Après deux jours de discussions au Costa Rica, la délégation du président hondurien renversé Manuel Zelaya et celle du gouvernement intérimaire mis sur pied après le coup d’État du 28 juin (avec à sa tête Roberto Michelliti ) se sont quittées, dimanche 19 juillet, sur un constat d’échec. Le chef de l’Etat costaricain, Oscar Arias, qui joue le rôle de médiateur, a réclamé trois jours supplémentaires pour élaborer un nouveau compromis. « Les efforts que nous devrons déployer au cours des soixante-douze prochaines heures nous permettront peut-être d’éviter une effusion de sang », a-t-il déclaré.

Selon Zelaya, l’échec des discussions menées sous l’égide du président costaricien Oscar Arias a révélé le caractère « arrogant, militaire et fasciste » des responsables du coup d’Etat.
« Ceux qui sont responsables du coup d’Etat ont ri au nez du peuple hondurien, de la communauté internationale et d’Oscar Arias. Ils se sont aussi moqués de la secrétaire d’Étatll américaine Hillary Clinton. »

honduras21072009-1Manuel Zelaya réitère en outre son intention de rentrer prochainement au Honduras bien que les autorités intérimaires aient promis de l’arrêter et que son retour fasse craindre des violences politiques.

« Arias nous a demandé un délai de quelques jours supplémentaires (pour parvenir à un compromis) mais nous organisons déjà la résistance interne (…) afin de préparer mon retour au pays », dit-il.

Ce plan prévoit le retour de Manuel Zelaya, destitué le 28 juin, à son poste de président, la formation d’un gouvernement d’unité nationale, l’organisation d’élections présidentielles fin octobre soit un mois plus tôt que prévu, l’amnistie de tous les délits politiques commis avant et après le coup d’Etat du 28 juin.
Toujours selon ce plan, Manuel Zelaya devrait abandonner le contrôle de l’armée à un tribunal électoral un mois avant le scrutin afin de garantir l’impartialité de ce scrutin. Le président en exil devrait en outre renoncer à son projet de référendum sur la réforme de la Constitution – projet à l’origine de la crise.
Manuel Zelaya s’est de son côté déclaré dimanche disposé à « laisser la porte ouverte à la diplomatie et au dialogue ».

Les deux parties n’ont pas exclu une reprise des discussions, mais le président déchu doute de leur intérêt. « On ne doit jamais fermer la porte aux initiatives de bonne foi », a estimé Manuel Zelaya, actuellement en exil au Nicaragua. « Le médiateur peut bien poursuivre ses efforts. Je ne crois pas qu’ils puissent davantage porter leurs fruits avec les putschistes qu’avec des terroristes ou des ravisseurs », a-t-il ajouté .

Les partisans de Manuel Zelaya doivent se réunir lundi devant le Congrès, et les syndicats ont lancé un appel à la grève générale pour jeudi et vendredi.
Manuel Zelaya a annoncé son intention de revenir au Honduras le week-end des 25 et 26 juin, bien que les autorités intérimaires aient menacé de l’arrêter. Le chef de l’État avait effectué une première tentative de retour infructueuse le 5 juillet. Les autorités intérimaires ont interdit à son avion d’atterrir à l’aéroport de Tegucigalpa, où des centaines de militaires avaient été déployés. Des affrontements avec ses partisans ont alors fait un mort.
L’organisation des États américains a imputé aux représentants de Roberto Micheletti l’échec des discussions du week-end. « Nous regrettons profondément l’attitude de la délégation du gouvernement de facto qui a rejeté la proposition », a déclaré José Miguel Insulza, secrétaire général de l’organisation, craignant lui aussi un embrasement du Honduras.

La secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton a passé hier un coup de téléphone « très ferme » au président de facto du Honduras Roberto Micheletti, a révélé aujourd’hui un porte-parole du département d’Etat, Philip Crowley.

La chef de la diplomatie américaine a prévenu M. Micheletti que Washington suspendrait son aide au Honduras si la médiation entreprise par le président costaricien Oscar Arias échouait, a précisé M. Crowley au cours d’une point de presse. « Hier, depuis New Delhi, la secrétaire d’Etat a eu ue conversation téléphonique avec le dirigeant du régime de facto, M. Micheletti », a indiqué le porte-parole. « Elle l’a encouragé à rester concentré sur ces négociations et l’a aidé à comprendre les conséquences potentielles d’un échec de ne pas tirer profit de ces négociations ». « Cela a été un coup de téléphone très ferme », a-t-il précisé;
Interrogé sur les conséquences potentielles, M. Crowley a cité « un impact significatif en termes d’aide et d’éventuelles conséquences à long terme pour les relations entre le Honduras et les Etats-Unis ».

Article du 21/07/2009