Evo Morales, investi vendredi 21/01 après avoir été réélu haut la main à la présidence de la Bolivie en décembre, a designé samedi son nouveau gouvernement devant mener le pays vers le «socialisme communautaire». Or Morales a opté pour une parfaite parité hommes-femmes parmi l’équipe de vingt ministres qui le compose;  il s’agit d’un acte historique pour ce pays andin.

«Mon grand rêve s’est réalisé, la moitié de femmes au gouvernement, la moitié d’hommes», a déclaré M. Morales durant la cérémonie de passation de pouvoir entre son précédent et son actuel gouvernement au palais présidentiel Quemado à La Paz.

Dix femmes, dont trois d’origine indigène, intègre l’équipe ministérielle de M. Morales, parmi lesquelles, la chanteuse traditionnelle et ex-militante socio-démocrate Zulma Yugar, nommée ministre de la Culture, ou Nilda Copa qui occupe dorénavant la tête du ministère de la Justice.

Il y a aussi «pour la première fois une femme ministre du Travail», a indiqué le premier président indigène de la Bolivie, réélu pour cinq ans le 6 décembre avec 64 % des suffrages.

Seul précédent en Amérique latine en matière de gouvernements paritaires, la présidente du Chili Michelle Bachelet avait nommé, en 2006, 22 ministres, onze hommes et onze femmes, mais ce gouvernement s’était maintenu que quelques mois.

Dans son discours, M. Morales a dit s’être inspiré de ses parents amérindiens: la femme, «mama thalla» et l’homme «tata mallku», qui «ont la même capacité pour satisfaire les demandes, les mêmes attributions».

Il faut rappeler que  le 20 janvier, à la veille d’être à nouveau investi président de la Bolivie, Evo Morales avait reçu la bénédiction des chefs religieux aymaras, lors d’une cérémonie tenue sur le site du temple pré-inca de Tiwanacu, à 70 kilomètres de La Paz. Il s’agit là d’un geste symbolique et parfaitement évocateur pour le premier président amérindien du pays puisqu’après avoir invoqué la Terre et le Soleil, il s’est vu remettre deux sceptres symbolisant la dualité des pouvoirs rationnel et spirituel.

M. Morales a maintenu trois hommes à leur poste: le ministre des Affaires étrangères David Choquehuanca, celui de l’Economie et des Finances publiques Luis Alberto Arce, qui est parvenu à maintenir la stabilité économique du pays malgré la crise, et le ministre des Autonomies Carlos Romero, qui devra mettre en marche le processus de décentralisation.

Le président a changé ses ministres de la Présidence, de l’Intérieur et de la Défense, dont l’opposition avait réclamé la démission et qui sont respectivement remplacés par trois autres hommes: Oscar Coca, Sacha Llorenti, Ruben Saavedra.

Le premier mandat de Morales a été « une réussite sur le plan de l’inclusion sociale », juge Carlos Cordero de l’Université San Andres, ainsi que de nombreux observateurs  indépendants. L’État a  lutté contre  l’analphabétisation, la pauvreté ou la mortalité infantile,  des priorités visant les plus démunis, en majorité des indigènes, historiquement oubliés par l’oligarchie gouvernante.

Mais l’emploi reste encore un gros chantier, le chômage atteignant 11 % selon des estimations non officielles. Et la population reste dans l’attente des retombées financières générées par l’exploitation des richesses du sous-sol, gaz et lithium notamment, car malgré les prébendes, la Bolivie reste l’un des des pays les plus pauvres du continent latino-américain.