Dix jours après les affrontements entre les forces de l’ordre et des indigènes ayant provoqué la mort d’au moins 34 personnes à Bagua (nord), le gouvernement péruvien a cédé devant les Indiens qui manifestent depuis deux mois en Amazonie.

Les Indiens de l’Amazonie péruvienne ont obtenu gain de cause : jeudi 18 juin, deux décrets qu’ils accusaient de mettre en péril les droits des indigènes ont été supprimés par le Congrès.
« C’est un jour historique », s’est félicitée
Daysi Zapata, la vice-présidente de l’Association interethnique pour le développement de l’Amazonie péruvienne (Aidesep), à la tête du mouvement.deux décrets (1090 y 1064) adoptés en 2008, que les indigènes jugent anticonstitutionnels et nuisibles à leurs droits.
Ces décrets ont été instaurés en 2008 par le président, Alan García, dans le cadre de l’adoption du Traité de Libre Commerce (TLC) entre le Pérou  et  les Etats-Unis.
Les indigènes considèrent que la législation liée au TLC facilite l’arrivée massive d’entreprise privées étrangères sur les terres des natifs.
Le 10 juin, le Congrès avait suspendu ces textes relatifs à l’exploitation des terres forestières, mais cela n’avait pas suffi à calmer l’émoi suscité par les événements de Bagua, qui ont plongé le Pérou dans une crise profonde, la plus grave depuis l’arrivée au pouvoir du président, Alan Garcia, en 2006.
Afin de reprendre le dialogue, M. Simon et trois ministres se sont rendus dans la région de Junin (centre) pour rencontrer les apus des communautés indiennes. L’accord signé à cette occasion stipule que le gouvernement proposera la suppression des décrets. De leur côté, les manifestants doivent rouvrir partiellement une route très importante du centre du pays. L’état d’urgence sera levé à Bagua quand les Indiens auront entièrement débloqué l’axe routier.

perou20062009-1« La volonté des peuples indigènes a été écoutée et nous espérons qu’à l’avenir, les gouvernements s’occupent des peuples et les écoutent, qu’ils ne légifèrent pas dans leur dos », a-t-elle ajouté, appelant les manifestants à cesser le mouvement et à mettre fin aux blocages de routes et de fleuves. Mercredi, le président Alan Garcia avait reconnu les erreurs du gouvernement. « Il vaut mieux une courageuse rectification qu’une obstination maladroite », avait-il dit.

Lundi 15 juin, le premier ministre, Yehude Simon, s’est engagé, lors d’une rencontre avec les apus (chefs indiens), à ce que l’exécutif envoie mercredi, au Congrès, un projet de loi supprimant

perou20062009-2
Le délégué de l'ONU a refusé les accusations de génocide indigène émises par le président bolivien.

« L’exécutif a cédé tout ce qu’il pouvait pour rétablir la paix », a déclaré le ministre de l’environnement, Antonio Brack. Un groupe de travail pour le développement des peuples indigènes d’Amazonie, incluant des apus de différentes régions, devait s’installer mardi, à Lima, afin d’aborder la révision d’autres décrets contestés.
Dimanche, le président Garcia avait laissé entrevoir, pour la première fois depuis le début du conflit amazonien, un recul de la part du gouvernement, jusque-là intraitable. « Il ne faut pas forcer les choses. Si nous ne sommes pas prêts et si certains ont peur, il faut aller plus lentement et prendre d’autres décisions », avait-il affirmé, en assurant que le gouvernement serait prêt « à céder pour acheter la paix ».

De son côté, l’Association interethnique pour le développement de l’Amazonie péruvienne (Aidesep), à l’origine du mouvement indigène, attend de voir les actions concrètes du gouvernement. « Les peuples sont fatigués des promesses que le premier ministre leur a faites, et qui n’ont jamais été tenues », affirme Daysi Zapata, la vice-présidente de l’Aidesep. Elle dénonce une réaction « tardive, sous la pression des Péruviens et de la communauté internationale », et réclame la levée du couvre-feu à Bagua, ainsi que la fin de la « persécution » contre quatre dirigeants de l’association accusés de « rébellion » pour reprendre le dialogue.

Le conflit amazonien a créé de nouvelles tensions entre le Pérou et la Bolivie voisine. Lima a rappelé son ambassadeur à La Paz pour consultations, lundi, après que le président bolivien, Evo Morales, a qualifié « ce qui s’est passé au Pérou » de « génocide » à l’égard des indigènes.

Article du 20/06/2009