Le président de Bolivie, Evo Morales, a reconnu que les boliviens n’étaient pas prêts à affronter les conséquences dues à la flambée du prix du carburant (essence et gasoil), au moyen de laquelle le gouvernement prétendait aligner les prix sur ceux qui sont pratiqués au niveau international. De fait, le chef de l’État a pris la décision d’abroger le décret correspondant, promulgué dimanche 26 décembre, et qui a provoqué un profond mécontentement social et une forte mobilisation populaire.

« Le peuple m’a écouté et m’a beaucoup appris, et il salue la décision que j’ai prise en faveur des familles les plus pauvres » a déclaré le président lors d’une conférence de presse qui s’est tenue dans la ville de Cochabamba, au centre du pays, selon des informations émises par l’agence bolivienne d’information.

Vendredi 30 décembre, le président Evo Morales annulait le décret qu’il avait signé dimanche dernier dans le but de niveler les prix des carburants liquides, une décision qui devait permettre de réduire les subventions que la Bolivie accorde pour garantir des prix ‘raisonnables’ à la pompe et ainsi aider les consommateurs.

« Comme je l’ai promis en assumant la présidence la Bolivie, j’écoute et je me soumets à la volonté du peuple en lui obéissant car ses conseils sont avisés » a signalé le chef de l’État, qui ajouté qu’il faudra cependant, tôt ou tard, adopter un décret similaire concernant l’alignement des prix, car sans cela, l’économie ne pourrait pas s’en relever. La Bolivie a consacré 660 millions de dollars à l’importation de carburant en 2010, sur cette somme 380 millions servent à subventionner son coût sur le marché national.

« Chacun sait que la nivellation est nécessaire afin que l’argent utilisé pour maintenir l’essence à bas prix, soit destiné à la mise en place de programmes de développement dans les domaines de l’éducation, de la santé, ou même de l’amélioration du réseau routier » a ajouté le président.

Cependant, il a admis qu’une augmentation de 80 % des prix du carburant imposée par le décret « gasolinazo » était trop difficile à assumer pour les familles les plus démunies. Le chef de l’État a précisé que lorsqu’il est devenu président en janvier 2006, il a pris conscience que l’importation de gasoil pour l’année 2005 avait un coût de 108 millions de dollars, un chiffre qui n’a eu cessé d’augmenter au fil des années, s’élevant ainsi à 660 millions en 2010 ».

La Bolivie consomme 35 000 barils de brut au quotidien, or en 2010 le pays a produit seulement 4 500 barils par jour. Le pétrole est donc importé depuis le Venezuela ou l’Argentine.

La promulgation de ce décret avait entraîné de multiples manifestations accompagnées d’actes d’incivilités marqués par la violence, dans les villes de La Paz et El Alto où il y a eu des affrontements ‘musclés’ entre les forces de l’ordre et des individus contestataires.

Le président a déclaré que ces manifestations n’étaient pas le seul fait de personnes qui s’opposaient à la mesure adoptée, mais aussi des groupes violents financés par les parties de droite qui cherchent à déstabiliser par ce moyen la démocratie.

Evo Morales a fait ainsi allusion au parti « Mouvement sans peur « Movimiento sin Miedo » (MSM). Morales a ajouté que ce sujet serait à nouveau analysé lors d’une Commission Nationale à laquelle participeront différentes organisations sociales. L’objectif est selon lui d’élaborer un projet qui empêche la Bolivie de dépenser autant de subventions pour maintenir le prix de l’essence. Parmi les mesures urgentes, le gouvernement doit renforcer la lutte contre la contrebande de carburant, augmenter l’investissement dans les domaines de l’exploration de l’exploitation du pétrole afin de pouvoir compter sur un marché interne. Le chef de l’État a déclaré que le Trésor Général de la Nation a encore de quoi maintenir les subventions pour quelques années « cela peut durer encore entre cinq et 10 ans ».

Morales a suspendu son voyage à Brasilia où il devait assister à l’accession au pouvoir de Dilma Rousseff, première femme présidente de la république au Brésil. Le chef de l’état, pour justifier son absence, a déclaré que, durant ces cinq derniers jours,  il a été en réunion avec ses ministres, des dirigeants des organisations paysannes et sociales, ce du matin au soir.

Morales a décliné toute responsabilité concernant le futur de la Bolivie si une solution n’est pas rapidement trouvée concernant l’alignement du prix du carburant bolivien sur le prix actuel du brut au niveau international « J’ai sauvé mon honneur face au peuple bolivien en tentant de protéger l’économie nationale ». Les mesures compensatoires prises en accord avec le décret « gasolinazo » ont par conséquent été annulées, c’est le cas de l’augmentation des salaires de 20 % prévue dans les secteurs de la santé, de l’éducation et des forces de l’ordre.