Le Programme alimentaire mondial (ou PAM) au sein de L’ONU a émis un cri d’alarme jeudi 8 avril afin d’éveiller l’attention de la communauté internationale sur la pénurie alimentaire dont souffre le Guatemala. Un appel a été lancé afin de récolter des fonds humanitaires, 14 millions de dollars seraient nécessaires à ce jour afin de dispenser une assistance alimentaire pour les six prochains mois à au moins 47 000 familles en situation d’urgence alimentaire.

Cette crise s’explique par une sécheresse sans précédent, la pire que le pays ait connu depuis au moins trente ans, qui sévit au Guatemala et par l’inflation générale des prix des denrées alimentaires.

La crise économique qui touche la communauté internationale associée aux conséquences du changement climatique est à l’origine de cette situation dramatique.

La flambée croissante des prix des denrées alimentaires, la diminution généralisée des revenus et la le manque d’offres sur le marché du travail pour une main-d’œuvre peu qualifiée ont causé un important appauvrissement des populations. A ce facteur, se sont ajoutées les changements climatiques imputés au phénomène météorologique « El Niño », qui a entrainé la perte d’une partie des productions agricoles des paysans guatémaltèques.

Dès le mois de mars, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) avait déjà attiré l’attention sur l’urgence médicale en évoquant la malnutrition aigue des enfants de moins de 5 ans qui dépassait le seuil d’urgence de 10%, dans tous les Etats de la zone sèche du pays appelée le « Couloir de la sécheresse »Jutiapa, Santa Rosa, Zacapa, Chiquimula, El Progreso and Baja Verapaz– et dans les Etats voisins d’Izabal et Quiché.

« Depuis quelque temps, je n’ai pas été capable de trouver de travail en tant qu’ouvrier journalier. Nous n’avons pas assez d’argent pour acheter de la nourriture », déclare Lazaro Ramos, 32 ans et père d’une famille de sept enfants.

La famille Ramos réside à Tecuiz San Augustin, un village localisé au sud-est du pays au milieu du « Couloir de la sécheresse ». Lazaro pourrait d’un point de vue financier se fournir en semences, mais la sécheresse occasionnée par le phénomène climatique « El Niño » ne lui permet pas de cultiver la terre et le prive de récoltes qui lui auraient permis de sustenter ses proches.

Les enfants de Lazaro sont en état de faiblesse avancé et certains souffrent de malnutrition aigue, plus particulièrement l’une de ses filles qui est encore un bébé. « Je sais que ma fille est malade et qu’elle a besoin d’aller à l’hôpital, mais je ne peux pas laisser le reste de la famille », se lamente Lazaro.

La famille Ramos reçoit depuis trois mois des vivres d’urgence à base de maïs, haricot, légumes et de blé distribué par le PAM. Le PAM appelle la communauté internationale à répondre à l’appel de fonds afin d’assurer des vivres d’urgence aux populations amoindries qui sont dans la même situation que la famille Ramos. L’appel de fonds pour fournir une aide d’urgence à ce pays d’Amérique centrale « n’est pas énorme« , a précisé la porte-parole du Bureau des affaires humanitaires des Nations unies (Ocha) à Genève, Elisabeth Byrs. Malgré tout, depuis son lancement le 5 mars, « il n’a été financé qu’à 3%, ce n’est même pas un million » de dollars, a-t-elle affirmé.

Déjà avant cette crise, le Guatemala possédait l’un des taux de malnutrition chronique les plus importants au monde chez les enfants de moins de 5 ans. Ce taux s’élevait à 43 %, soit près d’un enfant sur deux.

Quelque 2,7 millions de personnes ont déjà été touchées par cette catastrophe humanitaire. L’appel émis par les agences et ONG humanitaires depuis le mois de mars doit permettre de fournir de la nourriture, des services sanitaires, de l’eau potable ainsi que des équipements à 680 000 personnes au cours des six prochains mois.

La sécheresse, qui pourrait être à l’origine d’une famine gigantesque en 2010, devrait persister et peut-être s’aggraver, selon l’ONU, qui précise que des pluies tardives pourraient avoir des effets destructeurs sur les récoltes.