« Ce fut une réunion très difficile », a reconnu le ministre des Affaires Étrangères équatorien, Ricardo Patiño en évoquant la réunion extraordinaire de l’Unasur (Union des Nations sud-américaine qui regroupe douze pays), qui s’est tenue hier à Quito, capitale de l’Équateur. Il a révélé qu’après cinq heures de discussion entre les ministres des Affaires Étrangères des divers pays d’Amérique du Sud, réunis pour évoquer et tenter de résoudre le conflit diplomatique entre la Colombie et le Venezuela, les pourparlers n’avaient pas permis la reprise des relations bilatérales entre les deux pays en profond désaccord.

Le ministre des Affaires Étrangères équatorien, pays qui occupe actuellement la présidence pro tempore de l’Organisation des Nations sud-américaines, a cependant précisé que, la réunion régionale « avait créé une ambiance propice à ce que les ministres des affaires Étrangères de chaque pays se tiennent disposés à dialoguer sur les issus possibles visant à favoriser au plus vite une reprise du dialogue bilatéral entre la Colombie et le Venezuela ».

Pour rappel, le Venezuela a rompu ses relations diplomatiques avec la Colombie après que Bogotá ait affirmé la semaine dernière devant une commission de l’OEA (Organisation des États américains), qu’elle détenait des preuves évidentes de la présence de guérilleros des FARC (Forces Armées révolutionnaires de Colombie) et du ELN (Armée de Libération Nationale) sur le territoire vénézuélien.

Lors de la réunion de Quito, les positions de la Colombie et du Venezuela sont restées inchangées et les divergences sont donc restées au cœur de débat. Dans un climat tendu, le ministre des Affaires Étrangères colombien, Jaime Bermúdez a présenté les preuves qu’il avait préalablement soumises à la OEA, tandis que le ministre des Affaires Étrangères vénézuélien Nicolás Maduro a réaffirmé que ces déclarations colombiennes n’étaient que des mensonges et qu’il souhaitait qu’un plan de pacification de la région soit mis en place en Colombie. Une fois la réunion achevée, le ministre des Affaires Étrangères équatorien a demandé aux ministres présents d’organiser une réunion urgente à laquelle assisteraient les chefs de l’état sud-américains afin de « chercher des accords au plus haut niveau qui puissent favoriser le retour au dialogue entre les autorités colombiennes et les autorités vénézuéliennes ».

Ricardo Patiño a ajouté que la réunion de Quito, bien qu’elle n’ait pas abouti à un consensus entre les deux partis, elle avait néanmoins témoigné de « l’engagement de l’Unasur dans la recherche de solutions pacifiques pouvant enrayer la crise qui secoue deux pays membres de l’organisation, et éviter ainsi que des ‘groupes irréguliers’ viennent perturber l’harmonie au sein de la région ».

Précisément, la résolution de combattre les groupes irréguliers fut l’un des points les plus discutés lors de cette session extraordinaire. Le ministre colombien, Jaime Bermúdez, a assuré que les membres de l’Unasur étaient sur le point de définir des mécanismes efficaces de coopération afin d’empêcher les groupes criminels et terroristes, comme les FARC ou partisans de l’Armée de Libération colombienne, de s’implanter et ce, « quel que soit le pays ». Selon lui, malgré l’accord initial, « à la dernière minute le Venezuela a déclaré qu’il n’approuvait pas le texte ». Il a été rejeté par Maduro qui a affirmé « que le ministre Bermúdez quittait la réunion de l’Unasur en avançant des mensonges ». Le ministre colombien a également abordé lors de cette réunion, une proposition de démobilisation des guérilleros, qui selon son gouvernement, se trouvent au Venezuela, comme l’avait proposé quelques jours auparavant le président A.Uribe.

Un tel accord impliquerait que des « fiscales » (procureurs) colombiens se rendent au Venezuela dans le but de traquer les guérilleros afin qu’ils soient extradés vers la Colombie où « ils pourront être jugés avec toutes les garanties de la Loi de Justice et de Paix ». Concernant les preuves d’une présence présumée de guérilleros sur le territoire national vénézuelien, Maduro a indiqué que les forces militaires de son pays étaient en train d’enquêter à ce sujet, et qu’au moment venu, les autorités présenteraient d’une façon professionnelle « un rapport » sur les conclusions de leur investigation.

Chaque gouvernement campe fermement sur ses positions pour le moment, peut-être que l’arrivée prochaine au pouvoir du président colombien, Juan Manuel Santos, qui sera investi dans ses fonctions le 7 août 2010, pourra insuffler un vent nouveau et permettre une sortie de crise rapide.

Le ministre Maduro a réitéré que les preuves évidentes évoquées par la Colombie « n’en étaient pas et que les photos et vidéos dévoilées formaient selon lui un tissu de mensonges », il s’agit « d’une manipulation qui cherche à agresser le Venezuela ».

D’un autre côté, il a reconnu qu’il avait reçu la promesse de la part de Bogotá qu’il n’y aurait aucune intervention à caractère militaire sur le territoire souverain du Venezuela.

Comme l’a souligné le président Chavez et son ministre « Nous espérons que l’engagement sera tenu ». Le ministre équatorien a déclaré qu’une rupture diplomatique « était un processus long à résoudre, que cela ne se réglait pas d’un coup de baguette magique ». Pour appuyer ses propos, il a mentionné « la rupture entre Quito et Bogotá qui a perduré deux ans ».