Le Muséum d’Histoire Naturelle de Londres a suspendu l’expédition qu’elle avait planifiée dans une zone éloignée du Paraguay, et qui avait suscité de la part des indigénistes les plus radicaux un profond mécontentement.

Ces derniers craignant que les scientifiques puissent entrer en contact, par inadvertance, avec les populations indigènes isolées et qu’ils puissent représenter, à ce titre, par leur seule présence, une menace sanitaire sérieuse.

Les défenseurs les plus opiniâtres ont indiqué que l’expédition organisée dans la région du Chaco paraguayen pouvait exposer les populations autochtones, plus précisément les communautés ayoreo, à une éventuelle contamination est ainsi mettre en danger leur survie même alors qu’ils ne représentent plus qu’une centaine d’individus.

L’expédition à laquelle devait assister une centaine de scientifiques devait initialement prendre le départ pour le Paraguay, et plus précisément pour la région reculée du Chaco, samedi 20 novembre, dans le but de découvrir de nouvelles espèces biologiques (plantes et insectes essentiellement).

Le muséum d’Histoire Naturelle londonien a déclaré qu’il retardait le voyage prévu au Paraguay, tandis que le ministère de l’Environnement paraguayen avait pris la décision de consulter à nouveau les leaders indigènes.

Cependant, le musée affirmait avoir pris en compte toutes les précautions nécessaires afin que l’expédition se déroule le mieux possible. Selon des fonctionnaires du musée, l’expédition visait à enregistrer la riche biodiversité de la région du Chaco paraguayen, une mission d’envergure et d’importance pour la future gestion des écosystèmes fragilisés.

Le voyage était l’un des plus importants jamais organisés par le muséum depuis plusieurs années. Cette région du Paraguay est une zone semi aride composée de bois et d’épineux qui s’étend de l’Argentine, en passant par la Bolivie et le Brésil, elle constitue l’une des dernières grandes régions vierges de l’Amérique du Sud.

C’est l’unique endroit sur le continent en dehors de l’Amazonie où il existe encore des populations indigènes qui vivent totalement coupées du reste du monde. Les anthropologues estiment que la région abrite environ 150 indigènes ayoreo, répartis en six ou sept groupes, et qu’ils mènent une vie traditionnelle de chasseurs-cueilleurs. Les groupes nomades vivent sciemment dans un isolement total, refusant ainsi tout contact avec le monde extérieur. Cependant, des centaines d’indigènes de cette communauté ont quitté la zone ces dernières années et ont renoncé à leur mode de vie ancestral, après que leur habitat naturel ait été dévasté par des agriculteurs et éleveur.
Les groupes isolés ont fait savoir leur volonté de rester à l’écart du monde sans son entrer au contact d’individus n’appartenant pas leurs communautés.

Certains anthropologues et activistes indigènes craignaient depuis l’annonce de ce projet qu’un contact accidentel des membres de l’expédition avec ces groupes autochtones puisse les exposer à des risques de maladies infectieuses qui pourraient provoquer un véritable génocide.
« Dans le cas d’une rencontre fortuite, involontaire, les conséquences peuvent être imprévisibles et dans de nombreuses situations, comme c’est déjà arrivé par le passé, cette rencontre peut être fatale pour les indigènes » a déclaré l’un des membres de l’O.N.G. Iniciativa Amotocodie, qui s’oppose depuis le début à ce projet scientifique.

L’UNAP (Union des Natifs Ayoreo del Paraguay ou Unión de Nativos Ayoreo del Paraguay) s’était pourtant montrée favorable au projet mené par les scientifiques et l’avait notifié par écrit au chef de l’État, Fernando Lugo.  Les leaders Ayoreo avaient même réfuté la position radicale défendue par l’O.N.G Initiative Amotocodie ou « indigenista Iniciativa Amotocodie » (IA) en déclarant « qu’ils ne souhaitaient plus que l’ONG Initiative Amotocodie (IA), agissent en leur nom ».

Cette mission avait été initialement validée par la Secrétaire à l’Environnement (Secretaría del Ambiente ou SEAM), l’Association Guyra Paraguay (Asociación Guyra Paraguay) et le Musée Britannique.

La mission a été annulée le 12 novembre, provisoirement, par le ministère de l’Environnement paraguayen en soulignant que « les inquiétudes des communautés isolées étaient trop importantes à leurs yeux ».

La secrétaire à l’Environnement (SEAM), Isabel Basualdo, a donc fait savoir au directeur du musée londonien, Richard Lane, sa décision de suspendre l’expédition, en affirmant qu’elle suivait les recommandations de la Commission Inter-américaine des Droits Humains « des organisations non gouvernementales s’opposant à l’initiative- comme Survival- ont manifesté leurs inquiétudes face à un risque bactériologique qui mettrait en danger ces populations autochtones dépourvues d’un système immunitaire efficient ».

Certains scientifiques avaient déjà fait le déplacement à Asunción, les britanniques estiment que les pertes financières dues à l’annulation atteignent pour le moment  100 000 dollars.