Une forte explosion a secoué hier matin (jeudi 12 août) le centre financier du nord de Bogotá, capitale de la Colombie, provoquant de nombreux dégâts matériels sur plusieurs bâtiments, et blessant une trentaine d’individus, parmi les victimes, sept personnes ont dû être hospitalisées. La forte déflagration déclenchée par l’explosion d’une voiture piégée, a provoqué un véritable chaos sur les routes puisque la voie la plus emblématique de la capitale, La Septima a dû être fermée à la circulation.

Une voiture piégée (une Chevrolet Swift 1994 de couleur grise) a explosé à 05:30 heure locale (10:30 GMT), probablement activée au moyen d’un téléphone mobile, face au bâtiment d’où est diffusée la Radio Caracol et également face au siège de l’agence de presse espagnole EFE. L’attentat s’est produit dans un quartier à la fois résidentiel mais aussi d’affaires où l’on peut trouver de nombreux sièges de banques, des bureaux, mais aussi des appartements pour particuliers, l’heure choisie n’est donc pas anodine puisque de nombreuses personnes et véhicules circulent tôt le matin. De plus, l’explosion est survenue au moment où débute l’émission matinale de la chaîne de radio la plus importante du pays Radio Caracol, propriété du groupe espagnol Prisa. L’attentat a donc été commenté en direct par le journaliste Darío Arizmendi, qui a décrit comment les plaques du plafond situées au septième étage étaient en train de s’écrouler.

Le président Juan Manuel Santos, qui s’est rendu sur les lieux de l’attentat en compagnie de ministres dont le Ministre de l’Intérieur, Germán Vargas, mais aussi de militaires et de policiers, a aussitôt attribué l’explosion à « un acte terroriste ». Selon Santos, l’attentat a pour but de générer « de la peur et du scepticisme », mais il a affirmé que les auteurs de cet acte « ne parviendraient pas à leurs fins » et il a demandé à la population de « retourner normalement à ses occupations quotidiennes ».

Le nouveau président colombien qui a été investi officiellement dans ses fonctions il y a cinq jours seulement a déclaré : « Nous ne pouvons pas baisser la garde dans notre politique sécuritaire démocratique (initiée par son prédécesseur, Álvaro Uribe), et le pays peut rester parfaitement tranquille ».

« Nous poursuivrons nos efforts dans la lutte anti-terroriste avec tous les moyens mis à notre disposition et nous ne céderons pas d’un millimètre », a ajouté Santos, qui a effectué une inspection dans l’édifice le plus touché par la bombe. De nombreux édifices du centre financier ont été endommagés par l’explosion. Jusqu’à présent les autorités n’ont pas attribué cet acte criminel à aucun groupe en particulier  » Nous avons nos soupçons habituels » a cependant précisé le président colombien, sans donner plus de précisions.

Le maire de la ville, Samuel Moreno, a révélé que la voiture piégée comprenait une charge de 50 kilos d’explosifs connus et a ajouté qu’il ne pouvait pas affirmer que l’attaque était dirigée spécifiquement contre l’émission radiodiffusée Caracol.
La déflagration a brisé les vitres de plusieurs édifices et maisons à 200 mètres à la ronde, selon des journalistes de la BBC Mundo. Il n’y a pas de dommages dans les fondations mêmes mais il y a au moins 1160 propriétés affectées par la bombe. Le bruit provoqué par la déflagration s’est fait entendre au moins un kilomètre à la ronde, réveillant de nombreuses personnes qui se trouvaient encore endormies à cette heure matinale.

Le dernier attentat de ce type qui a eu lieu à Bogotá est survenu en février 2003, lorsqu’une forte bombe a explosé au siège du Club El Nogal, situé un kilomètre au nord de siège Caracol, tuant ainsi 35 personnes.

Cette attaque avait été attribuée à la guérilla des Forces armées révolutionnaires, FARC. Le journaliste Arizmendi de radio Caracol a averti que « ceux qui pensent que nous allons nous taire, se trompent foncièrement ».

Pour sa part, le Ministre de l’Intérieur Germán Vargas a fait part de son soulagement en constatant que l’attentat n’avait fait aucune victime mortelle.


La veille de l’attentat à Bogotá, la police a arrêté à Neiva, à 320 kilomètres au sud, un homme qui avait deux kilos d’explosif en sa possession
. La police de Neiva, a informé que l‘individu appartenait à la guérilla des FARC connu sous le nom de « Cocinero » (« Cuisinier ») et qu’il se déplaçait dans un taxi avec une charge explosive camouflé dans des fruits et des légumes « son arrestation a été rendue possible après deux mois d’investigation qui ont permis sa localisation » a déclaré le commandant de police de Huila, Flavio Heriberto Mesa Castro dont la capitale est Neiva.

Les FARC apparaissent donc comme des suspects possibles suite à l’arrestation de l’un de ses membres, la veille même de l’attentat de Bogotá, mais sur la liste des auteurs possibles, on peut également mentionner les paramilitaires ou les trafiquants de drogue qui continuent à bénéficier d’un certain pouvoir d’intimidation. Pour le moment l’attentat n’a pas été revendiqué, mais il témoigne des efforts que doit fournir le gouvernement pour résoudre les différents conflits qui menacent le pays. L’autre hypothèse émise concerne d’éventuels groupuscules extrémistes des FARC qui s’opposeraient à l’éventuelle reprise de dialogue ennte les FARC (Alfonso Cano, leader des FARC a appelé la semaine dernière à un retour au dialogue) et le président Santos et qui souhaitent donc faire capoter le processus de paix en poursuivant le conflit armé. C’est la piste que semble privilégier l’armée à l’heure actuelle.

Certains médias évoquent le nom de Germán Briseño, alias “Grannobles”, l’un des membres actifs des FARC, qui a souvent été chargé de planifier des attentats terroristes sur Bogotá, mais ces supputations n’ont pas été confirmées par les autorités, et le DAS (Département Administratif de Sécurité) poursuit son enquête afin de trouver les responsables de cet acte terroriste.

Différentes manifestations sont prévues devant le siège de la radio Caracol, les habitants souhaitent ainsi condamner les actes de terrorisme mais aussi manifester leur soutien à la presse comme symbole de liberté et bastion d’une démocratie.

Le gouvernement du président vénézuélien Hugo Chavez a fermement condamné l’acte terroriste « perpétré tôt hier matin » contre « le peuple frère de Colombie » selon un communiqué officiel diffusé à Caracas, les Etats-Unis tout comme les pays membres de l’UNASUR (Union des Nations sud-américaines) ont fortement dénoncé cet acte criminel.

Le président Santos a été investi dans ses fonctions samedi après avoir remporté triomphalement l’élection présidentielle du 20 juin. Ex ministre de la Défense (2006-2009), il a été l’un fer de lance de la politique de fermeté mise en œuvre par son prédécesseur Alvaro Uribe contre la guérilla marxiste des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC).

Depuis sa prise de fonction, le président colombien est parvenu à relancer le dialogue avec son homologue vénézuélien après une rupture des relations diplomatiques amorcées entre les deux pays sous la fin de mandat d’Alvaro Uribe.