Le Comité du Patrimoine Mondial de l’Organisation des Nations Unis pour L’Education, la Science et la Culture (UNESCO) évalue les candidatures des sites mexicains du Camino Real de Tierra Adentro et de la réserve de grottes préhistoriques de Yagul et Mitla, situés au centre de la vallée d’Oaxaca, afin qu’ils soient éventuellement inscrits sur la liste du patrimoine mondiale des « biens culturels » de l’UNESCO.

Ces deux candidatures sont actuellement analysées parmi 37 autres soumissions de sites dans le cadre de la réunion célébrée cette semaine à Brasilia. En effet, 187 pays discutent aujourd’hui de l’état de conservation des sites déjà répertoriés, des futures inscriptions sur cette liste mais aussi des radiations qui peuvent survenir lorsque le site ne correspond plus aux critères de sélection de la liste Mondiale du Patrimoine de l’Humanité. Ce débat se tient à huit clos et s’achèvera le 3 août.

Lors d’une conférence de presse accordée lundi 26 juillet, le directeur du Centro del Patrimonio Mundial de l’UNESCO, l’italien Francesco Bandarin, a avancé que 31 sites étaient sur le point de perdre leur titre et que 10 autres bénéficiaient d’une première évaluation plutôt positive quant à leur admission future, tandis que, pour les autres sites en lice, la décision allait faire l’objet d’un vif débat durant les jours à venir.

Le Mexique propose donc Le Camino Real de Tierra Adentro, projet auquel participe 10 États de la République fédérale du Mexique, tous concernés par le passage de la route tracée par les conquistadores espagnols pour relier Mexico aux mines exploitées au nord du pays,  jusqu’au Nouveau-Mexique. Il s’agit à ce titre d’un véritable pont culturel entre le Mexique et les États-Unis.

Les entités fédérales qui défendent le projet sont donc Distrito Federal, l’Etat de Hidalgo, Querétaro, Guanajuato, Aguascalientes, Jalisco, Zacatecas, Durango et Chihuahua. Le Camino Real de Tierra Adentro est considéré comme le plus long et le plus ancien du continent. La route s’étend sur 2900 kilomètres et arrive jusqu’à la ville de Santa Fe au Nouveau-Mexique.

Le Mexique a également proposé sa candidature pour les grottes préhistoriques de Yagul et Mitla, localisées dans l’État de Oaxaca, ces lieux archéologiques remontent environ à 8000 ans avant Jésus Christ, selon les estimations des experts, et l’on peut y retrouver par diverses illustrations le passage de la vie nomade à la vie sédentaire sur le continent américain. Il s’agit d’un ensemble d’une centaine de grottes (cuevas) et d’abris datant de la préhistoire et qui ont été mis à jour dans les années 60 par Kent V. Flannery.

Sur ce site, on retrouve les témoignages les plus anciens du début de la domestication humaine en Amérique :  semences de « courges » datant de 10 000 av. JC, cela représente les traces les plus anciennes de plantes domestiquées connues jusqu’à aujourd’hui sur le continent.

L’archéologue Antonio Martínez Tuñón, de l’Instituto Nacional de Antropología e Historia (Institut National d’Anthropologie et d’Histoire), a signalé que ces grottes, ont servi de refuge aux groupes de chasseurs-cueilleurs mais aussi aux partisans de Venustiano Carranza Garza au début du XXe siècle et encore de nos jours, elles servent d’abris aux bergers. Environ 150 grottes, abris rocheux et campements ouverts ainsi que des pierres présentant des pictogrammes anciens ont été mis à jour.

Le chargé de projet a mis l’accent sur l’intérêt historique de ces lieux « l’importance de ces espaces résident dans le fait qu’ils abritent les témoignages les plus importants du début de la civilisation sur le continent », car « en plus, des semences mentionnées de courges, des traces de fèves et de maïs, qui datent respectivement de 6000 et 4000 ans avant Jésus-Christ ont été retrouvés ».

En raison de ses caractéristiques culturelles, les matériaux extraits de ce site préhistorique peuvent être comparés pour leur ancienneté aux premiers vestiges de culture domestique relevée au Moyen-Orient, a indiqué l’Instituto Nacional de Antropología e Historia (INAH).

Le Mexique et le Brésil sont les seuls pays d’Amérique Latine à avoir proposé leur candidature, a informé l’Unesco.

Le Comité analysera aussi l’état de conservation de 147 biens qui figurent déjà sur la liste mondiale du Patrimoine de l’Unesco, car parmi eux, 31 ans sont estimés dans une phase critique. Parmi eux, on retrouve les îles du Galapagos, les mines de sel de Santa Laura au Chili, le parc national Los Katíos en Colombie, la ville et le port Coro au Venezuela et la zone de Chan Chan au Pérou.

Ces territoires se trouvent menacés par des problèmes de pollution, de développement urbain, de tourisme massif, de désastres naturels, qui peuvent anéantir la valeur pour laquelle ils ont été inscrits sur la liste du patrimoine universelle. A ce jour, la liste du Patrimoine Mondial comprend 890 sites situés dans 148 États à travers le monde, « d’une valeur universelle exceptionnelle », dont 689 culturels, 176 naturels et 25 mixtes.

Les décisions prises par le Comité lors de cette 34e session seront lourdes de conséquences, en effet, l’inscription sur cette liste, et plus particulièrement pour les pays en voie de développement, suscite toujours un regain d’intérêt qui induit une hausse de la fréquentation touristique et rend plus aisé le déblocage de fonds pour l’entretien ses sites sélectionnés.