Pérou : Les enfants indigènes sont, selon l’UNICEF, en situation d’exclusion

Pérou, Politique — Par le 27 août 2010 à 16 h 51 min

Au Pérou, près de 80 % des enfants indigènes ne bénéficient pas des droits les plus fondamentaux que constituent l’accès à l’éducation et à la santé. Ils représentent la catégorie de population la plus vulnérable de la société. Une étude présentée à Lima par le fonds des Nations-Unis pour l’Enfance (UNICEF) et l’Institut National de Statistiques indique que ce pays de 30 millions d’habitants compte de nombreuses disparités sociales parmi les enfants, or les inégalités sont flagrantes selon l’appartenance ethnique de ces derniers.

Le rapport intitulé « État de l’Enfance indigène au Pérou » (“Estado de la Niñez Indígena en el Perú”) signale que 78 % des enfants et des adolescents indigènes (âgés entre 3 et 17 ans) vivent en situation de pauvreté contre 40 % parmi les groupes « hispanohablantes » (dont l’espagnol est la langue maternelle). Les inégalités sont par ailleurs plus grandes en Amazonie où le taux de pauvreté parmi les mineurs atteint les 86 %.

Il faut savoir que l’enquête définit comme indigène tout individu qui a appris une autre langue que l’espagnol (quechua, aymará ou une autre langue usitée en Amazonie) et elle précise que le Pérou compte 4 millions d’indigènes parmi lesquels « un million sont des enfants et des adolescents ».

S’il est incontestable que ces dernières années ce pays andin et amazonien a effectué de nombreux progrès en matière de lutte contre la dénutrition chronique chez les enfants, la mortalité maternelle et infantile, l’étude révèle que ces chiffres sont toutefois trompeurs.

« Les avancées constatées au niveau national (…) tendent à dissimuler les conditions difficiles de vie dans lesquelles vivent les enfants et adolescents péruviens dans certaines zones du pays » précise le rapport.

La majeure partie des enfants indigènes se trouvent dans les régions où l’on retrouve le plus fort indice de pauvreté comme Huancavelica (82 %), Apurímac (76 %), Ayacucho (72 %) et Puno (67 %).

Selon Paul martin, représentant de l’UNICEF au Pérou, « la déclaration des Nations Unies sur Les Droits des Peuples Indigènes(…) mettent l’accent sur le rôle de l’Etat qui se doit de trouver des mesures efficaces et spécifiques pour améliorer le quotidien, des enfants et des adolescents indigènes ».

Martin a souligné que le gouvernement péruvien devait améliorer l’accessibilité pour la population amazonienne aux services publics et qu’il devait faire de ce point une priorité. Il a également mis l’emphase sur les disparités qui existent entre population rurale et urbaine au sein de ces mêmes régions.

Des journalistes de la BBC Mundo ont visité la communauté Shipiba au sein de laquelle évoluent 185 mineurs de moins de 16 ans, évoluant à la capitale Lima, dans le district de Rimac. Ils ont constaté les conditions de vie déplorables de cette communauté qui représente environ 120 familles arrivées à Lima depuis 10 ans, au moins, dans l’espoir de fuir l’Amazonie et sa dureté au quotidien.

« Bien que nous soyons pauvres, les membres de la communauté tentent de s’en sortir par leurs propres moyens« , a déclaré Carina Pacayo, présidente de l’association des Artisans Shipibos Ashirel (Asociación de Artesanos Shipibos Ashirel).

La majorité des enfants sont scolarisés à la différence de ceux qui évoluent en Amazonie, cependant la majeure partie d’entre eux souffre d’infections à l’estomac et aux poumons, ces problèmes de santé s’expliquent par le fait qu’ils n’ont pas facilement accès à l’eau potable ou au tout-à-l’égout.

« Oui ce serait bien si l’État pouvait nous aider un peu plus. L’État se doit être présent pour soutenir son peuple » a ajouté Carina Pacayo.

En ce qui concerne l’Education, le rapport signale que la population indigène âgée de 3 à 5 ans qui a accès à un centre éducatif est d’environ 32 % contre 55 % pour une population non indigène.

Selon Martin, qui se consacre à l’Enfance au sein de l’ONU, il est nécessaire que « l’État apporte une meilleure attention aux groupes qui souffrent le plus d’exclusion, comme c’est le cas de la jeunesse indigène ».

« Réduire ces disparités est l’unique façon de parvenir à maintenir les objectifs de développement du millénaire » a-t-il précisé.

Quelques chiffres supplémentaires :

-La population indigène d’Amazonie est relativement plus jeune, 24 % est âgée de 3 à 5 ans.

-La proportion d’enfants indigènes qui vivent dans des zones rurales diminue au fur et à mesure qu’ils grandissent.

-Dans les régions où le taux d’indigènes concerne plus de 25 % de la population, l’indice de dénutrition chronique infantile dépasse les 20 % et atteint même 43 % à Huancavelica.

-44 % des enfants d’un an vivant au sein de communautés indigènes d’Amazonie ne bénéficient pas d’acte de naissance.

-11 % de la population indigène âgée entre 18 et 20 ans a accès à des études supérieures.

-Au Pérou, on comptabilise 43 langues andines et amazoniennes regroupées en 19 familles linguistiques.


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