Grâce à un subtil jeu de mots, les cultivateurs de coca souhaitent faire la guerre à la boisson gazeuse la plus connue au monde. Ainsi, le vice-ministre de la coca, Jeronimo Meneses, a présenté le 29 décembre la « Coca Colla », une nouvelle boisson gazeuse énergisante qui sera élaborée à partir de la fameuse feuille « sacrée » des Andes, cultivée dans la région cocalera du Chapare.

bolivie04012010-1C’est dans le Chapare, que le président actuel Evo Morales a commencé la politique et qu’il a mené ses premiers combats syndicaux il y a 20 ans, et c’est également dans cette région que la majorité de la coca est produite, en accord avec la loi 1008, qui légalise sa culture depuis les années 80.

Ce sont des paysans andins qui ont lancé l’initiative, et simple coïncidence ou pas , par rapport à la boisson créée en 1885 par John Pemberton, la bouteille portera elle-aussi une étiquette rouge et contiendra un liquide sombre presque noir.

Même si la firme Coca-Cola soutient que la célèbre feuille n’apparaît plus dans la composition de la boisson depuis 1929, des rumeurs circulent sur Internet selon lesquelles « la firme Coca-Cola continue d’acheter la coca au Pérou », théorie conspiratrice qui suscite l’engouement du président Morales.

Bien que le ministre Meneses ait déjà présenté la première bouteille, les autorités ont admis que le nom pourrait changer. « À la base il s’agit d’une initiative privée pour proposer une boisson énergisante à base de coca, mais nous réfléchissons à un moyen de développer ce concept car l’industrialisation de la feuille de coca intéresse l’État » a déclaré le vice-ministre au développement rural, Victor Hugo Vazquéz.

Il a rappelé les différentes initiatives privées qui existent déjà en Bolivie, comme la production de maté, sucreries, pâtes dentifrice, liqueurs, sirops ou gâteaux confectionnés à base de coca. Un restaurant italien de la capitale, La Paz, propose même des spaghettis à base de coca, un mélange de farine de blé et de la feuille millénaire.

 La quantité de coca consommée légalement fait partie de la controverse à laquelle les autorités souhaitent mettre fin à la lumière de l’Etude Intégrale menée sur la feuille de coca et de l’Enquête Nationale sur l’usage et la consommation légale de ce produit lancé en 2009 avec l’accord de l’Union Européenne.

Cependant, tous les producteurs de coca, une sorte d’élite paysanne, ne sont pas favorables à l’expansion des zones de culture légales car ils craignent qu’une augmentation de l’offre fasse chuter les cours. Avec le nouveau Congrès favorable à Morales, le gouvernement prétend augmenter la superficie de culture légale de la coca à 20 000 ha, dans le but d’intégrer les paysans du Chapare, principal soutien du président dans la culture légale. Actuellement, bien que la loi en vigueur accorde 12 000 ha dans le but de satisfaire la demande légale, 30 000 ha sont utilisés pour la plantation de coca selon le Bureau des Nations Unies contre la Drogue et le Délit.

Il existe également un réseau de contrebande vers le nord de l’Argentine ou la feuille est consommée de façon traditionnelle mais où sa culture et son importation restent interdites. Sous ce gouvernement la superficie a augmenté de 20 %, mais comme cette augmentation a été concédée dans les zones les plus productives,  la production de cocaïne a elle aussi  progressé de 50 % entre 2005 et 2008.

Au Chapare, 95 % de la coca part pour les filières « non autorisées » c’est-à-dire le narcotrafic, a déclaré l’ex-ministre de la Défense sociale (antidrogue) Ernesto Justiniano. Ces dernières années, le nombre de trafiquants colombiens qui opèrent directement en Bolivie s’est accru, ceux-ci agissent avec une toute nouvelle technologie y compris des usines mobiles de fabrication de cocaïne. Le gouvernement se défend en déclarant que, si le trafic illégal a bien augmenté il n’en est pas de même pour la criminalité liée au trafic de drogue puisque les règlements de compte entre paysans et trafiquants n’ont pas progressé.

Pour rappel, la feuille de coca est utilisée depuis des siècles, bien avant la Conquête elle accompagnée les rituels andins, puis pendant la colonisation sa consommation s’est répandue parmi les mineurs,en effet la feuille possédant des vertus énergisantes et coupe-faim, elle leur permettait d’affronter éprouvantes conditions de travail. À ce titre, à même l’église catholique n’a pu interdire la consommation de la « feuille diabolique ».