Juan Manuel Santos, candidat de droite du Parti Social d’Unité Nationale a remporté haut la main les élections présidentielles de Colombie ce dimanche 20 juin 2010 laissant peu de marge à la concurrence.

S’inscrivant dans la continuité politique du président sortant, Alvaro Uribe, dont il a été par ailleurs le ministre de la Défense entre 2006 et 2009, Santos a misé sur un programme sécuritaire mais aussi social, ce qui lui a permis de rafler la présidence à son adversaire, le candidat écologiste, Antanas Mockus, qui n’a obtenu que 28 % des scrutins (un peu plus de trois millions des suffrages).

Cette victoire écrasante, 69 % des suffrages (soit plus de 9 millions de bulletins) récoltés pour le nouveau président constitue un fait historique. Selon des informations officielles émises par La Registraduría Nacional del Registro Civil, le taux d’abstention a atteint les 55.59 % pour le second tour de dimanche 20 juin et 444 829 électeurs ont préféré voter blanc.

En effet, malgré ce taux d’abstention, les autorités ont signalé qu’il s’agissait d’un record puisque Santos a obtenu 2 millions de votants en plus qu’Alvaro Uribe en 2006 (7.300.000 pour ce dernier).

L’abstention a été considérable mais c’est un fait coutumier dans ce pays où la moyenne est de 52.17 % pour des élections présidentielles (moyenne établie depuis l’année 1958).

C’est en famille que Santos a accueilli la victoire, entouré de sa femme et de ses trois enfants, il s’est exprimé devant 10 000 partisans : « si nous en sommes arrivés là, c’est par e que nous nous tenions sur les épaules de géants ». « C’est aussi votre triomphe président Uribe », a déclaré ce petit-neveu d’un ancien président d’une des familles les plus influentes de Colombie.

L’héritier du président Uribe s’est engagé à lutter contre la pauvreté, il s’agira d’un vaste chantier dans un pays où 40 % de la population a moins de 2 dollars par jour pour subvenir à ses besoins. De plus, le taux de chômage atteint les 12,4 % de la population active.

La croissance économique qui a connu une légère augmentation de 0,4 % l’an dernier, devrait cependant progresser plus vite pour atteindre 3 % en 2010.

M. Santos devra poursuivre également ses efforts dans la lutte anti-guérilla, un conflit armé qui s’est amoindri mais qui continue à menacer l’intégrité des Colombiens. En qualité de ministre de la Défense, Santos a supervisé certaines opérations militaires visant à mettre à terre la guérilla marxiste des Farc. Il a été à la tête d’ une vaste opération qui a permis le libération d’otages gardés prisonniers par les guérilleros parmi lesquels figuraient la franco-colombienne Ingrid Betancourt et trois Américains.

Dimanche, jour des élections, sept policiers et quatre soldats ont été tués lors d’assauts menés par des groupes armés. La délinquance reste également au cœur des préoccupations puisque la Colombie demeure à ce jour parmi les 3 pays les plus violents d’Amérique Latine avec une moyenne de 39 homicides pour 100 000 habitants en 2009.

Concernant la politique extérieure, le président Santos devra aussi composer avec ses voisins plutôt hostiles à la politique défendue par le parti U, l’Equateur et surtout le Venezuela, dirigé par l’ultra-socialiste Hugo Chavez qui juge que le gouvernement colombien constitue une menace à l’équilibre de la région.

Le président vénézuélien, Hugo Chavez, a bloqué les échanges commerciaux et diplomatiques avec la Colombie en août 2009, en signe de représailles à l’encontre d’un accord militaire signé entre les États-Unis et la Colombie, qui autorise les forces américaines à utiliser sept bases militaires colombiennes.

« Nous allons tout faire pour renforcer les relations afin qu’elles puissent être cordiales et bénéfiques à chacun », a affirmé le président élu, cité par son conseiller.

La Colombie espère renforcer ses liens avec l’Equateur, avec laquelle elle avait vu ses relations se dégrader suite à l’intervention en mars 2008 de l’armée colombienne sur le territoire équatorien à l’occasion du bombardement d’un camp des rebelles FARC installé de l’autre côté de la frontière. Selon le conseiller, le président élu colombien veut rencontrer le président équatorien, Rafael Correa, afin de renouer au plus vite des rapports cordiaux.

Pour le second tour de la présidentielle, Santos a reçu l’appui au niveau national du Parti conservateur et des dirigeants et militants du Parti Libéral, forces politiques traditionnelles de Colombie durant la seconde partie du XXe siècle.

En échange de ce soutien, le candidat s’est engagé à former « un gouvernement d’Unité Nationale » qui puisse s’inscrire dans la lignée politique d’Uribe, ancien militant libéral qui a insufflé la création du parti U.

Le candidat malheureux, Mockus a reconnu dimanche soir sa défaite et  s’est engagé à exercer une « opposition réfléchie » et aussi à surveiller plus précisément l’utilisation par le gouvernement des comptes publics, rappelons que le candidat vert avait fait de lutte anti-corruption son cheval de Troie.

Le 7 août prochain Santos, fils spirituel d’Alvaro Uribe, qui quitte le pouvoir après avoir exercé deux mandats consécutifs, sera investi officiellement et choisira alors à la vice-présidence, Angelino Garzó, ancien leader de la Centrale Unitaire des Travailleurs, la plus grande organisation syndicale du pays.