Alors que le cours de l’or retrouve de sa superbe en battant des records sur les marchés des métaux précieux, son extraction inconsidérée et surtout illégale met à mal l’ecosystème de la région de l’Amazonie péruvienne, comme près de Huaypetue (sud-est), une zone qui risque de connaître un véritable « désastre écologique » selon le gouvernement.

perou30122009-1Vue du ciel, la zone dite de « Delta Uno » qui se situe dans la province de Madre de Dios, à  environ1400 km à l’est de Lima, donne l’image d’une terre de désolation. On peut apercevoir une série de cratères remplie d’une eau boueuse et des tas de terres répandus sur des dizaines de kilomètres carrés, là où auparavant triomphait la forêt tropicale.

Si aucun changement ne s’opère d’ici peu, l’Amazonie risque de subir les conséquences de cette exploitation meurtrière. C’est le cri d’alarme lancé par  le ministre de l’Environnement Antonio Brackenn qui évoque « le plus grand désastre écologique jamais vu en Amazonie ». Selon lui, l’activité minière illicite « se propage comme un cancer » dans le sud-est de la région. Au niveau national, cette activité réunit plus de 100.000 mineurs.

Un quart des mineurs se sont installés dans les forêts de Madre de Dios, certains depuis plusieurs décennies, entassés dans de misérables villages-dortoirs comme à « Delta Uno », où la prostitution, les risques sanitaires, le travail infantile trouvent un terrain favorable.

« Je sais qu’on me paie une misère, mais il n’y a pas d’autre choix », explique à l’AFP Paulino Chavez, un mineur informel qui déclare toucher 25 soles (soit 8 dollars ou 6 euros) pour une épuisante journée de travail. Un salaire qui n’est pas si  ridicule que cela dans un pays où le salaire minimum avoisinne les 18 soles/jour, d’autant que les sept enfants de Paulino, âgés de moins de 18 ans, travaillent à ses côtés.

La frontière entre secteur minier informel et légal est mince. Sur les 1500  documents de concession délivrés ces dernières années, et donc légaux, une vingtaine seulement détiennent les licences environnementales et l’étude d’impact requis, affirme une source du ministère.

A Delta Uno, « l’informalité » est flagrante, que ce soit dans l’abattage des arbres à mesure que l’extraction progresse, dans les flots de boue charriés du fleuve voisin et délaissés sous la forme de monticules ou même dans l’utilisation puis le rejet du mercure dans la nature. En effet, 2 à 3 grammes de mercure sont nécessaires pour extraire un seul gramme d’or.

« On en train de tuer la forêt, plus rien ne peut pousser ici », harrangue Paulino Chavez, conscient de l’effet dévastateur de l’extraction d’or illégale, qui selon des chiffres officiels a réduit à néant 20000 hectares de forêt à Madre de Dios.

« Mais plein de gens ici travaillent consciencieusement, et le gouvernement devrait plutôt aider, tenter de résoudre ce problème qui date de nombreuses années », avance son collègue Marcelino Bombilla, qui a conscience que l’Etat veut enrayer la fièvre aurifère de Madre de Dios.

La délivrance de nouvelles concessions a été suspendue jusqu’à la fin de l’année 2010, le temps détablir une réglementation pour ce secteur d’activités.

Les plus dubitatifs, et parmi eux les ONG de défense de l’environnement, soutiennent qu’au Pérou, sixième producteur d’or mondial, l’extraction illégale, soit un quart du total de la production d’or au Pérou,  va de pair avec l’activité « formelle ». La distinction entre les deux est un flou savamment orchestré par l’industrie minière.

« Comment de pauvres mineurs peuvent-ils s’acheter des dragues et machines pour gratter le lit des rivières? Comment peuvent-ils s’acheter de grandes quantités de mercure? », s’interroge Red Muqui (Red Muqui est un réseau d’ institutions nationales et locales qui cherchent à potéger les populations et communautés résidant dans des zones à forte activité minière ou métallurgique).

« On devrait enquêter sur les grandes entreprises minières, qui encouragent elles-mêmes cette extraction illégale », déclare Ana Leyva, porte-parole de Red Muqui.