Pour beaucoup d’observateurs, le sixième sommet entre l’Union Européenne et l’Amérique latine (Amérique du Sud, Amérique Centrale et Caraïbes) qui s’est tenu à Madrid les 18 et 19 mai, pourrait se résumer à une énième rencontre où la rhétorique a prédominé, mais sans aucun doute, pour la Colombie et d’autres pays latino-américains, c’est le début d’une nouvelle relation au sein de laquelle les accords commerciaux monopolisent la nouvelle feuille de route.

Ce sommet UE-Amérique Latine/Caraïbes auquel ont assisté 60 chefs d’État et gouvernements (27 européens et 33 latino-américains) dans la capitale espagnole, Madrid, sous l’égide de José Luis Zapatero, avait pour objectif de resserrer les liens politiques, tout particulièrement sur les difficultés engendrées par la crise économique et sur les moyens de lutter contre les bouleversements climatiques.

En fait, les relations commerciales étant au coeur du débat, on peut s’interroger sur les avancées en matière de politique, mais aussi sur les moyens d’enrayer la pauvreté, la menace terroriste, le trafic de drogue et le changement climatique.

Les accords commerciaux signés entre l’union européenne et divers pays d’Amérique latine parmi lesquels la signature du T. L. C. Traité de Libre Commerce avec la Colombie et le Pérou, dans le cadre de l’alliance andine (dont il s’agit du début d’un large processus nécessitant pour sa ratification l’accord parlementaire de chaque pays), reflètent la bonne volonté qui caractérise cette rencontre d’un point de vue de l’instauration d’un monde économiquement globalisé et multipolaire, comme un moyen de réduire l’abîme entre les différents modèles économiques en vigueur.
Malgré le fait reconnu que certaines économies latino-américaines ont su résister mieux que d’autres à la crise mondiale qui frappe encore l’Europe, la région reste malgré tout à l’écart des grandes décisions stratégiques et demeure encore fragmentée sans réel pouvoir de négociation, avec des divergences irréconciliables entre des courants politiques qui contredisent la tendance libérale actuelle. C’est le cas de la Bolivie et de l’Équateur qui refusent  le modèle de libéralisation du commerce tel que le présente l’ UE et qui ont donc refuser de participer au Traité de Libre Commerce.

L’ambassadeur équatorien en Espagne, Galo Chiriboga, a déclaré « Nous ne partageons pas les critères du  TLC car le commerce ne peut constituer à lui seul un élement de développement, nous pensons qu’il y a d’autres éléments qui favorisent le développement c’est pourquoi nous souhaitons proposer à la communauté européenne un traitement différent quant au contenu de l’accord pour que cela aille bien au delà d’un simple échange commercial ».

Cependant, en plus de la signature des accords de libre-échange avec la Colombie, le Pérou et l’Amérique centrale, il faut souligner la volonté exprimée pendant le sommet par les leaders des nations européennes de relancer, en juillet, les négociations de libéralisation commerciale avec le Mercosur (Argentine, Brésil, Uruguay, Paraguay).

Des accords similaires, T.L.C, avaient déjà été signés avec le Mexique en 2000 et avec le Chili en 2002.

Les entrepreneurs péruviens se sont réjouis de l’accord tandis que les producteurs de lait et les éleveurs de Bogotá ont protesté contre cette décision alors que leur secteur connaît des difficultés majeures.

Du côté de l’Amérique centrale, le Panama, le Guatemala, le Costa Rica, le Salvador, le Honduras et le Nicaragua ont signé un accord commercial avec l’Union européenne après trois ans de négociations.

Lors d’une conférence de presse qui a fait suite au sommet, José Luis Rodríguez Zapatero, a signalé que cet accord pourrait augmenter les exportations de l’Amérique Centrale autour de 2 600 millions d’euros par an et celles de l’UE autour de 2 400 millions par an.

Le ministre des Affaires Etrangères du Costa Rica, René Castro, affirme que cette accord établit  » Un rapport d’égal à égal. Chaque parti a des devoirs et des droits dorénavant ».

Il permettra aux exportateurs de produits agricoles de ces pays un accès plus facile au marché européen en échange d’une libéralisation des exportations de véhicules, de machines, de produits chimiques ou de services environnementaux qui sera favorable aux entreprises de l’UE.

Le cas du Mercosur (Communauté économique des pays de l’Amérique du Sud) est cependant source de dissensions même si les négociations entre ces deux blocs (L’Europe et le Mercosur) ont repris le 17 mai après six ans d’interruption, l’opposition de la France et de sept autres pays européens contre un accord considéré comme néfaste aux agriculteurs, ne favorisera pas la libéralisation des échanges.

En effet, en 2004, les négociations dans le but de développer une zone de libre-échange de 750 millions de consommateurs avaient déjà été suspendues à la suite d’une divergence imputée en grande partie à l’accès des exportateurs du Mercosur aux marchés agricoles en Europe.

Le ministre français de l’Agriculture, Bruno Le Maire, qui a retrouvé ses homologues européens à Bruxelles a mis en garde sur les répercussions d’un tel accord qui pourrait engendrer une hausse spectaculaire de 70 % des importations de bœuf et de 25 % des importations de volailles, alors que le secteur agricole européen est lui-même meurtri par la crise internationale.

Lors de ce sommet, on peut noter certains absents d’importance, parmi les membres de l’union européenne, tout d’abord la chancelière allemande Angela Markel ainsi que les premiers ministres anglais et italien, David Cameron et Silvio Berlusconi; du coté latino-américain remarquons que le président du Venezuela, Hugo Chavez n’avait pas fait le déplacement à Madrid de même que le dirigeant cubain Raul Castro.

Le chef du gouvernement espagnol, le socialiste José Luis Rodriguez Zapatero a affirmé « La capacité de la croissance économique est dans l’ouverture des frontières et la libéralisation des frontières », déclaration faite en réponse à la méfiance de certains pays européens, France en premier, de voir leurs marchés inondés de produits agricoles brésiliens et argentins.

La présidente argentine Cristina Kirchner s’est réjouie de la reprise de « difficiles » négociations entre UE et Mercosur, y voyant un « grand défi parce que c’est la question du protectionnisme qui est en jeu ».