Dix-neuf ans après la fin de la dictature, Piñera a devancé les trois candidats d’une gauche divisée qui n’a pas réussi à mettre fin aux dissensions internes. L’ancien président démocrate-chrétien Eduardo Frei, âgé de 67 ans, candidat de la Concertation, le bloc de centre-gauche qui gouverne le pays depuis la fin de l’ère Pinochet, a obtenu 30% des suffrages.

Un second tour opposera les deux rivaux politiques le 17 janvier prochain.

Le candidat sans étiquette Marco Enríquez-Ominami, qui a délaissé le Parti socialiste pour se présenter seul aux présidentielles, a obtenu 17% des suffrages et le candidat communiste Jorge Arrate 6%.

Si le communiste a déjà offert son soutien à Frei, pour faire front commun contre la droite, ce n’est pas le cas du jeune Enriquez-Ominami, qui réaffirme son rôle de « dissident ». Il n’a appelé pour le moment à aucun report des voix , en rétorquant que les deux candidats « se ressemblent trop: ils ne représentent ni l’espoir, ni le changement, ni le futur ».

Plus de huit millions de Chiliens étaient appelés à voter pour élire le successeur de Michelle Bachelet à la présidence, cette dernière est toujours énormément appréciée, mais la Constitution ne lui permettait pas de briguer un second mandat consécutif.

Si Piñera, âgé de 60 ans, remporte définitivement les élections, il deviendra le premier président de droite au Chili depuis la fin de la dictature de Pinochet (1973-1990). Et cette alternance chilienne constituerait  un véritable séisme politique pour une Amérique latine aujourd’hui majoritairement ancrée à gauche.

Mais il devra d’ici là persuader un certain nombre d’électeurs de gauche de voter pour lui. « Nous devons comprendre que cette victoire ne nous appartient pas », a lancé Sebastian Piñera devant les membres de son parti. « Elle appartient à tous les Chiliens, aux personnes modestes, aux pauvres et à la classe moyenne, les gens qui ont le plus besoin de changement ».

Les Chiliens ont également élu la totalité des 120 députés et renouvelé la moitié du Sénat (38 sièges).

Pour la première fois depuis le coup d’Etat de 1973, les communistes siégeront au parlement, alors que le petit-fils de Pinochet, Rodrigo Garcia Pinochet, a lui échoué à se faire élire.

Les premiers sondages pour le second tour concèdent la victoire à Piñera,  l’ entrepreneur multimillionaire, avec une confortable avance.