L’Armée colombienne a confirmé jeudi la mort du dirigeant des forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC), Henry Castellanos Garzón, alias ‘Romaña’, dans le cadre de l’opération militaire « Opération Sodome » ou ‘Operación Sodoma’, durant laquelle le commandant militaire des FARC, Jorge Briceño, alias ‘El Mono Jojoy’ a également été abattu.  La mort de Jorge Briceño, alias ‘Mono Jojoy’ , membre du Secrétariat –pouvoir central– fragilise sévèrement la guérilla, il était considéré comme le responsable militaire des FARC.

Pour mener cette opération, un contingent de 2 000 militaires spécialistes de la « jungle », armés jusqu’aux dents, épaulés de 34 aéronefs-avions et hélicoptères ont été sollicités, 50 bombes radio guidées ont été larguées, ce qui a permis d’asséner le revers le plus sévère à la guérilla marxiste depuis 46 années d’existence.

‘Romaña’, connu comme la tête pensante des opérations de rapts nommées « pêches miraculeuses », a orchestré de nombreux enlèvements dans les départements de Cundinamarca et de Meta. Il a été l’un des proches collaborateurs de Manuel Marulanda dit ‘Tirofijo’, lui-même abattu par les forces armées il y a maintenant deux ans.

D’autres membres des FARC, autour d’une vingtaine de guérilleros ont péri aux côtés de ces leaders pendant l’assaut militaire, les noms des victimes ont été confirmés par les autorités militaires. Les faits se sont déroulés dans la zone forestière de La Magdalena, à el Meta (au sud-est du pays). La dépouille de ‘Mono Jojoy ainsi que les autres cadavres doivent être rapatriés à Bogota par un avion affrété par la Police.

L’opération a été qualifiée comme le « coup le plus dur qui a été donné à la guérilla des FARC dans son histoire ». De plus, ce coup militaire constitue une double victoire pour les militaires colombiens puisque l’ordinateur de ‘Mono Jojoy ‘contient des informations sur la localisation de divers campements où sont retenus prisonniers plus de 19 militaires et policiers depuis maintenant plus de dix ans.

Le ministre de la Défense, Rodrigo Rivera, a avancé que les militaires se sont saisis de « données intéressantes » mais il s’est refusé à donner davantage de précisions. Selon des sources émises par le journal « El Espectador », il semblerait que des troupes soient d’ores et déjà disposées à frapper à nouveau des campements de la guérilla.

“Jojoy symbolisait la violence des FARC”, a affirmé le président Juan Manuel Santos, qui se trouvait hier à New York afin d’assister au Sommet des Nations Unis après avoir pris connaissance du succès de l’opération « Sodome » pour laquelle il n’a pas justifié le choix du nom. Cependant, il a confirmé que l’opération militaire menée avait été 100 % colombienne.

Mono Jojoy

Selon des informations délivrées à la presse par le ministre de la Défense, Rodrigo Rivera, le corps du leader rebelle a été retrouvé au petit matin sur un campement de la guérilla, qui à la différence des campements retrouvés dans la dense forêt amazonienne, était protégé par des murs.

« Ce campement abritait entre 600 et 1 000 guérilleros, et s’étendait sur un périmètre de 300 mètres, avec un véritable Bunker et différentes issues » a précisé le fonctionnaire. Face au cadavre de Jojoy, les militaires ont donc retrouvé les cadavres d’une vingtaine d’hommes parmi lesquels ‘Romaña’.

La nouvelle a créé en Colombie un véritable souffle de satisfaction, similaire à celui insufflé dans les années 1990 avec la mort du narco-trafiquant Pablo Escobar.

Des voix de différents secteurs se sont élevées pour féliciter le gouvernement, et des anciens otages du groupe insurgé n’ont pas caché leur satisfaction devant les médias, et n’ont pas hésité à évoquer les vexations et les cruautés infligées par Jojoy durant leur captivité.

Le gouvernement des États-Unis, au travers de son porte-parole du Conseil de Sécurité de la Maison Blanche, Mike Hammer, a assuré que la mort de Briceño représentait une importante victoire pour la Colombie.
« Nous soutenons avec force le peuple de Colombie, ses forces de sécurité et le président Santos dans son combat contre les forces armées révolutionnaires (…), le président Obama a reçu avec beaucoup d’intérêt la nouvelle de cette opération militaire clef, et il s’intéresse également aux relations bilatérales, régionales et globales qu’il doit aborder avec son homologue (aujourd’hui vendredi) » a-t-il conclu.

Tandis que le secrétaire Général de la OEA, José Miguel Insulza, a félicité le gouvernement colombien pour ces faits et a appelé les FARC à se rendre compte que « la voie du conflit armé qu’ils ont choisi se ferme chaque jour un peu plus », le gouvernement Équateur a évité de commenter la mort du dirigeant rebelle même s’il a exprimé son envie de voir la paix s’installer chez ses voisins du nord »

« Nous avons été clairs depuis le début sur notre intention de ne pas nous immiscer dans le conflit interne bolivien. Ce fait (la mort de ‘Jojoy’) fait partie du conflit colombien, par conséquent nous ne sommes pas prompts à nous exprimer sur ce sujet » a signalé l’équatorien (vicecanciller) Kintto Lucas.

Pour la capture de ‘Jojoy’, les autorités colombiennes proposaient une récompense de 5 millions de dollars, selon des déclarations du ministre Rivera, la somme devrait être remise à plusieurs informateurs qui auraient renseigné les autorités sur la présence du guérillero dans la région.

Des analystes ont qualifié les faits comme « le coup le plus dur » porté aux fondements des FARC. La mort de Briceño laisse une blessure profonde parmi les FARC, une blessure morale.

« Les troupes rebelles restent sans but, leur héros est mort, les militaires leur ont enlevé « l’essence » même qui leur donnait l’envie de poursuivre le combat armé » a affirmé l’analyste Alfredo Rangel de la Fondation Sécurité et Démocratie.

Après ce coup dévastateur, le président Santos et son vice-président Angelino Garzón ont appelé le chef suprême des FARC, Alfonso Cano, à se rendre « avec la garantie que sa vie ne sera pas mise en danger et qu’il fera l’objet d’un procès juste en accord avec les lois du pays ».