Qui détient le plus de pouvoir en Bolivie ? La justice communautaire ou bien le président Evo Morales ? Mais encore, la justice communautaire peut-elle défendre un conducteur arrêté en état d’ivresse ? Ces questions brûlantes circulent dans la sphère politique après qu’un candidat à l’élection de gouverneur ait été arrêté en état d’ivresse, et que, malgré la condamnation du président, celui-ci ait obtenu le soutien des paysans au moyen de la justice communautaire.
Felix Patzi, un sociologue aymara qui brigue un poste de gouverneur sous la même étiquette politique que le président Morales (parti MAS), a été arrêté pour conduite en état d’ivresse le jour même où un décret visant à renforcer les sanctions à l’encontre des automobilistes ivres entrait en vigueur.

Le président a demandé dès lors à Félix Patzi de renoncer à sa candidature, ce dernier a tout d’abord accepté, puis il est revenu sur sa position sous la pression des paysans, et a refusé d’abandonner la campagne électorale.

Les paysans ont décidé dimanche 7 février qu’ils offraient leur soutien à Patzi et qu’il pourrait racheter ainsi son comportement délictueux par un acte de justice communautaire.

Pour ce délit, les membres ont décidé d’imposer une peine à Patzi qui consiste à bâtir 1000 constructions de « adobe » dans le cadre de cette justice.

En échange, ils souhaitent que Patzi puisse poursuivre sa campagne électorale sans être inquiéter par la justice étatale. Ce dernier en larmes à demander pardon au président Morales « Mon président, j’ai manqué à mes devoirs, pardonne-moi mon frère ».

Le gouvernement reste ferme et a décidé de nommer un nouveau candidat. Mais où en est donc cette justice communautaire ? Le principe de la « justice communautaire » est inscrit au chapitre « Juridiction indigène, native et paysanne ».

L’ex-président de la Bolivie Cárdenas, lui aussi d’origine aymara, considère que cet acte de justice « n’est qu’une manipulation de ce qu’est censé représenter la justice communautaire ».

Il ajoute qu’au moment des faits, il conduisait sa voiture en ville et non au sein de la communauté, de fait la justice communautaire ne peut s’appliquer dans ces conditions.

En effet,  c’est à la Paz que les autorités ont retiré le permis de conduire à Patzi et l’ont accusé de conduite dangereuse en raison de son état d’ébriété avancé.
Selon Cárdenas, qui est considéré comme un opposant au président Evo Morales, « ladite justice communautaire aux mains de l’actuel gouvernement est utilisée pour nuire aux adversaires et couvrir les méfaits des partisans de Morales ».

Un proche du président qui jouit de sa confiance a rétorqué que ce qu’on fait les paysans est « attiré l’attention de Patzi afin qu’il prenne conscience de l’avoir qu’il a commise. » Il n’a pas précisé si cette décision était du ressort de la justice communautaire et a évité ainsi toute polémique, cependant il a réitéré que ce dernier devait renoncer à la candidature. 

Cárdenas revient sur des faits antérieurs qui selon lui ne méritaient pas l’intervention de la justice communautaire et qu’il juge comme des sanctions visant uniquement à neutraliser l’opposition. 

Il fait ainsi référence à la volée subie par le dirigeant indigène de l’opposition, Marcial Fabricano.

Cárdenas a vu sa propre maison assiègée par des paysans, puis brûlée, au moment où il faisait campagne contre l’approbation de la constitution. Il y a également le cas de la député Marleny Paredes qui a vu sa propriété réquisitionné à los Yungas suite à un acte de justice communautaire.

Ces exemples, selon Cárdenas , ne sont pas des actes de justice communautaire. Il assure de fait que ce type de justice nécessite une réglémentation, elle doit s’appliquer au sein des communautés indigènes mais uniquement pour régler des problèmes internes et non des différents politiques.