Le fleuve Amazone (Amazonas), en forêt péruvienne, a atteint son niveau le plus bas depuis quarante années, et il devrait encore s’abaisser dans les semaines à venir en raison d’une sécheresse qui, de fait, perturbe l’approvisionnement en eau potable et en aliments de la zone concernée, a affirmé vendredi le Gouvernement.

Carranza, expert en hydrologie pour le Senamhi (Service National de Météorologie et d’Hydrologie ou Servicio Nacional de Meteorología e Hidrología), a affirmé qu’en moyenne les années humides se répétaient tous les quatre ans et les périodes sèches tous les trois ans, mais depuis les années 2000, les périodes sèches réapparaissent tous les deux ans en Amazonie péruvienne.
La région de Loreto est la plus vaste du Pérou, 90 % de ses habitants se déplacent par les voies navigables.

La baisse du niveau du fleuve Amazone dans le bassin péruvien, le fleuve le plus long au monde (il s’étend sur environ 8 200 km selon des chiffres officiels), qui traverse l’Amérique du Sud, a donc affecté le déplacement des embarcations sur la zone, créant une pénurie d’aliments sur la ville amazonienne d’Iquitos, à environ 800 km au nord de Lima.

Le bassin amazonien du Pérou, où une embarcation a échoué en raison d’un faible niveau d’eau du fleuve, se trouve actuellement à une hauteur de 105,79 mètres au dessus du niveau de la mer. Un niveau encore plus bas que celui enregistré en 2005, lorsqu’une importante sécheresse a frappé tout le fleuve Amazone qui, pour rappel, prend sa source dans les Andes et traverse le Brésil.

« Le fleuve Amazonas connait un niveau très bas, un record depuis quarante ans, à l’heure actuelle il devrait atteindre un niveau de 110,40 mètres au dessus du niveau de la mer, or il est quatre mètres en dessus de la normale » a expliqué Marco Paredes, responsable du service d’hydrologie et de météorologie d’Iquitos.

« Les estimations indiquent que cette situation risque de perdurer encore deux ou trois semaines, ainsi le niveau du fleuve devrait encore baisser de vingt ou trente centimètres par rapport à son niveau actuel » a-t-il ajouté.

Paredes a expliqué que même si habituellement cette saison est plutôt sèche, le peu de pluie qui touche l’Amazonie s’explique par la formation fréquente d’ouragans sur l’Atlantique qui absorbent l’humidité du continent sud-américain.
« La formation d’ouragans est une cause certaine à cette sécheresse, plus il y a d’ouragans moins il y a de pluie sur nos régions, on appelle cela un phénomène de compensation » a-t-il précisé.

La zone Caraïbes et la côte nord-américaine ainsi que le Golfe du Mexique affronte cette année une saison cyclonique plus importante qu’en 2005, lorsque le cyclone Katrina a dévasté la Nouvelle-Orléans.

Cette année, une vague de froid inhabituelle en début de saison puis la sécheresse et la chaleur actuelle (36 °C) ont grandement affecté le bassin amazonien, tuant des millions de poissons et causant de nombreux enlisements de bateaux dans la boue du fleuve.

Face à cette situation, le responsable de la Défense National de la région, Robert Falcón a déclaré qu’il réfléchissait à ce que durant la réunion prévue lundi, la zone soit placée en état d’urgence.

« Cette situation est critique, elle représente un danger imminent pour notre région », a-t-il affirmé lors d’une conversation téléphonique. Si le niveau du fleuve continue de baisser, les embarcations ne pourront plus naviguer, et la contamination du fleuve sera plus importante. La population de la selva dépend du transport maritime pour être approvisionné en vivres ou tout simplement pour se déplacer.

A titre d’exemple, deux enfants sont morts et cinquante autres ont été affectés par la consommation d’eau ou d’aliments contaminés dans le district de Balsapuerto, province de Alto Amazonas, dans le département de Loreto.

Le professeur de l’institut éducatif 6 207, Alejandro Valle Meza, a indiqué que sur les 808 élèves, une cinquantaine d’enfants ont présenté des diarrhées, une forte fièvre et des douleurs gastriques. Selon toute vraisemblance, les enfants auraient consommé l’eau contaminée du fleuve ou du poisson empoisonné selon des sources locales.

Pour sa part, Fernando Fernández Rengifo, directeur du Réseau de Santé de Alto Amazonas, a précisé que l’un des enfants était décédé mardi et un autre la veille après avoir été conduit au centre de santé de Balsapuerto alors qu’il se trouvait dans un état grave.

Il a ajouté que leur première mesure a été de placer en alerte verte le district concerné afin de recenser le nombre de malades et aussi d’effectuer une déclaration d’urgence afin de recevoir au plus vite les médicaments nécessaires.

Les enfants malades appartiennent à la communauté Canoa Puerto, dont les habitants sont majoritairement des indigènes. L’accès fluvial est rendu difficile, par conséquent il faut près de 10 heures de navigation à la population pour se rendre à la capitale de province, Yurimaguas, a ajouté l’agence de presse Andina.

Du fait que le fleuve a une hauteur et un débit particulièrement bas, l’eau n’est pas brassée et stagne, et de fait le poison utilisé par les communautés pour pêcher (une forme de curare) ne parvient pas à se disperser. A Balsapuerto, il est courant d’utiliser du poison pour engourdir les poissons, cependant la sécheresse augmente le problème de contamination, a-t-il ajouté.

 L’essentiel des chiffres au 1er septembre 2010

  • 110 mètres au dessus du niveau de la mer est la hauteur moyenne que devrait avoir le fleuve Amazone en cette période.
  • Actuellement le fleuve est à une hauteur de 105.79 mètres au dessus du niveau de la mer.
  • 108,04 mètres a été la hauteur atteinte le 17  août, en dix jours le fleuve a perdu 1,66 mètres.
  • Le 31 août Iquitos a enregistré une température de 33°C sous abri.
  • 40 maisons ont été endommagées par les vents qui ont soufflé lundi sur Iquitos à une vitesse de 50 km/heure.
  • 5 ouragans qui ont touché les Caraïbes ont également influé sur le manque de précipitations en Amazonie, selon le Senamhi.