100 % des femmes indigènes se sentent davantage victimes de pratiques discriminatoires par rapport aux femmes non indigènes résidant au Chili, ce constat est établi par le Centre d’Études de Coopération Humaines dans un pays où 85 % des femmes se considèrent déjà comme des victimes du machisme, et où les femmes indigènes ont la sensation d’être discriminées à trois niveaux. L’enquête de ‘Perception des femmes indigènes et non indigènes sur leur situation et leurs conditions de vie au Chili en 2010’, a été menée par ce Centre d’Études qui promeut les droits de la femme, elle révèle que 82 % des chiliennes se sentent discriminées et que ce pourcentage atteint les 100 % parmi les femmes indigènes.

Selon la psychologue de la corporation, Victoria Hurtado, qui a participé à l’élaboration de cette enquête, les femmes indigènes chiliennes se trouvent victimes de discrimination à trois niveaux, en raison tout d’abord de leur statut de femme, mais aussi pour leur appartenance raciale et enfin leur niveau social, elles sont davantage touchées par la pauvreté, le manque d’opportunité et l’absence de reconnaissance.

Selon la dernière enquête de classification socio-économique (Casen), élaborée par le gouvernement, le risque d’être pauvre augmente de 2,6 % lorsque la personne est indigène, un collectif qui représente 7 % de la population totale, selon cette même source.

« Dans ce pays, les peuples natifs sont marginalisés, peut-être parce qu’au Chili les indigènes sont mois nombreux que dans d’autres pays d’Amérique Latine, cependant cela ne change rien au fait que qu’ils ont des droits et des aspirations », a précisé la psychologue.

Pour Hurtado, la discrimination est aussi une conséquence de cette « méconnaissance » des peuples natifs, comme le prouve le fait que les chiliennes interrogées définissent les femmes indigènes à partir de caractéristiques physiques et vestimentaires.

La discrimination est particulièrement visible dans la sphère publique, en particulier dans la sphère politique, où les indigènes se sentent discriminées à 99 %, et dans le domaine du travail où 98 % des natifs se considèrent comme exclus.

« Dans le domaine public, la discrimination liée au sexe et à l’ethnie apparaît avec force, l’éducation et le manque d’opportunités sont au centre de la discussion » a précisé pour sa part la présidente du centre d’Études, Carolina Carrera.

De plus, les femmes indigènes se sentent moins représentées que les chiliennes non indigènes dans les institutions publiques comme les Carabiniers (Carabineros) ou des forces armées (las Fuerzas Armadas), et plus particulièrement dans le secteur de la Justice, en effet 62 % des natives pensent avoir un accès limité à ce secteur de la société par rapport aux femmes non indigènes.

D’une façon générale, 85 % des femmes interrogées pensent évoluer dans un pays sexiste et 61 % d’entre elles considèrent que les opportunités ne sont pas identiques entre les hommes et les femmes.

64 % des femmes indigènes et 54 % des non indigènes affirment que les hommes ont plus d’opportunités que les femmes, plus particulièrement dans le domaine de l’emploi (salaires supérieurs, niveau de responsabilité…)

« Le Chili n’est pas parvenu à dépasser ses inégalités fondamentales pour avancer comme un pays développé et moderne », a signalé Hurtado, qui regrette que les avancées acquises au Chili ne s’accompagnent d’une réduction de certaines inégalités.

Selon Hurtado, les avancées doivent être suivies d’une amélioration de la qualité de vie et du respect des droits humains afin de parvenir « à éliminer des inégalités notables ».

« Un pays progresse lorsque sa population avance et jouit pleinement de ses droits », a-t-elle conclu. Cette enquête a été réalisée entre le 12 août et le 22 septembre, la marge d’erreur est de 3,2 %.

Femmes indigènes

Plus d’une centaine de femmes indigènes, à la tête de mouvements de défense des communautés natives, se sont par ailleurs, réunies à Lima, au Pérou, le 27 novembre pour protéger les intérêts de leurs communautés. Des Mapuches chiliens, des shipibas de la forêt péruvienne, des wayuus du Venezuela, des afro-americains du Panamá, des mayas guatemaltèques, des huancas, et des « quechuahablantes » (natifs qui parlent quechua), plus de cent femmes ont ainsi montré leur parfaite connaissance de l’héritage indigène et ont discuté avec énergie des droits inhérents à leurs communautés.

Ces femmes provenaient de divers points de l’Amérique du sud, Pérou, Bolivie, Équateur, Chili, Guatemala, Mexico, Colombie, Panama, Argentine mais aussi du Canada et des États-Unis, orgueilleuses de leurs origines et préoccupées par les conditions de vie de leurs semblables.

Toutes étaient venues assister à la Réunion Préparatoire de la VI Rencontre Continentale des femmes indigènes des Amériques, organisée par l’Alliance Continentale des femmes indigènes de la Région sud-américaine et de Chirapaq, Centre de Cultures Indigènes du Pérou, « El Enlace Continental de Mujeres Indígenas Región Sudamérica y Chirapaq, Centro de Culturas Indígenas del Perú ».