annoncé l’ouverture d’une enquête. M. Mercedes a réclamé la démission du chef de la police, le général Rafael Guillermo Guzman Fermin, et rédigé un rapport à l’intention de la Cour interaméricaine des droits de l’homme. Le général a répliqué qu’il poursuivrait sa « lutte frontale contre la délinquance, sans reculer d’un millimètre ». Il a affirmé que 54 agents avaient été tués et 125 autres blessés depuis un an, lors d’affrontements avec des civils, et promis d’enquêter sur les excès dénoncés par les organisations de droits de l’homme.

Le chef de la police s’était taillé une réputation de « dur » à San Francisco de Macoris (nord). Il y commandait une patrouille surnommée « les chirurgiens ». Leur spécialité consistait à blesser par balles, aux jambes, les jeunes présumés délinquants de cette ville, en en faisant des invalides.
« L’extermination des délinquants présumés semble obéir à une politique d’État qui dépasse la responsabilité des chefs policiers et compte avec la complicité, voire l’approbation, d’une proportion considérable de la population et de leaders d’opinion, y compris de certains hiérarques religieux », note le journaliste Juan Bolivar Diaz. Parmi les 3 000 civils, pour la plupart âgés de moins de 35 ans, tués par la police depuis dix ans, il y a une majorité de délinquants, mais aussi « des centaines de citoyens sans casier judiciaire », ajoute-t-il.

Il y a dix ans déjà, un prêtre, José Antonio Tineo, avait été confondu avec un malandrin et tué par la police devant son église. Avant de connaître son identité, les responsables policiers soutenaient qu’il avait agressé une patrouille. L’explosion de la criminalité, souvent liée au trafic de drogue, explique la tolérance de nombreux Dominicains à l’égard de ces graves violations des droits humains. Lorsque le ministre de l’intérieur, Franklin Almeyda, a tenté d’interdire le port d’armes en décembre, il s’est heurté à un mur.
Freddy Beras Goico, un humoriste connu de la télévision, a appelé ses compatriotes à désobéir « tant que les autorités n’auraient pas désarmé les criminels ».

Article du 17/01/2009