« Une expédition scientifique qui est menée par des experts ne pourra être en aucun cas considérée comme un risque, une menace et encore moins un danger pour les communautés indigènes isolées, qui, pourtant, sont déjà peu nombreuses dans la région du Chaco paraguayen » ont déclaré le prêtre José Zanardini et l’anthropologue, le Dr. Ricardo Moreno Azorero, membres de l’Association indigéniste du Paraguay (la Asociación Indigenista del Paraguay ou AIP).

Cette déclaration fait suite à la polémique suscitée par le départ prochain vers le Alto Chaco paraguayen (prévu le 20 novembre) de la plus grande expédition scientifique jamais réalisée par le Royaume-Uni, ce dans le but de répertorier le plus grand nombre d’espèces végétales et animales dans un territoire qui n’a pas été encore étudié.

La Secrétaire à l’Environnement (Secretaría del Ambiente ou SEAM), l’Association Guyra Paraguay (Asociación Guyra Paraguay) et le Musée Britannique, ont signé l’Accord de Coopération ‘Expédition Chaco Seco 2010’ pour réaliser une expédition menée par des scientifiques, spécialistes et techniciens britanniques et paraguayens, dont « le travail consiste à contribuer à l’étude de la riche biodiversité du Paraguay », a expliqué à la BBC Mundo, Alberto Yanosky, directeur de la ONG Guyra Paraguay.

« Le Chaco Seco présente un écosystème singulier et revêt une grande importance au niveau mondial, en raison de ses conditions écologiques et ethno-sociologistes uniques, qui à plusieurs niveaux, sont fragilisées, une région qui mérite toute l’attention puisqu’elle est touchée par une désertification croissante » a ajouté Alberto Yanosky.

Chaco Seco

60 personnes composeront cette expédition, 21 scientifiques du Muséum d’Histoire Naturelle de Londres, 24 du Muséum d’Histoire Naturelle du Paraguay, la secrétaire rattachée à l’environnement, accompagnées de groupes de soutien voyageront vers ces contrées méconnues et à haute valeur scientifique. Les scientifiques sont des spécialistes dans plusieurs domaines : mammifères, reptiles, amphibiens, araignées, oiseaux, mollusques, coléoptères, abeilles, papillons mouches, vers à soie, plantes, ciliés, mousses, lichens…

« L’expédition devrait permettre de développer un inventaire de la biodiversité du Chaco Seco, mais sans nul doute, le plus grand intérêt réside dans l’effort scientifique sans précédent, la richesse biologique du Chaco Paraguayo, l’une des régions les moins explorées de la planète » a déclaré Yanosky.

Cependant, l’expédition ne reçoit pas le soutien de l’ONG Initiative Amotocodie ou « indigenista Iniciativa Amotocodie » (IA) dont le directeur, Benno Glauser, a envoyé une lettre au Muséum d’Histoire Naturelle de Londres afin de demander la suspension du voyage parce qu’il s’agit « de zones vierges et virtuellement inaccessibles qui composent l’habitat de groupes indigènes ayoreo qui vivent volontairement isolés ».

Dans un communiqué signé conjointement, les experts ont précisé que l’expédition avait été parfaitement préparée et même guidée par les propres communautés indigènes qui intègrent l’Union des Natifs Ayoreo du Paraguay (UNAP). L’expédition est menée par le Muséum d’Histoire Naturelle de Londres et a pour objectif de prélever des échantillons végétales et des prélèvements sur des animaux afin d’établir un inventaire biologique dans les deux parcs nationaux de l’Alto Paraguay (Chaco).

« Nous ne nous contentons pas des estimations de localisation effectuées par la mission scientifique sur la présence des communautés ayoreo dans certaines zones. Les ayoreo vivent sciemment isolés et sont très mobiles et peuvent atteindre la zone de Amotocodie, au sud de Cerro León, ou la région de Puerto Sastre  (à l’est) », ont assuré les défenseurs de la cause indigène.

De fait, ils pensent qu’il est plus que probable que l’expédition se retrouve au contact de ces populations isolées avec le risque sanitaire que cela peut engendrer, comme l’ont dénoncé plusieurs organismes internationaux dans la capitale britannique.

Jose Zanardini

Zanardini et Moreno ont également signalé que dans la zone du parc de Chovoreca, la terre a été vendue en intégralité par IBR (l’actuelle Indert) à des particuliers qui ont chacun reçu des lots de 4 000 hectares.

« Plusieurs propriétaires ont commencé à élever du bétail sur ces territoires concédés, ce qui engendre un trafic de véhicules dans des zones qui étaient auparavant désertiques », ont-ils précisé.

Ils ont ajouté que la zone du Cerro Chovoreca était un territoire traditionnel des ayoreo Gaaigosode et non des ayoreo Totobiegosode. Ils précisent que les ayoreo de déplacent du Chovoreca au Chaco et qu’ils continuent de parcourir ces terres pour chasser.

Pour conclure, bien qu’ils soient peu nombreux et que ces communautés peuvent se réduire à quelques individus, les indigénistes considèrent qu’au niveau national et international, en raison de leur mode de vie traditionnel et de leurs manifestations culturelles, ils revêtent une grande importance.

C’est pourquoi de nombreux documents internationaux et nationaux de protection ont été signés afin de veiller à leur intégrité physique.

« Il est nécessaire d’analyser le problème d’une façon globale, sans sectarisme ni partialité, c’est-à-dire considérer tous les acteurs, l’environnement, la société, l’État », ont-ils conclu.

Les membres de l’IA en déduisent que sans un environnement respectueux et adéquat, ces groupes isolés ne pourront pas survivre.

Les organisateurs de l’expédition ont essayé de calmer le jeu en déclarant que des indigènes ayoreo avaient été contactés et avaient pris la décision d’accompagner les scientifiques afin qu’ils n’entrent pas en contact avec les indigènes isolés.

Le peuple Ayoreo constitue la dernière communauté indigène d’Amérique du Sud résidant en dehors du bassin amazonien.

L’UNAP (Union des Natifs Ayoreo del Paraguay ou Unión de Nativos Ayoreo del Paraguay) a fait savoir au moyen d’une note envoyée mardi une lettre au chef de l’État, Fernando Lugo, et à d’autres autorités que les natifs étaient favorables à la mission menée par les scientifiques. Les leaders Ayoreo ont déclaré qu’ils ne « souhaitaient plus que l’ONG Initiative Amotocodie (IA), agissent en leur nom ».