Colombie : Le conflit armé et ses victimes « invisibles » intéressent la Croix Rouge Internationale

Colombie, Politique — Par le 3 mai 2010 à 16 h 50 min

Dans son rapport annuel sur la Colombie, le Comité International de la Croix-Rouge a relevé ce lundi 26 avril, que le conflit armé qui sévit dans le pays, depuis quatre décennies, continue à meurtrir la population civile et indique également que les victimes risquent de tomber dans l’oubli car la plupart du temps les faits de violence restent dans l’ombre.

Le rapport affirme que « les déplacés » sont presque « invisibles » dans ces zones rurales. Après le Soudan, la Colombie (Soudan : 4,9 millions, Colombie : 3,3 millions et Irak 2,7 millions) est le pays avec le plus de déplacés internes au monde : 3,3 millions de personnes soit 7,3 % de la population.

Comme l’explique le porte-parole du Bureau Central du Comité de la Croix-Rouge internationale à Genève, le chiffre de déplacés augmente chaque année et pour la grande majorité d’entre eux, il s’agit d’un départ définitif de leur lieu de résidence.

En accord avec les chiffres officiels, seulement 4 % de ces populations déplacées reviennent sur les lieux qu’ils avaient été contraints d’abandonner à un moment donné. Ces faits ne sont pas relayés, déclare-t-il, parce que les victimes civiles se dirigent vers des zones isolées où il n’y a pas d’infrastructures et où les moyens de communication sont quasiment inexistants.

D’après ce rapport, l’affrontement qui oppose le gouvernement et la guérilla se déplace dorénavant vers les zones les plus reculées de la Colombie. Ceci ne signifie pas, que le nombre de victimes a diminué.

La seule évidence, c’est que ces incidents ne sont pas mis en lumière. Le Sud et la côte Pacifique sont les régions les plus touchées et les communautés indigènes en particulier parce qu’elles dépendent totalement des terres cultivables pour survivre.

D’après l’ONIC, (Organisation Nationale des Indiens de Colombie), au moins 64 des 102 peuples indigènes de Colombie risquent de voir à court terme leurs représeantants disparaître.

Il s’agit là des termes employés dans un rapport diffusé par l’organisation indigène lors du lancement de sa campagne dont l’objectif est d’attirer l’attention de l’opinion publique internationale sur les menaces qui pèsent sur les communautés indigènes de Colombie.

Les enquêtes menées par l’ONIC affirment que 32 groupes autochtones sont menacés d’extinction tandis que la Cour constitutionnelle mentionne 34 ethnies menacées. Seuls deux groupes, les Nukak et les Guayabero, sont évoqués par les deux organismes, soit un total de 64 groupes en danger.

L’ONIC signale que dix-huit communautés se composent de moins de 200 membres et dix présentant moins de 100 individus. Les Makaguaje ne sont plus que cinq.

Parmi les causes majeures invoquées, le conflit armé interne qui meurtrit le pays depuis plus de 50 ans, nuit aux indigènes de ‘manière disproportionnée’. Depuis 2002, plus de 1400 Indiens ont trouvé la mort et on estime que 74 000 ont été expulsés de leurs terres.

De nombreux déplacés vivent démunis dans différentes zones comme Antioquia, Arauca, Caquetá, Cauca, Chocó, Córdoba, Guaviare, Huila, Meta, Nariño, Putumayo, Tolima y la région de Catatumbo. L’année passée, les délégués de la Croix-Rouge ont enregistré 800 cas de violation des Droits de l’Homme, comme des assassinats, des abus sexuels, des enlèvements et des disparitions forcées.

Le Comité International de la Croix-Rouge informe que, dans certaines régions, les combats ont amplifié à l’approche des élections présidentielles qui se tiendront le 30 mai en Colombie. L’objectif de cet organisme est de rendre visible ce problème, et de « souligner que le conflit n’est pas terminé ».
Sous la pression de menaces de mort, on force la population à fuir a affirmé ce lundi le responsable de la délégation colombienne de la Croix-Rouge, Christophe Beney, qui a ajouté que des crimes avaient été perpétrés, des personnes blessées et des femmes abusées sexuellement.

« Et le pire, c’est que toutes ces tragédies restent dans l’ombre » a-t-il souligné avec dépit.

Les délégués de la Croix-Rouge ont enregistré en 2009 plusieurs cas de violation du Droit International Humanitaire, parmi lesquels 28 cas d’homicide.Pour Christophe Beney, les violations les plus préoccupantes sont les exécutions des « faux positifs », c’est ainsi qu’on appelle les civils qui auraient été tués par les forces de sécurité lors d’assauts militaires, et que les autorités présentent comme des guérilleros morts au combat.

Il dénonce également le recrutement forcé des mineurs par les groupes armés, ce qui s’explique en partie par l’isolement forcé de ces populations, et également par le fait que ces jeunes paysans n’ont aucune autre perspective d’avenir.

Le Comité International de la Croix-Rouge tire un signal d’alarm, sur les risques que représentent, pour cette population civile, le fait que certaines actions militaires ou politiques se dissimulent sous l’aspect d’une action humanitaire.

Avant la remise annuelle de ce rapport, le ministre de la Défense, Gabrie Silva, a déclaré vouloir s’entretenir avec Christophe Beney lors d’une réunion.

Après avoir pris connaissance de ce document, qui mentionne que certaines opérations militaires se présentent comme des actions humanitaires, le ministre a déclaré :

« De nombreuses opérations, par exemple celle de Cauca,  ont été suspendues car les narco-terroristes utilisaient la population civile pour se cacher dans des écoles, des maisons, des hôpitaux et nous avons donc préféré n’obtenir aucune victoire militaire plutôt que de violer le Droit International Humanitaire ».

« La doctrine militaire de la Colombie se construit sur le Droit International Humanitaire et sur la protection des civils » a ajouté le ministre.

Dans son discours, il affirme que le gouvernement s’oppose « à la légèreté avec laquelle certains gèrent les affaires de force publique […]».

Pour sa part, le Haut commissaire pour la Paix, Frank Pearl, a rejeté les affirmations émises par le Comité International Rouge sur le renforcement des FARC entre la fin 2009 et le début de l’année 2010 « Les FARC ont encore les moyens de nuire, mais il est impossible de déclarer à l’heure actuelle qu’ils ont plus de capacités qu’ils n’en avaient il y a huit ans, personne ne peut croire cela » a-t-il déclaré.

« La conclusion est que tous les citoyens qui respectent la loi se trouvent dans une situation meilleure et que les FARC sont à ce jour amoindries » a ajouté Frank Pearl.


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