Le président de Bolivie, Evo Morales, a promulgué une loi ce 3 décembre, à son retour de la conférence sur le climat organisée à Cancun, qui abaisse l’âge légal du départ à la retraite à 58 ans, et encore un peu plus tôt pour les classes sociales considérées comme « les groupes les plus vulnérables ». En prenant cette décision, le président va à l’encontre de la tendance générale qui prône un allongement du temps de cotisation.

Jusqu’à présent, l’âge légal du départ à la retraite était fixé à 65 ans pour les travailleurs boliviens et à 60 ans pour les femmes salariées. À partir d’aujourd’hui, ces dernières pourront faire-valoir leur droit à la retraite dès 55 ans à condition qu’elles aient eu au moins trois enfants. De leur côté, les mineurs qui ont travaillé durement dans les entrailles de la terre, soit environ 70 000 individus, selon les derniers chiffres officiels, seront autorisés à prendre leur retraite à l’âge de 56 ans en raison de la pénibilité du labeur effectué.

Cette nouvelle loi prévoit également la nationalisation des fonds de pension qui étaient jusqu’alors contrôlés par deux entités financières, la banque espagnole BBVA et le groupe suisse Zúrich Financial. A la place de ces deux organismes privés européens, a été créée la « Gestora de la Seguridad Social », cet organisme public gérera désormais les fonds de pension.

De plus, cette loi étend le bénéfice de retraite à 60 % des boliviens, qui selon les dernières estimations travaillent pour l’économie de surface, c’est-à-dire 3 millions de personnes.

Le président a souligné durant une élocution qui s’est tenue au siège de la Centrale Ouvrière Bolivienne, le plus grand syndicat du pays, que cette nouvelle norme a été élaborée par les travailleurs pour la première fois dans l’histoire du pays « c’est la preuve que la Bolivie vit une nouvelle ère de renforcement démocratique dans laquelle les citoyens sont les véritables acteurs de leur destin » a déclaré le chef de l’état dont le gouvernement a établi ce projet de loi en collaboration directe avec le syndicat COB.

« Nous agissons en collaboration avec le peuple bolivien. Nous créons un système de pension qui intègre toute la population » a-t-il -affirmé tout en se référant à l’époque où la Bolivie « suivait les choix des organismes internationaux pour élaborer ses propres lois », faisant ainsi indirectement référence à la Loi De Pension (Ley de Pension) antérieure, élaborée durant la présidence de Gonzalo Sánchez de Lozada (1993-1997).

Le président Morales et le secrétaire exécutif de la COB

Cette loi privatisait les fonds de pension après que le système étatal ait connu une banqueroute. De nombreuses critiques émises en particulier par les grands chefs d’entreprise, soutiennent que la Bolivie aura des difficultés à financer ce projet à long terme.

Le gouvernement n’a pas pour le moment expliqué quels seraient les moyens de financement exacts pour ce nouveau système de retraite, cependant, le président Morales a insisté, à plusieurs reprises, sur le fait qu’il aurait recours aux bénéfices engendrés par l’exploitation du gaz naturel bolivien pour venir en aide aux plus démunis.
À titre d’exemple, les mineurs qui travaillent dans des conditions très difficiles auront l’opportunité de prendre leur retraite dès l’âge de 56 ans. Une décision gouvernementale qui va à l’encontre des choix décidés par la plupart des pays européens qui ont reculé l’âge légal à de la retraite pour assurer le financement des pensions face à une population de plus en plus vieillissante.

L’Union Européenne est confrontée à une « bombe démographique » selon le spécialiste en économie de la BBC Mundo, Marcelo Justo, qui ajouté que la situation s’est encore plus compliquée avec la crise financière.

Dès le mois de novembre, la France a reculé l’âge du départ à la retraite à 62 ans ce qui a provoqué de nombreux conflits sociaux à travers le pays. Le Royaume-Uni et l’Espagne ont également des projets similaires, alors que la Commission Européenne a proposé aux 27 pays de l’Union de reculer uniformément l’âge légal de la retraite à 70 ans.
D’autres pays hors Europe ont pris une décision similaire, c’est le cas de Cuba qui a reculé l’âge du départ à la retraite de 60 à 65 ans pour les hommes et de 55 à 60 ans pour les femmes, ce dès l’année 2009.

Approbation du projet de loi

Cependant, le gouvernement de la Paz a jugé que le cas de la Bolivie était particulier, et que la majorité des boliviens avaient des emplois manuels difficiles et que, de fait, ils ne pouvaient pas poursuivre leur activité passé un certain âge. L’espérance de vie en Bolivie reste particulièrement basse, il est de 63 ans pour les hommes et de 68 ans pour les femmes, selon des chiffres révélés par l’ONU, ce qui place le pays avec une espérance de vie globale (pour les deux sexes) de 68 ans, une moyenne qui atteint 73 ans en Amérique latine et 80 ans en Europe occidentale.

Le système des retraites défendu par le gouvernement se base sur la solidarité, de fait il verra l’apport patronal augmenter de 3 %, celui des employés de 0,5 %, avec une contribution particulière, « l’apport solidaire », de la part des Boliviens gagnant plus de 13 000 bolivianos (1 320 euros), c’est-à-dire 19 fois le salaire minimum.

Le Centre d’Études pour le Développement Laboral et Agraire (Cedla), a cependant précisé que cet abaissement de l’âge de la retraite serait accompagné d’une pension « misérable », environ 470 bolivianos soit 67 dollars par mois, un montant qui représente 70 % du salaire minimum national. Les opposants ont également ajouté que ce projet ne serait pas viable à long terme, le président lui a confirmé que les pensions seraient assurées au moins « pour les 40 prochaines années ».

Cette réforme approuvée par l’Assemblée Législative devrait être appliquée dans les faits au printemps 2011, elle est le fruit de deux années de négociations entre le président socialiste et les syndicats.