L’ancien ministre de la Défense du président sortant Alvaro Uribe, Juan Manuel Santos, est sorti vainqueur du premier tour des élections présidentielles organisées en Colombie ce dimanche 20 mai. Le taux d’abstention était de 50.7 % selon l’État Civil, un chiffre qui se situe plutôt dans la moyenne des pays sud-américains.

En effet, le successeur d’Alvaro Uribe a récolté dès le premier tour 46,6 % des voix, contre celui qui était présenté comme son rival le plus sérieux, l’inattendu Antanas Mockus, du Parti Vert,  qui lui a totalisé 21,5 % des scrutins. Le candidat du parti au pouvoir, Parti social d’union nationale (Partido de la U de la mouvance droite) a réuni 6.7 millions des voix alors que le candidat Vert a rassemblé 3.1 millions des scrutins, German Vargas Lleras, du parti Cambio Radical (droite), membre de l’alliance qui a aidé à l’accession d’Alvaro Uribe au pouvoir, occupait la troisième position avec 10 % des suffrages, suivi du candidat de la gauche, Gustavo Petro (Pôle démocratique alternatif) qui le talonne avec 9 % des voix.

Avec le choix du Candidat Juan Manuel Santos, les électeurs colombiens ont porté leur choix sur la continuité de la politique menée par Uribe, qui demeure à ce jour très populaire pour la sécurité qu’il est parvenu à mettre en place sur le territoire et pour la fermeté dont il a fait preuve envers les FARC. Manquant de peu la victoire dès le premier tour, le candidat retrouvera Antanas Mockus pour le second tour qui aura lieu le 20 juin.

Le candidat écologiste bénéficie de quelques semaines pour relancer la campagne et tenter de renverser la tendance. Il devrait essayer de s’allier avec les formations centristes et le candidat de gauche, Gustavo Petro, qui a recueilli 9 % des voix. Santos sollicitera probablement les trois points qui lui manquent pour obtenir la majorité absolue auprès du parti conservateur et du Cambio Radical, qui dispose de 10 % de l’électorat venu aux urnes…

Le candidat Santos avait insisté durant la campagne électorale sur les succès remportés avec son gouvernement lorsqu’il était ministre de la Défense entre 2006 et 2009. L’accent avait été mis sur les réussites militaires menées contre la guérilla des FARC telle que l’opération « Jaque » menée le 2 juillet 2008 qui avait permis la libération d’Ingrid Betancourt.

A l’annonce des résultats Santos a manifesté sa reconnaissance envers le président Uribe : « C’est votre victoire et celle de tous ceux qui veulent préserver votre immense héritage. La Colombie a voté avec une large majorité pour défendre vos réussites et vos succès ».

Dès 17h00, des partisans de Juan-Manuel Santos, âgé de 58 ans, ont fêté la victoire tout près de l’hôtel où il s’était donné rendez-vous avec son équipe électorale.

Dans le camp adversaire, les partisans d’Antanas Mockus, qui avait fait de la lutte anti-corruption leur leitmotiv électoral, c’était plutôt la douche froide.

« C’est décevant pour la Colombie qu’une alternative aussi décente que Mockus ne soit pas victorieuse », a déclaré Jorge Millan, accusant le président en place de n’avoir pas su être neutre durant la campagne.

Ce sont 30 millions d’électeurs qui ont été appelés à élire le nouveau président marquant ainsi la fin de l’ère Uribe, élu pour un premier mandat en 2002 et dont la politique de fermeté envers les guérilleros des FARC reste à ce jour saluée par la population.

Les sondages donnaient Santos et Antanas Mockus au coude à coude mais les instituts ont probablement surestimé la capacité du candidat Vert à rallier à sa cause une population qui garde en mémoire la politique sécuritaire fructueuse menée par l’ex-ministre dans un pays où guérilleros, paramilitaires et narcotrafiquants menacent la population.

Le scrutin s’est par ailleurs tenu sans trop d’incidents par rapport aux élections réalisées en 2002, selon le ministre de l’Intérieur, près de 340 000 membres des forces de l’ordre avaient été mobilisés pour assurer la sécurité de la population.

Cependant, des heurts impliquant les FARC qui comptent à ce jour entre 7 500 et 10 000 engagés, ont été signalés dans plusieurs départements, notamment dans le département de Cauca (sud-ouest), où la présence des guérilleros demeure vivace. Quatre soldats ont été assassinés, ainsi qu’un partisan des FARC, selon le ministère de l’Intérieur.

Le président Uribe quittera ses fonctions le 7 août prochain et a affirmé en cette fin de journée électorale que la Colombie « avait retrouvé la liberté politique qu’on lui avait séquestrée » et a remercié les Forces armées pour leur vigilance et ses concitoyens pour leur intérêt porté à cette journée.