Des dirigeants de différentes communautés indigènes de Bolivie ont abordé la possibilité de promulguer une loi afin que le président de la république, Evo Morales, cesse d’esquiver le principe de consultation préalable auquel les entreprises privées et l’État doivent se soumettre avant toute exploitation sur les territoires dépendant des natifs.

Le dirigeant aymara Rafael Quispe et la guarani Nelson Bartolo ont informé que les principaux objectifs de ce forum de discussion qui s’est tenu mardi 28 septembre, à La Paz, concerne les consultations préalables (Ley Marco de Consulta Previa) des peuples indigènes de Bolivie sur l’exploitation des ressources naturelles qui se trouvent sur le territoire des natifs, en comparaison avec les législations en vigueur au Pérou et en Équateur.

L’évènement, organisé par la Cejis et l’Oxfam, a eu lieu dans le salon Tiwanaku de l’Hôtel Radisson, dans la ville de La Paz, il a rassemblé des représentants du Pérou et de l’Équateur, des délégations de la CIDOB, l’Assemblée du peuple Guaraní (APG), la Conamaq, la CSUTCB, la Confédération Nationale de Femmes Paysannes Indigènes Originaires de Bolivie, la confédération syndicale des communautés indigènes Interculturelles de Bolivie (la Confederación Sindical de Comunidades Interculturales de Bolivia), et le mouvement des Travailleurs paysans et indigènes sans terre (el Movimiento de los trabajadores Campesinos Indígenas Sin Tierra).

Quispe, dirigeant du Conseil National de Ayllus et Markas de Qollasuyu (Conamaq) a affirmé qu’à l’heure actuelle un décret permettait les consultations préalables concernant l’exploitation des hydrocarbures, mais ils souhaiteraient qu’une loi soit promulguée afin que la consultation se généralise.

Le dirigeant aymara juge qu’il est également nécessaire qu’une loi soit mise en place afin que les indigènes puissent être consultés sur n’importe quel texte législatif en rapport avec leurs communautés, comme le projet de loi contre le racisme qui se discute actuellement au Congrès.

Quispe critique le président appartenant pourtant à cette même communauté andine, la communauté aymara, et l’accuse d’oublier ses devoirs constitutionnels qui l’obligent à consulter les indigènes sur les projets étatiques. Il a assuré que Morales lui aurait confié que les consultations entravaient les investissements et les projets de grands chantiers, accusation que le président en place réfute catégoriquement.

Bartolo de l’assemblée du Peuple guarani (la Asamblea del Pueblo Guaraní), dont le territoire regorge des ressources énergétiques en Bolivie, a déclaré que sa communauté voulait une loi de consultation qui précise les modalités de compensations, d’indemnisations, de procédures faisant référence à l’exploitation éventuelle de leurs terres, mais aussi qui précise quels sont les droits des indigènes sur leur environnement naturel.

Les organisations guaranis souhaitent être consultées préalablement sur le bien-fondé, la concession et l’identification des entreprises qui peuvent pénétrer sur leur territoire, et ce avant que les premiers investissements soient faits.

Mauricio Díaz, conseiller au Bureau d’études Juridiques et d’Enquête sociale ‘CEJIS’ a indiqué que la Constitution appuyait la consultation préalable des communautés indigènes, mais il a précisé qu’il n’y avait aucune loi pour concrétiser dans les faits cette disposition hormis pour l’exploitation des hydrocarbures.

A titre d’exemple, les indigènes guaranis de Bolivie ont décidé « d’interdire » depuis le 23 septembre 2010 les prospections effectuées par l’entreprise espagnole Repsol et autres compagnies pétrolières sur leur territoire du département central de Chuquisaca, considérant celui-ci comme patrimoine culturel.

Le président de l’Assemblée du Peuple Guarani, Celso Padilla, a déclaré à la radio Erbol que la décision avait été prise une semaine auparavant lors d’une réunion indigène.

« Nous avons jugé opportun d’interdire l’investissement de compagnies étrangères au sein de la communauté de Tentayapi (…) car cette zone est considérée comme patrimoine historique culturel de la nation guarani tant au niveau national qu’international. De fait, nous ne tolérons aucune intrusion étrangère pour réaliser cette prospection » a-t-il ajouté.

Le peuple guarani a déclaré « l’état d’urgence » et a annoncé que, si le gouvernement du président Evo Morales persiste à chercher des hydrocarbures dans la zone, ils feront appel aux instances boliviennes et internationales comme l’ONU pour « protéger » les droits des indigènes.

A Tentayapi, la compagnie pétrolière hispano-argentine Repsol YPF a trouvé en 2007 un puits de gaz qui, selon des informations, pourrait produire environ 0,3 billons de mètres cubes par an, ce qui équivaut à 1% de la consommation annuelle en Espagne.

Le puits est localisé dans la municipalité de Huancaya, à 700 kilomètres au sud de La Paz, il est géré par un groupe formé par Repsol YPF (37,5 %), British Gas (37,5 %) et Panamerican Energy (25 %).

Tentayapi a été déclaré Patrimoine Culturel Intangible de l’humanité en 2005, pour conserver la zone de traditions des guaranis.

Ce n’est pas la première fois que les guaranis, la troisième ethnie de Bolivie après les quechuas et les aymaras, s’opposent à des opérations pétrolières sur leur territoire. Un décret oblige pourtant les entreprises à consulter les communautés natives et à leur accorder des indemnités compensatoires.

Repsol YPF a annoncé en novembre dernier qu’elle souhaitait investir 1 500 millions de dollars pour les 5 prochaines années afin d’exploiter les réserves de gaz naturel qui se trouve dans le sous-sol.

La nationalisation des hydrocarbures décidées par le président Morales en mai 2006 a contraint une dizaine de multinationales à renégocier leurs contrats pour devenir une branche de la compagnie étatale YPFB.

Repsol a été la première compagnie à s’associer à l’État bolivien. Les plus grandes opérations pétrolières ont eu lieu à 620 kilomètres au sud-est du Chaco bolivien, sur les terres où évolue la communauté guarani estimée à 90 000 individus. Le gouvernement ne s’est pas prononcé sur la demande des indigènes et l’entreprise a déclaré analyser la situation.

Tantayapi est une ancienne communauté où les guaranis ont trouvé refuge, ils tentent de préserver sur ces terres isolées leur mode de vie ancestral.