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Le président des Etats-Unis et le président du Venezuela

Le cinquième Sommet des Amériques se déroulera dans la capitale de  Trinidad-et-Tobago, Port of Spain, du 17 au 19 avril prochain. 34 chefs d’État, dont celui d’Haïti, y prendront part et débattront notamment de la crise économique mondiale. Ce sera l’occasion pour les 34 chefs d’État et de gouvernement de l’hémisphère occidental (à l’exception de celui de Cuba) de se pencher sur les grands problèmes et défis majeurs auxquels leurs pays font face.
René Préval se rendra à Trinidad & Tobago, selon la présidence haïtienne qui a confirmé sa participation à ce sommet.
Outre la récession économique et la crise financière mondiales, des questions relevant de la sécurité régionale, de la crise énergétique, de la dégradation environnementale, de l’immigration, de la faim et de la pauvreté y seront débattues.
Pour assurer un avenir meilleur à leurs citoyens, les dirigeants du continent américain mettront l’accent sur la réduction des vulnérabilités critiques, l’amélioration du bien-être et de la sécurité des peuples des Amériques. Dans cette optique, des politiques sociales, économiques et environnementales intégrées et se renforçant mutuellement seront élaborées et mises en œuvre. Elles viseront fondamentalement le développement humain accéléré et la réduction de la pauvreté, l’inclusion sociale et culturelle, ainsi que la transition vers une sécurité énergétique accrue et des communautés plus viables.

Barack Obama a quitté Mexico vendredi, pour se rendre directement au Sommet des Amériques à Trinidad et Tobago
Ce 5e sommet est marqué par la question de la politique des États-Unis à l’égard de Cuba, absent du rendez-vous régional.

Le président vénézuélien Hugo Chavez a annoncé quelques heures avant le sommet qu’il allait censurer dimanche la déclaration finale, jugeant qu’elle fait l’impasse sur l’embargo imposé contre Cuba par Washington depuis 1962.
Cuba, État exclu de l’Organisation des États américains (OEA), n’est pas invité à participer à ce sommet.

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Barack Obama a profité vendredi de l’ouverture du sommet des Amériques pour tendre la main à Cuba et appeler l’ensemble du continent à ouvrir « un nouveau chapitre de dialogue » avec les États-Unis.

Les présidents latino-américains sont enclins à une levée de cet embargo mais la plupart d’entre eux parient, à l’instar du Brésilien Luiz Inacio « Lula » da Silva ou de la Chilienne Michelle Bachelet, sur un processus graduel. Le chef de la diplomatie argentine, Jorge Taiana, s’est montré plus impatient avant de rejoindre la délégation de la présidente Cristina Kirchner en partance pour le sommet. « La région demande la fin de l’embargo. J’ai l’impression que la nouvelle administration (américaine du président Barack Obama) veut modifier cette politique (à l’égard de Cuba), il faut voir comment cela s’orchestre. »

Quant à Hugo Chavez, il aimerait exiger d’Obama la levée pure et simple de  l’embargo. Lors d’une réunion au Venezuela, à la veille du sommet des Amériques, les présidents du Nicaragua, du Honduras et de la Bolivie se sont joints à lui et au dirigeant cubain Raul Castro pour présenter un front uni face aux  États-Unis.

Nouvel élément de plus dans cette affaire, le secrétaire général de l’Organisation des Etats américain (OEA ), José Miguel Insulza, a proposé vendredi à Port of Spain d’abolir l’exclusion de Cuba de cette instance lors de sa prochaine assemblée générale en juin.

Le dossier cubain n’est pas officiellement au menu des discussions du sommet, qui devraient porter notamment sur la crise, l’immigration ou encore le trafic de drogue. Toutefois, les pays membres de l’Alternative bolivarienne pour les Amériques (Alba) qui s’étaient donné rendez-vous, jeudi à Cumana (Venezuela) sous l’égide de Hugo Chavez, ont souhaité s’accorder sur une position commune pour demander, à Trinité-et-Tobago, que Washington assouplisse sa politique cubaine.

Le sommet organisé aux Caraïbes constitue la première grande rencontre entre les Latino-Américains et l’administration de Barack Obama.

Soucieux d’empêcher que cette question ne perturbe les retrouvailles de son pays avec l’Amérique latine, Barack Obama avait ordonné dès lundi la levée des restrictions sur les voyages des Américano-Cubains et les transferts d’argent vers l’île communiste. Il a réclamé jeudi que La Havane montre « des signes de  changement » afin de permettre un plus grand dégel.

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Obama et son homologue vénézuélien Hugo Chavez, bête noire des États-Unis, ont échangé juste avant une poignée de main historique et chaleureuse, se montrant tous les deux très souriants devant les photographes, comme s’ils étaient décidés à surmonter leurs différences.

Le président américain a notamment appelé à la libération des prisonniers politiques cubains et à l’instauration de la liberté d’expression dans le pays pour permettre « un plus grand dégel des relations » entre les États-Unis et le pays communiste.
Sa secrétaire d’Etat Hillary Clinton a assuré de son côté que Washington était « prêt à discuter avec Cuba d’autres mesures qui pourraient être prises » par les États-Unis en direction de l’île. « Mais nous attendons que Cuba renvoie l’ascenseur », a-t-elle dit à Port-au-Prince, lors d’une conférence de presse aux côtés du président haïtien René Préval. « Nous voudrions voir une ouverture de la société cubaine, que Cuba libère les prisonniers politiques et s’ouvre aux opinions et aux médias étrangers. »

Barack Obama a proposé aux Latino-Américains d’amorcer « un nouveau départ » avec les États-Unis, s’engageant à en finir avec les pratiques unilatérales.

Quatre ans après le sommet de Mar del Plata (Argentine), miné par des manifestations anti-américaines qui avaient poussé le président George W. Bush à le quitter avant la fin, le choix d’une île et les mesures de sécurité adoptées devraient rendre plus difficile toute manifestation de grande ampleur.

Le sommet devait aborder également la question de l’injection de 750 millions d’euros dans l’économie mondiale décidée lors du G-20 à Londres et de la façon dont elle pourrait bénéficier à l’Amérique latine et aux Caraïbes. Il sera question également question de la nécessité d' »assurer l’avenir des citoyens en encourageant le développement, la sécurité énergétique et l’environnement durable » et être aussi l’occasion de discuter de réponses à apporter à la crise économique mondiale.

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«Je suis prêt à faire en sorte que mon administration engage le dialogue avec le gouvernement cubain sur un large éventail de questions», a expliqué Barack Obama.

Cependant, une photo et une « petite phrase » rendent assez bien compte de l’ambiance positive qui régnait vendredi 17 avril, lors de l’ouverture du 5e Sommet des Amériques à Port-of-Spain (Trinité-et-Tobago), où se retrouvent pendant trois jours tous les pays du continent à l’exception de Cuba.
La photo, aussi chaleureuse qu’inattendue, montre le président américain, Barack Obama, échangeant une poignée de main chaleureuse avec son homologue vénézuélien, Hugo Chavez, champion de la gauche radicale latino-américaine et surtout féroce détracteur des États-Unis.

Les deux hommes, très souriants, apparaissent détendus. Leur brève rencontre a eu lieu dans la salle du sommet avant la séance inaugurale.
Selon une source de la présidence vénézuélienne, qui a diffusé le cliché, M. Chavez a déclaré en espagnol à M.Obama: « Avec cette main, j’ai salué Bush il y a huit ans. Je veux être ton ami. »

A son tour, le président américain l’a remercié, en anglais, en le tenant par l’épaule. M.Chavez a commenté plus tard l’événement : « Nous nous sommes serré la main comme des gentlemen. Le président Obama est un homme intelligent, à la différence du précédent. »

La « petite phrase », prononcée par Barack Obama lors de son discours, était moins surprenante : « Les États-Unis recherchent un nouveau départ avec Cuba. » Sachant qu’il était évidemment attendu sur ce sujet, jugé crucial par ses pairs unanimement favorables à la fin de l’embargo américain contre le régime castriste, le président américain a précisé sa pensée. « Que les choses soient claires : parler pour parler ne m’intéresse pas, a-t-il affirmé. Mais nous pouvons faire avancer les relations américano-cubaines dans une nouvelle direction. » Barack Obama s’est dit prêt à « engager le dialogue avec le gouvernement cubain sur un large éventail de questions : les droits de l’homme, la liberté d’expression, la réforme démocratique, la drogue, l’immigration et l’économie ».

Quelques heures plus tôt, à bord de l’avion présidentiel, le porte-parole de la Maison Blanche, Robert Gibbs, avait clarifié les attentes américaines : « Le gouvernement cubain peut prendre certaines dispositions : libérer les prisonniers politiques, ne plus détourner une partie de l’argent envoyé par les Cubains vivant aux Etats-Unis, instaurer une plus grande liberté de la presse. »
La veille, le président cubain, Raul Castro, avait semblé répondre à l’avance à M. Obama en se déclarant prêt à « discuter de tout : les droits de l’homme, la liberté de la presse, les prisonniers politiques ». Une promesse que la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, avait jugée encourageante. Dans son discours, Barack Obama a tout de même incité à la prudence et à la modération, en déclarant : « Je sais que le chemin sera long pour surmonter des décennies de défiance. »
Les deux dirigeants sud-américains qui ont pris la parole, vendredi, avant M. Obama – la présidente argentine, Cristina Kirchner, et le président du Nicaragua, Daniel Ortega – ont, sans surprise, demandé la levée de l’embargo qui touche « la République sœur de Cuba ». M. Ortega a exprimé l’espoir que « ce mur tombe » dans une allusion à celui qui avait divisé Berlin. Qualifiant cette sanction, vieille de quarante-sept ans, d' »anachronique », Mme Kirchner a été très applaudie.

Au-delà de la question cubaine, M. Obama a également insisté, vendredi, sur son désir d’ouvrir « un nouveau chapitre » entre les États-Unis et les pays de la région; « un dialogue, a-t-il expliqué, fondé sur le respect mutuel, les intérêts communs et les valeurs partagées (…) [et sur] la fin de l’ingérence ». « Les Etats-Unis ont changé avec le temps, cela n’a pas toujours été facile, mais ils ont changé. » Et, a-t-il ajouté avec un brin d’ironie, on ne pourra pas non plus continuer « à blâmer les États-Unis pour tous les problèmes que connaît la région. Cela fait partie du marché ».

Article du 18/04/O9
Aline T