Une enquête récente du gouvernement mexicain révèle que 75,7 % des indigènes résidant au Mexique se trouvent dans une situation de pauvreté multidimensionnelle, cela signifie que non seulement ils perçoivent peu de revenus (pauvreté de patrimoine) mais aussi qu’ils n’ont pas accès à des services de base.

L’étude a été réalisée par le Conseil National d’Evaluation de la Politique de Développement Social, et elle établit que la majorité des communautés indigènes n’ont pas accès à certains services primordiaux (entre deux et quatre services) comme la santé, l’éducation, l’eau potable ou l’évacuation des eaux sales.

Cependant, tous ces manques ne concernent pas uniquement la population indigène. Par exemple, en accord avec les nouveaux critères évaluant le degré la pauvreté, on estime que 64,7 % de la population du Mexique soit 67 millions de personnes ne bénéficient pas de la protection sociale.

Cela signifie que la pauvreté dans le pays est plus ancrée que ce que l’on imaginait a déclaré à la BBC Mundo Julio Boltvnik, chercheur au Collège de Mexico. « Si nous prenons en compte l’ensemble des critères, il s’avère que 81 % de la population se trouve dans une situation de pauvreté ou de carence sociale, ou bien envore vit en dessous du seuil de pauvreté », a-t-il expliqué.

Selon l’étude menée par le CONEVAL, intitulée Méthodologie pour la Mesure Multidimensionnelle de la Pauvreté au Mexique, environ 40 millions de Mexicains risquent de devenir pauvres en raison d’une perte importante de revenus. L’étude a été réalisée en 2008 c’est-à- dire qu’elle ne prend pas en compte l’impact de la crise financière internationale qui a eu lieu, et dont Mexico a été l’une des premières victimes selon la Banque Mondiale.

Mais ce n’est pas tout. Selon le CONEVAL, la population infantile est l’une des plus vulnérables du pays, environ 5,1 million d’enfants subissent des graves privations concernant leurs droits sociaux. Les résultats de cette enquête ne doivent pas rester lettre morte a déclaré Boltvnik, car ils sont le reflet d’une situation sociale critique parmi les natifs.

« Nous savions déjà que la communauté indigène était la plus pauvre du pays, mais si l’on ajoute les nouveaux critères d’évaluation, le nombre de pauvres pourrait encore augmenté ».

D’après le rapport officiel, les Etats du Mexique avec le plus grand indice de pauvreté sont le Chiapas, Oaxaca, Puebla, et le Yucatan, tous situés au sud-est du pays et où l’on retrouve la plus grande concentration de groupes indigènes.

C’est la première fois dans l’histoire du Mexique que la pauvreté se mesure à partir de différents indicateurs sociaux et pas seulement d’après les ressources économiques, a précisé le chercheur.

Cette nouvelle méthode d’évaluation fait partie de la Loi Générale de Développement Social Mexicain, qui oblige le CONEVAL à prendre en compte le revenu courant par habitant, l’accès à l’éducation, l’accès aux services de santé et à la protection sociale, la qualité de l’hébergement et de ses services basiques, la possibilité de subvenir aux besoins alimentaires au sein des familles et enfin le niveau de cohésion sociale.

Selon le CONEVAL, avec tous ces éléments pris en compte,  le gouvernement possède une meilleure connaissance du type de pauvreté qui gagne le pays, ce qui permet de lutter plus efficacement au moyen de programmes concrets pour chaque secteur de population.

Pour le professeur du Collège de Mexico, les résultats de ce rapport suscitent un nouveau discours de la part des représentants du gouvernernement, toutefois cette prise de conscience doit s’accompagner de faits concrets.

« C’est un changement, du moins de la part du CONEVAL, il faut espérer qu’il en soit de même dans le domaine politique », a déclaré Boltvnik.