Un premier rapport concernant le violent conflit qui a éclaté en juin 2009 en Amazonie péruvienne est paru samedi 12 décembre, or il est clairement remis en question par des organisations péruviennes.

Jesús Manacés Valverde, représentant des natifs amazoniens devant la Comission d’Enquête sur les Faits survenus à Bagua, a confirmé que le travail fourni était insuffisant faute de temps, de moyens mais aussi par un manque d’investissement de la part de certaines institutions gouvernementales.

A priori, le rapport a été rédigé par une commission choisie par le gouvernement péruvien et chargée d’analyser les événements survenus le 5 juin dernier à Bagua, journée durant laquelle 34 personnes dont 23 policiers ont perdu la vie suite à la charge menée par des forces de police à l’encontre des manifestants indigènes.

perou29122009-1Le document prétend que les protagonistes de cette journée de contestation, soit les Indiens, doivent être punis pour leurs actes jugés violents et il sous-entend également qu’ils ont été instrumentalisés par des étrangers,  des politiciens radicaux, par l’Eglise en général et par des anthropologistes « utopistes ».

« Ce rapport préliminaire n’a absolument aucune valeur parce qu’il veut prouver que les responsables de ces événements sont les Indiens. Ce n’est pas vrai et ne correspond pas au mode de vie pacifique des Indiens » a souligné un porte-parole de l’AIDESEP, l’organisation nationale des Indiens d’Amazonie.

« Nous récusons le rapport préliminaire, prétendument établi par une commission chargée d’enquêter sur les événements de Bagua, dans lequel les missionnaires sont accusés d’avoir provoqué, soutenu et participé à des actions légales et illégales qui ont abouti à la mort de policiers et d’Indiens », a affirmé le Conseil Aguaruna et Huambisa (CAH), une organisation indigène locale.

Le rapport préliminaire est le contraire d’un travail d’investigation soigné a déclaré avec indignation Patricia Wiesse Risso, porte-parole de l’IDL (l’Institut péruvien de Défense Légale). Il présente les indigènes comme de petits hommes dans l’incapacité de comprendre les tenants et aboutissants des décrets législatifs  auxquels ils s’opposent.

De plus, plusieurs références inappropriées sur les Indiens « isolés » et « non contactés » transparaissent dans ce rapport. Il fait allusion à une « anthropologie raciste et romantique » pour laquelle la défense des Indiens isolés reviendrait à « violer leurs droits humains et à commettre un ethnocide ».

Le rapport fait également mention d’une série de « conseils avisés » aux Indiens du Pérou, dont les extraits qui suivent sont parmi les plus paternalistes :

« Compte-tenu de la situation actuelle de l’Amazonie, les Indiens doivent modifier leurs structures sociales, culturelles, politiques et religieuses. »

« Les Indiens devraient revoir leur organisation à la lumière des mouvements modernes. »

« Les Indiens devraient abandonner leur conception d’une culture statique opposée au changement… , le mode de fonctionnement de leurs leaders… , leur croyance que ‘tous les peuples sont égaux’… leur pratique de la loi de ‘œil pour œil’, dent pour dent… »

L’AIDESEP a mentionné que deux membres de la commission d’enquête s’étaient opposé à la signature du rapport.

Stephen Corry, directeur de Survival International, a quant à lui déclaré que :

« Non seulement ce rapport n’apporte aucun éclaircissement sur ce qui s’est réellement passé à Bagua, mais il livre un aperçu inquiétant de l’état d’esprit de quelques-uns des membres de la commission. Il est truffé d’affirmations sans fondement et de malentendus et sa série de ‘recommandations’ finales est si paternaliste et choquante qu’elle défie toute croyance ».