Une vague de protestations secoue la Bolivie en raison de la hausse du prix des carburants décrétée par le gouvernement, un véritable courroux social qui tourne depuis jeudi à la violence. Une station de péage située dans la capitale, La Paz, a été prise à partie par des manifestants avant d’être incendiée, différents troubles à l’ordre public et des blocages sur les principaux accès routiers ont également été signalés.

Ces réactions de vif mécontentement se développent malgré la hausse de salaire de 20 % annoncée par le président Morales pour pallier cette augmentation impressionnante du prix de l’essence et du diesel (entre 57 % et 83 %).

Le président, Evo Morales, maintient sa position malgré le mécontentement général et insiste sur le fait que, si l’État n’augmente pas le prix des carburants, les investissements pétroliers pour la production de combustibles liquides ne seront plus stimulés en Bolivie. Le président a même ajouté que l’annulation de cette mesure représenterait « un sérieux dommage économique à court, à moyen, et à long terme pour la Bolivie ». Cependant, les manifestations, auxquelles s’ajoute une grève des chauffeurs routiers, témoignent du refus de la population à accepter cette hausse de prix des combustibles qui pourrait atteindre 83 %, une décision incomprise qui met sous tension l’un des pays les plus pauvres d’Amérique latine.

Une station de péage de la capitale a été attaquée après une manifestation à l’encontre de la mesure adoptée dimanche 26 décembre (qui supprime « les subventions d’état aux carburants »), ce mouvement contestataire était mené par la Federación de Juntas Vecinales (Fejuve) ou « La Fédération des Juntes Vicinales » de la ville voisine de El Alto. Une organisation très puissante qui a coûté la place à deux présidents entre 2003 et 2005. Le président a déclaré qu’il assumait le coût de sa décision politique prise dimanche dernier, un choix qui a engendré un chaos sur les prix pratiqués dans les commerces et qui a également provoqué une pénurie de produits de consommation basiques (essentiellement le sucre et la farine) en plus d’être préjudiciable aux relations entretenues jusqu’alors avec les syndicats et les forces sociales.

Le gouvernement a affirmé qu’il s’agissait du moment idéal pour effectuer cet ajustement car le pays jouit de comptes fiscaux sains et l’économie reste en expansion, cependant les derniers chiffres montrent que la situation économique a commencé à perdre de son dynamisme. La semaine dernière, l’État a admis que le pays de parviendrait pas à l’objectif de croissance économique fixé à 4,5 % et au taux d’inflation prévue pour l’année 2010, après que le PIB ait atteint 6,3 % en 2009 au milieu d’une crise globale et que le taux d’inflation ait été quasi nul.

Le président a admis que la hausse des salaires de 20 % a été prévue pour pallier à la hausse des carburants et qu’elle bénéficierait à un tiers de la population économiquement active. La capitale, La Paz, est prise sous le flot des manifestations contestataires, tandis que plusieurs cordons de sécurité empêchent l’accès à la Plaza de Armas, le lieu où le président de la république possède ses bureaux.

« Nous avons déjà signé le décret suprême pour l’augmentation du salaire minimum national établie à 20 %. L’augmentation des salaires pour la Police, les Forces Armées, les secteurs de la santé et de l’éducation sera de 20 % en 2011 » a affirmé le président Morales à l’occasion d’une allocution télévisée.

« Le gouvernement ne peut pas obliger le secteur privé à s’aligner sur le public, mais ce décret laisse la possibilité de négocier des augmentations sur ce principe », a déclaré le porte-parole Iván Canelas à la AFP. Concernant la hausse du prix du combustible, 83 % pour le gasoil et 73 % pour le diesel, décrété dimanche dernier, Morales a déclaré « C’est difficile pour moi. « Avec cette mesure, je mets à mal ma popularité mais pas l’économie nationale ». Dès mercredi, plusieurs protestations ont été enregistrées dans les capitales des départements d’Oruro, Potosí, tandis qu’à El Alto, ville proche de La Paz, des groupes civiles ont fermé des accès routiers pour exprimer leur malaise.
Les 5 000 mineurs de Huanuni, le plus gros gisement d’étain et d’argent du pays, ont effectué une grève de 24 heures et menacent de marcher sur la capitale. Hier jeudi, les principales villes de Bolivie étaient bloquées en raison d’une grève des transports en commun, tandis que dans des divers secteurs, plusieurs manifestations ont été organisées parfois avec quelques dérives, des arrestations ont eu lieu.

A La Paz, les transports en commun ont été paralysés et les usagers ont eu des difficultés à se rendre sur leur lieu de travail. Un climat de tranquillité est peu à peu revenu aujourd’hui dans les principales rues de Bolivie après les manifestations d’hier qui ont fait 15 blessés, cependant les principaux acteurs sociaux restent sur le qui-vive. Le retour à la normalité s’explique en partie par les préparations du réveillon du Nouvel An mais dès lundi le pays devrait connaître à nouveau un climat protestataire.