Le ministre péruvien de la Culture, Juan Ossio, investi officiellement, samedi 4 septembre, dans ses nouvelles fonctions, a assuré que son engagement premier consisterait à récupérer les pièces archéologiques du Machu Picchu (environ 46 332 pièces) qui se trouvent en possession de l’université américaine de Yale depuis 100 années.

Juan Ossio, 67 ans, archéologue et philosophe est devenu ministre de la Culture, le premier de l’histoire péruvienne. Le poste avait été préalablement offert par le président Alan García, au célèbre écrivain Mario Vargas Llosa, mais celui-ci a décliné la proposition en raison d’un emploi du temps trop chargé.

« Je vais particulièrement me pencher sur ce point, parce que je suis de l’avis que ces pièces doivent retourner au Pérou, et afin qu’elles nous reviennent, nous devons utiliser des stratégies adaptées, il ne s’agit pas de nous mettre à dos l’université de Yale » a déclaré le ministre Ossio à l’Agence de presse d’État Andina, deux jours après sa prise de fonction.

Ossio est le premier ministre à occuper ce portefeuille crée par le président Alan García en juillet, il a ajouté qu’il rechercherait la collaboration de l’association des anciens élèves de Yale, qui « œuvrent en faveur de la restitution de ces pièces archéologiques » et « d’une solution à l’amiable avec le Pérou ».

Après la découverte de la cité perdue des Andes, le Machu Picchu (un sanctuaire d’origine incasique, construit dans les montagnes de Vilcabamba) en 1910 par un aventurier et chercheur de l’université de Yale, Hiram Bingham, un grand volume d’objets archéologiques, parmi lesquels des céramiques ou divers artefacts, ont été dirigés vers l’université temporairement (un prêt à l’origine) afin d’être étudiés. Aujourd’hui encore, le Machu Picchu constitue le principal attrait touristique du pays, il se situe à 500 km au sud-est de la capitale et attire quotidiennement près de 2000 visiteurs. 

Cependant, aucune coordination concernant la restitution des œuvres n’a été mise en place officiellement, de sorte que ces pièces sont demeurées à Yale, l’université demande au Pérou la construction d’un lieu adapté comme condition à la remise d’une partie du patrimoine détenue aux États-Unis.

L’une des solutions envisagées afin de mettre un terme aux divergences serait « la construction d’un musée pouvant abriter toutes ces pièces, dévoiler au public celles qui peuvent être exposées et garder à l’abri des regards celles qui peuvent encore faire l’objet de recherches scientifiques » a déclaré le ministre.

De plus, le ministre envisage la « création d’un fond commun afin que les chercheurs de Yale et d’autres universités nord-américaines, ainsi que ceux du monde entier puissent investir dans nos bureaux d’études au Pérou », a-t-il précisé.

Les tentatives de la Chancellerie péruvienne afin de récupérer les pièces précolombiennes retrouvées sur le site du Machu Picchu ont ressurgi pendant la présidence de Alejandro Toledo (2001-2006), celui-ci avait même intenté un procès contre Yale, mais l’actuel gouvernement de García, qui arrivera en fin de mandat l’année prochaine, a suspendu l’acte judiciaire. Il n’y a donc pas eu d’évolution notable concernant la récupération des objets précolombiens, dont le décompte a été effectué en mars 2008 par une mission de l’Institut National de Culture du Pérou (INC). Le rapport répertoriait un total de 36 335 objets en céramique, 7 780 ossements humains, 684 objets en pierre, 126 en métal et  1 038 dépouilles d’animaux. Les pièces susceptibles d’être exposées au public sont au nombre de 369.

D’autre part, Ossio a ajouté qu’il devait se réunir avec la ministre de l’Économie, Mercedes Aráoz, pour qu’elle l’informe sur le financement dont il dispose « afin qu’il puisse agir de façon réaliste ».

L’université de Yale n’a pas refusé en bloc de restituer certains objets qu’elle reconnaît comme propriétés de l’État péruvien, cependant elle accepte seulement de rendre au pays 384 pièces dans un délai de deux ans.

Pour le moment, les pièces se trouvent dans les sous-sols de l’université, dans une grande salle, dans des classeurs métalliques, où les étudiants en archéologie approfondissent leurs recherches sur la civilisation inca. Parmi ces pièces, on retrouve une dizaine d’objets funéraires qui accompagnaient les 174 tombes que Bingham avait explorées.