La culture Chipaya, aujourd’hui menacée, est l’une des plus anciennes du continent sud-américain, et malgré les diverses influences étrangères qui ont touché ce peuple depuis la colonisation espagnole, elle est parvenue par la force de ses croyances (cosmovision) et de ses traditions à survivre à travers les siècles.

Des études menées par des scientifiques mettent en évidence que cette culture est plus ancienne que la culture aymara, mais malheureusement elle continue à vivre isolée dans une nature hostile (écosystème) et sans grand appui de l’État, ce qui menace sa pérennité.

Au sein de chaque foyer, les plus vieux apprennent à la jeune génération les techniques de tressage, de tissage et de chasse ainsi que l’usage de la langue « Puquina » afin d’éviter l’influence du castillan mais également d’autres langues indigènes comme l’aymara et le quechua.

Ils se nourrissent essentiellement de la viande de « Tujo », une espèce animale endémique qui vit dans des terriers en fouillant le sol. Ils se consacrent également à l’élevage de cochons. Pour se préserver de toute forme de métissage, qu’il soit culturel ou ethnique, les membres de la communauté ne se mélangent pas aux autres peuples autochtones.

Ce peuple évoluerait depuis plus de 2 500 ans, il appartient à la culture Wankarani, ces ethnies sont originaires de la zone avoisinant le lac Poopo/province Atahuallpa au Nord du lac Coipasa, à 188 kilomètres de la ville d’Oruro.

Les informations anthropologiques et ethno-historiques indiquent que la civilisation Chipaya est considérée comme une culture « pré-solaire » ou « d’avant Soleil » qui a réussi à défendre son identité malgré un milieu naturel difficile. Les Chipayas évoluent aux alentours du salar Coipasa (désert de sel), au sud-est d’Oruro. Aux origines, ils vivaient au nord de l’ancien lac Coipasa, aujourd’hui asséché, ainsi qu’à l’embouchure des fleuves Lakajahuira, Chollqan Khota, Lauca et Sabaya.

Le peuple Chipaya

Le peuple Chipaya se considère comme les premiers habitants de l’Altiplano bolivien, ils ont élu domicile aux alentours des lacs Titicaca et Poopó, et selon le scientifique Xavier Albó, il est probable que cette culture existe depuis l’an 1000. Depuis lors, les putukus (habitations typiques en forme de cônes) ont été élevés sur les salpêtrières d’Oruro, elles s’étendent sur la zone rurale de Chipaya. Cependant, une partie du peuple, a changé ses habitudes ancestrales pour céder aux sirènes du « modernisme » en adoptant des maisons de forme rectangulaire et des fenêtres vitrées.

Cependant, le territoire Chipaya a préservé sa structure organisationnelle qui repose sur la vie communautaire, si bien que les membres qui possèdent un habitat moins traditionnel, conservent également leur putuku au village, ils y pratiquent l’élevage et sèment des céréales comme le quinoa, malgré les conditions climatiques extrêmes, une aridité impressionnante et un environnement à forte salinité.

Le corregidor du peuple Chipaya, estimait en 2005 la population entre 1500 et 2000 individus sur son territoire « Nous vivons de notre bétail, nous semons le quinoa et parfois des pommes de terre, mais toujours en luttant contre l’adversité des éléments, le manque d’eau, le manque de pluie ». Cependant, le peuple Chipaya est menacé, et en raison de ces conditions de vie extrêmes, les jeunes quittent la région pour s’installer en divers endroits de Bolivie et au nord du Chili.

Les plus anciens préservent avec conviction leur mode vie ancestrale, ils portent des vêtements en laine confectionnés par leurs soins, les femmes continuent à se coiffer avec des dizaines de « simbas » (tresses traditionnelles) dans les cheveux et marchent pieds-nus. Leurs conditions de vie dans les champs sont restées identiques, les putukus sont toujours étroits et les Chipayas dorment à l’intérieur sur des peaux en cuir de mouton étendues à même le sol, ils cultivent leurs propres aliments et les consomment, et ne possèdent aucun meuble.

Leur survie s’explique par l’existence parmi ce peuple, d’une forte appartenance identitaire (une culture affirmée) mais aussi de croyances préservées au travers de la transmission des mythes, des légendes, des rites qui maintiennent vivaces l’histoire.

D’après des informations ethno-historiques, les Uru Chipayas ont obtenu leur territoire en 1572, avec les « reducciones » du vice-roi Toledo. Actuellement, trois groupes appartenant à la culture Uru Chipaya vivent dispersés en Bolivie, deux à Oruro (Chipaya et Murato) et un à La Paz (Irohito).

Les Chipayas sont considérés comme un véritable modèle de résistance culturel car ils ont su préserver les croyances millénaires, un syncrétisme religieux mêlé de christianisme, leur mode de vie, et cela contre les tentatives d’assimilation et d’acculturation exercées tout au long du siècle par les aymaras, puis par les Espagnols, et par les Boliviens eux-mêmes.

En ayant préservé ses principaux traits culturels, le peuple Chipaya jouit à ce jour d’un bon niveau éducatif par rapport à d’autres communautés originaires d’Oruro. Le professeur Alberto Guerra Gutiérrez, dans l’une de ses publications, a révélé que la communauté enregistre un taux d’analphabétisme de 10 %. L’étude précise que les Chipayas communiquent dans leur langue native, parlent cependant aymara avec leurs voisins, et lorsqu’ils se déplacent à Oruro, ils s’expriment en quechua.

A l’occasion de la diffusion mardi 14 septembre à 20H35 sur la chaîne de télévision française France 2, de l’émission « Rendez-vous en terre inconnue » présentée par Frédéric Lopez, Actu Latino souhaitait proposer un article afin de découvrir ce peuple méconnu de Bolivie.

Pour le tournage de cette émission, l’acteur français Gérard Jugnot a partagé le quotidien du peuple Chipaya évoluant à 4000 m d’altitude pendant une quinzaine de jours.