La tension monte entre Santiago et Lima. Accusé d’espionnage, le Chili a appelé samedi 14 novembre son voisin péruvien à faire preuve de modération dans ses propos.

« Quand il y a des accusations de ce type, les gouvernements doivent faire preuve de prudence et de sérieux. Il est malvenu de tirer des conclusions hâtives au regard de faits qui n’ont pas été démontrés par une enquête sérieuse », a déclaré la porte-parole de la présidence chilienne Carolina Toha.

perou17112009-1Un juge de la Haute Cour de Lima a délivré vendredi des mandats d’arrêt à l’encontre deux militaires chiliens accusés d’avoir recruté deux militaires péruviens inculpés vendredi d’espionnage pour le compte du Chili.
« Nous tenons à être clairs: le Chili ne se livre pas à des missions d’espionnage. Le Chili est un pays très fiable dans le domaine des relations internationales. Nous agissons avec transparence et cela est reconnu dans le monde entier », a ajouté Carolina Toha.
Cette affaire a notamment eu pour conséquence l’annulation d’une rencontre prévue dimanche à Singapour entre le président péruvien Alan Garcia et son homologue chilienne Michelle Bachelet, en marge du forum économique Asie-Pacifique (Apec). Alan Garcia a même dû rentré au Pérou dés lundi.
Le chef de la diplomatie péruvienne Jose Antonio Garcia Belaunde, a dénoncé un acte « inamical » et « offensif » du Chili, et indiqué que l’ambassadeur à Santiago serait rappelé pour consultations, tout en écartant une rupture des relations diplomatiques avec son voisin.
La crise pourrait s’intensifier autour du sort de deux militaires chiliens contre lesquels un juge de la Haute Cour de Lima a émis vendredi des mandats d’arrêt. Ils seraient les commanditaires présumés de deux « espions » péruviens inculpés vendredi.

Le juge a ainsi demandé la détention  de Victor Ariza Mendoza, un technicien du renseignement électronique de 45 ans, arrêté pour espionnage, divulgation de secrets nationaux et blanchiment d’argent pour le compte du Chili depuis septembre 2005.

Ariza, qui n’a pas nié les faits, aurait reçu en moyenne 3.000 dollars par mois pour la divulgation de ses informations, selon le magistrat.

Selon le quotidien péruvien La Republica, citant des sources militaires proches de l’enquête, il aurait notamment livré les plans de modernisation de l’équipement des forces aériennes péruviennes ou encore les codes des téléphones sécurisés de l’ambassade du Pérou à Santiago.

L’identité de l’autre militaire péruvien est pour le moment inconnue, de même que le sort qui lui est réservé.

Selon la presse, Ariza aurait été débauché par les Chiliens lors de missions à Santiago en 2002, et piégé par son contre-espionnage après l’alerte donnée par un collègue.

L’ancien responsable des services de renseignements péruviens, le général à la retraite Daniel Mora, a reclamé une remise en question des rapports entretenus avec le Chili, tout comme l’opposition nationaliste. Il estime que la présidente chilienne était, en effet, au courant de l’action menée.

« Ceux qui autorisent l’utilisation des fonds secrets par les services de renseignement sont des fonctionnaires de haut niveau, qui font directement leurs rapports à la présidence de la République, comme dans toutes les démocraties du monde », a-t-il assuré.

Cette affaire survient entre les deux frères ennemis des Andes ayant des relations comliquées.

Pérou et Chili sont d’étroits partenaires économiques et commerciaux. Alan Garcia (centre-droit) a qualifié récemment Michelle Bachelet (centre-gauche) de « grande amie ».

Mais les questions relatives à défense et au territoire suscitent souvent de vives querelles,  une crise diplomatique a été évitée de justesse en 2008. Il s’agit en partie des stigmates d’une guerre (1879-83) gagnée par le Chili qui annexa un pan de son voisin du Nord. Une rancune encore tenace au Pérou.

Lima a porté cette année devant la Cour Internationale de Justice (CIJ) de La Haye un différend maritime, concernant un problème de souveraineté sur 60.000 km2 d’Ocean Pacifique contestés.

Le Pérou critique également une tendance chilienne au « surarmement », voire au « bellicisme », comme ces derniers jours encore à propos de la volonté de Santiago d’acheter des missiles et radars américains.