L’exposition  du Quai Branly « Sexe, mort et sacrifice dans la religion Mochica » réunit pour la premiére fois sur le territoire français et plus généralement en Europe, 134 céramiques de la civilisation mochica révélant avec un réalisme saisissant des relations sexuelles ou des scènes sacrificielles. Ces poteries évoquent la relation que le peuple mochica entretenait  avec la religion, le pouvoir, la sexualité et la mort. Cette iconographie sacrée, rencontre inattendue de l’acte sexuel et du religieux, est spécifique à l’art précolombien et typique à la mythologie du peuple mochica.

L’art représente des scènes sacrificielles, mais surtout sexuelles entre animaux et/ou des personnages anthropomorphes.

Les artisans mochica ont pétri dans leurs poteries ces rites non reproducteurs, faisant des attributs sexuels stylisés les thèmes principaux d’une iconographie à vocation rituelle dont l’audace est à la hauteur de la puissance de leurs croyances.

Cette civilisation précolombienne de grande envergure, contemporaine de la culture nazca de la côte sud, se positionne au rang des plus grandes cultures indigènes des Andes, au même niveau que l’empire inca qu’elle devance de plus de cinq siècles. Elle s’est développée du Ier siècle au VIIe siècle de notre ère dans une zone aride du nord du Pérou.

Des sites funéraires considérables (tels celui du « Seigneur de Sipan », exhumé en 1987), et les huacas (immenses sites cérémoniels de forme pyramidale), ont permis de développer les connaissances sur cette civilisation grâce aux nombreux témoignages exhumés des sépultures et aux peintures murales qui décorent les monuments funéraires.

Les traces de la culture mochica renvoit à une cosmologie complexe orientée selon un principe dualiste, représentatrice encore de nos jours des cultures indigènes andines : l’univers et les phénomènes qui le forment sont divisés en deux parties, et les éléments du monde, réunis par binôme, sont assignés à l’une ou l’autre partie.

La société mochica, telle qu’elle est représentée dans l’iconographie, se compose de quatre grands goupes d’êtres : les vivants (humains et animaux domestiques), les morts, les esprits animaux et les divinités principales ou esprits ancestraux

Tous ces êtres sont englobés dans des cycles de reproduction suscitant le basculement d’une moitié à l’autre, dans le cadre de grands rituels collectifs où les sacrifices, en particulier de guerriers prisonniers, occupaient une place importante.

L’imagerie mochica figure en grande partie des actes sacrificiels, mais surtout sexuels entre animaux et / ou personnages anthropomorphes, une imagerie sexuelle unique dans l’art précolombien qui rend compte d’une idéologie complexe liée à l’organisation du cosmos et basée sur deux grandes manifestations de la sexualité : l’une impliquant des actes sexuels non-procréatifs, le plus souvent entre un humain et un mort, et l’autre une reproduction à vocation procréative entre animaux, ou entre une divinité et une femme.

Malgré l’apparence lascive de certaines représentations, il n’y a rien d’érotique dans ces évocations artistiques de la sexualité qui ne concernent d’ailleurs pas seulement des humains, mais aussi des animaux, des morts et de curieux personnages, sortes de morts-vivants, oscillant entre deux- mondes. Par ailleurs, ces céramiques ne permettent nullement de connaître leur vie intime. Usités lors de cérémonies funéraires, les vases accompagnaient les Mochicas dans leur voyage vers le royaume des défunts.

 Renseignements:

Sexe, mort et sacrifice dans la religion Mochica
Commissaire d’exposition : Steve Bourget, professeur associé du département Art et Histoire de l’art à l’Université du Texas, Austin.
Conseiller scientifique : Anne-Christine Taylor, directeur du département de la recherche et de l’enseignement du musée du quai Branly.
Musée du quai Branly / Mezzanine Est
37, quai Branly
75007 Paris

Du 09 mars au 30 mai 2010
mardi, mercredi et dimanche : de 11h à 19h
jeudi, vendredi et samedi : de 11h à 21h
Informations : 01 56 61 70 00