Après plus d’une décennie, la guerre de la banane a connu son dénouement ce mardi 15 décembre à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à Genève.

L’Amérique latine s’opposait depuis des années au régime européen qui pénalise ses exportations. Selon l’accord, Bruxelles réduira les droits de douane sur les bananes sud-américaines de 176 à 114 euros par tonne.

En effet, depuis 1991, les pays d’Amérique du Sud reprochent à l’Union européenne (UE) son régime commercial qui freine leurs exportations et avantage celles d’anciennes colonies européennes d’Afrique, du Pacifique et des Caraïbes, plus connues sous le nom des pays ACP.

Le gendarme du commerce mondial a donné gain de cause aux plaignants à plusieurs reprises dans ce conflit, mais Bruxelles a toujours réussi à éviter les sanctions. Les bananes en provenance d’Amérique du Sud étaient pénalisées par un droit de douane de 176 dollars la tonne tandis que celles des pays ACP arrivaient sur le sol européen sans aucune taxe jusqu’à hauteur de 775 000 tonnes par année. Avant ce régime, les Européens imposaient 250 dollars par tonne.

L’Amérique latine a toujours bénéficié de l’appui des Etats-Unis pendant ce conflit d’intérêt. Pour cause, ce sont les multinationales américaines (Dole, Chiquita, United Fruits) qui possèdent les plus grandes bananeraies en Amérique du Sud.

L’Equateur, premier exportateur de bananes vers l’UE et dans le monde, a longtemps bataillé avec l’Union Européene . Selon l’AFP, l’accord porte sur une réduction des droits de douane pour les pays non ACP de 176 à 114 euros la tonne à partir de 2017, avec une première coupe à 148 euros dès que toutes les parties auront signé l’accord.

Les autres pays concernés sont la Colombie, le Costa Rica, le Panama et les Etats-Unis qui doivent se résoudre à abandonner toute nouvelle action juridique. Bruxelles prévoit une aide de 200 millions d’euros sur cinq ans pour pallier à l’érosion que suscitera ce nouvel accord sur l’économie des pays membres de l’ACP .

Lors d’une allocution faite à la presse, Pascal Lamy, directeur de l’OMC, s’est réjoui de l’accord, en précisant que ce conflit avait été «techniquement complexe, politiquement sensible, commercialement important et le plus long traité au sein de l’organisation».

L’accord met fin par la même occasion à des dissensions internes  au sein de l’UE puisque, dès le traité de Rome, à la conclusion de l’accord avec les pays importateurs,  l’Allemagne avait dénoncé les «bananes coloniales » lorsque la France avait obtenu ce régime spécifique favorable aux anciennes colonies.

L’Allemagne avait à ce moment là de quoi régir. Les coûts de production de la banane étant plus bas en Amérique latine que dans les pays ACP, le consommateur européen a dû acheter les fruits plus cher jusqu’à présent.

«Avec cet accord, on peut s’attendre à terme à une baisse du prix des bananes. Sauf si les distributeurs ne répercutent pas les prix à la baisse.»a déclaré  Guillaume Daudin, économiste à l’OFCE.