Au moins six guérilleros des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) et deux militaires sont morts lors d’un affrontement dans le sud-ouest de la Colombie, où des indigènes ont dénoncé des affrontements entre les forces de l’ordre et les insurgés, un conflit dans lequel les natifs se trouvent pris entre deux feux.

Le combat a eu lieu samedi dans une région montagneuse située entre les municipalités de Caloto, Corinto et Toribío dans le département de Cauca, una région stratégique pour la production et le trafic de drogue où évoluent de nombreuses communautés indigènes qui se sont déclarées « neutres » face au conflit armé qui sévit depuis 45 ans.

A l’occasion de cet assaut mené par l’Armée, au moins 12 rebelles et six soldats ont été blessés, a déclaré le général Javier Rey, chef de l’aviation chargée des opérations militaires. Il s’agissait d’une opération menée conjointement entre l’Armée de terre, les forces aériennes et la police, contre les membres du sixième front des FARC qui se livre au trafic de drogue dans la région de Cauca, a déclaré Rey par téléphone à l’AFP. Il a ajouté qu’un capitaine et un lieutenant étaient décédés durant l’opération ainsi que six membres des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie.

Parmi les blessés guérilleros, il pourrait y avoir l’un des leaders du sixième front, Miguel Cardona, contre qui l’opération était dirigée et qui a fui vers les montagnes, a souligné le chef militaire. Un mineur que l’armée a identifié comme guérillero a été arrêté et remis aux autorités civiles, a affirmé le général. Rey a appuyé la version donnée samedi par le ministre colombien de la Défense, Rodrigo Rivera, théorie selon laquelle les insurgés se servent des indigènes comme des « boucliers humains », et se cachent au sein de maisons de civils afin de tirer sur les forces armées.
Cependant, un leader indigène du village de Caloto (situé à 530 km au sud-ouest de Bogotá) où s’est tenu l’assaut, a déclaré par téléphone que l’armée et les FARC utilisaient l’un comme l’autre les natifs comme « boucliers humains », et qu’il s’agissait « d’une pratique généralisée et permanente dans divers villages de Cauca ».

« Nous, indigènes, sommes neutres dans le conflit armé qui oppose les forces gouvernementales aux Forces Armées Révolutionnaires (FARC), nous sommes malgré tout au coeur du conflit et à la merci des échauffourées entre les deux camps rivaux », a souligné le dirigeant indigène qui préfère garder l’anonymat. « La violation des droits humains et du droit international humanitaire est monnaie courante ici. Personne ne nous respecte, tous nous prennent pour cible » a-t-il conclu.

Les indigènes accusent l’armée régulière d’avoir dissimulé la mort de l’un des leurs lors de l’opération de samedi, un « comunero » appelé Anderson Dagua dont la dépouille aurait été dissimulée en « faux positif » (civil présenté par les autorités comme un rebelle afin de légitimer son assassinat auprès de la population). « Un innocent qui n’a jamais touché une arme et qui n’a jamais approché la guérilla » a déclaré à la télévision le frère de la victime.`

Au terme d’un conseil extraordinaire sur la sécurité organisée à Cali, le ministre de la Défense, Rodrigo Rivera, a déclaré que les FARC utilisaient les communautés indigènes comme « boucliers humains » afin de dissuader les forces armées d’intervenir. Le ministre de la Défense a déclaré que « cette conduite compromettait la sécurité et rendait les communautés vulnérables face aux conflits armés ». Il a également soutenu, lors une rencontre avec les autorités civiles et militaires de la région, qu’il analysait avec sérieux les récents actes de délinquance commis en ces lieux (meurtres, vols, extorsions…) et que la municipalité de la vallée de Cauca doit par conséquent affrontée.

« Les forces militaires et de police travaillent au quotidien pour garantir le bien-être de tous ses citoyens à travers le pays, ce qui inclut les groupes ethniques qui ont été soumis à l’esclavage et à l’intimidation par les groupes armés » a assuré le ministre. Il a également déclaré que les efforts des forces publiques seraient décuplés afin de mettre en place un « programme de récompenses qui puisse mettre fin à la loi du silence, ce dans le but de démanteler les organisations illégales ».

Rodrigo Rivera

Les FARC, malgré plusieurs opérations militaires qui ont mis à mal leur groupe (décès de plusieurs leaders, milliers de combattants qui ont déserté), restent actives dans les zones montagneuses et de la « selva » ainsi que dans de grands centres urbains. Les peuples indigènes ont durement pâti du conflit armé, les FARC sont d’ailleurs considérés comme une organisation terroriste par les Etats-Unis et l’Union Européenne, elles accusées, entre autres d’enrôler leurs membres par la force et d’utiliser la population civile comme « bouclier humain », en particulier les communautés natives. Des milliers d’indigènes ont été contraints d’abandonner leurs terres situées en zone d’affrontements tandis que d’autres sont retenus ‘prisonniers’ par des mines antipersonnels semés sur les principaux accès et qui les empêchent de fuir.

Marcos Yule, dirigeant indigène dans la zone de Cauca, a soutenu lors d’une assemblée extraordinaire que non seulement les FARC mais aussi l’Armée se servaient des communautés autochtones comme de « boucliers humains ».
Les organisations indigènes et paysannes ont appelé les institutions et organisations de défense des Droits Humains a réalisé des actions rapides et effectives pour que cessent les combats et qu’ainsi il n’y ait plus de victimes innocentes.