La Fondation Nationale de l’Indien au Brésil (FUNAI) a localisé depuis les airs un groupe d’indigènes isolés qui se situe à la frontière brésilo-péruvienne. Les images ont été filmées par le gouvernement brésilien en collaboration avec la chaîne britannique BBC. Ce reportage s’inscrit dans le cadre de la nouvelle série BBC 1 « Planète humaine » (‘Human Planet’ ) qui a commencée à être diffusée ce jeudi. Après des photos d’indigènes isolées publiées le 31 janvier, et une vidéo aérienne qui montre ces individus évoluant dans leur habitat naturel (diffusée le 4 février via la page internet de l’organisation Survival), le gouvernement péruvien a décidé d’agir pour protéger ces populations fragilisées.

Le gouvernement péruvien a autorisé l’organisation de défense des droits indigènes, Survival, à utiliser ces images dans le cadre de sa campagne de sensibilisation sur les communautés isolées. L’impact de ce reportage à travers le monde a poussé les autorités péruviennes à prendre des mesures significatives pour protéger les indigènes isolés, en collaboration avec le Département des Affaires Indigènes du Brésil (FUNAI).

L’actrice Gillian Anderson, protagoniste de le série à succès des années 90 intitulée « X-Files », a prêté sa voix pour cette campagne de sensibilisation « Ce que j’ai vu sur ces images surprenantes c’est combien ces personnes ont l’air saines et épanouies. J’espère que cela va rester ainsi, ce sera le cas si l’on parvient à freiner l’avancée des bûcherons illégaux » a déclaré l’artiste.

« La survivance de ces groupes indigènes est menacée par l’arrivée de bûcherons clandestins qui envahissent le territoire à la frontière péruvienne. Les autorités brésiliennes indiquent qu’ils poussent les indigènes isolés du Pérou à se rendre au Brésil, or les groupes sont susceptibles d’entrer en conflit », a prévenu l’organisation Survival.

Survival International a salué la décision des autorités péruviennes de collaborer avec les autorités brésiliennes « dans le but de protéger les peuples indigènes isolés qui vivent à la frontière entre les deux pays mais aussi dans le but de repousser les trafiquants illégaux qui s’introduisent sur le territoire des dits peuples autochtones ».

L’organisation a affirmé que « l’énorme impact médiatique qu’ont eu les photographies dévoilant une tribu isolée du Brésil, diffusées cette semaine, a poussé le gouvernement péruvien à agir » et cette décision atteste « d’un premier succès dans la campagne qui est mise en place pour protéger les communautés indigènes ».

Comme l’a souligné l’entité, le ministre des Affaires Extérieures péruviennes, José Antonio García Belaunde, a annoncé dans un communiqué émis mercredi « qu’il allait prendre contact avec le Département des Affaires Indigènes du gouvernement brésilien (FUNAI) afin de préserver ces peuples et éviter l’incursion de trafiquants de bois et la destruction de l’Amazonie ».

Selon Survival International, des sources internes au gouvernement péruvien ont souligné qu’il s’agissait d’un premier pas plutôt « encourageant », qui doit se concrétiser par « des faits assez rapidement ».

Il est difficile d’effectuer le recensement de ces populations isolées à travers le monde. Il semblerait que la majorité d’entre elles évolue en Amazonie, le plus souvent à la frontière entre le Pérou et le Brésil. Cette situation engendre des difficultés quant à la gestion effective des formes légales et exécutives permettant la protection de ces groupes isolés. De fait, il s’agit de favoriser les échanges et la communication entre les deux pays concernés pour assurer la protection de ces populations. Deux dangers majeurs menacent la survivance des populations autochtones isolées qui évoluent à la frontière entre le Brésil et le Pérou en Amazonie.

En premier, la pression qu’elles subissent de la part des trafiquants de bois dans cette zone reculée du monde. Les indigènes sont contraints de fuir et de passer la frontière avec le Brésil, pénétrant ainsi sur le territoire d’autres tribus isolées. Cette intromission peut engendrer des conflits et peut être à l’origine d’affrontements mortels, a souligné l’indigéniste brésilien, José Carlos Meirelles. José Carlos dos Reis Meirelles, est un chercheur brésilien qui travaille pour la FUNAI ( la Fundación Nacional del Indio) et qui se préoccupe des indiens isolés et de leur pérennité.

Les communautés indigènes isolées sont particulièrement dépendantes des terres où elles évoluent et des ressources qu’elles peuvent offrir. Le moindre changement dans leur environnement peut être une source de perturbation pour ces groupes. Cependant, ces mêmes terres constituent un danger pour les autochtones, en effet les indigènes évoluent dans des zones riches en ressources naturelles : exploitation des hydrocarbures, trafic illégal des bois précieux, où même exploitation des terres à des fins agricoles.

On estime qu’il existe dans le monde 100 tribus indigènes isolées, dont la moitié vit aux confins de la forêt tropicale de l’Amazone, entre le Brésil et le Pérou, comme c’est le cas de cette tribu récemment photographiée. Survival estime que 15 tribus isolées évoluent sur le territoire péruvien, toutes vivent dans les zones les plus reculées de la forêt amazonienne. Parmi ces tribus on retrouve les cacataibo, les isconahua, les matsigenka, les mashco-piro, les mastanahua, les murunahua (o chitonahua), les nanti et les yora. Ces peuples n’ont aucune immunité contre les maladies occidentales, et il n’est pas rare qu’après un premier contact, 50 % des membres d’une communauté décèdent.

Les chercheurs estiment qu’il existe environ 77 groupes isolés sur le territoire brésilien répartis entre les Etats de Rondônia, Roraima, Amazonas, Acre, Mato Grosso, Pará et Maranhão. Sur ce total, sept ont déjà été contactés, mais après des années d’études il semblerait que 30 autres groupes se trouvent sur le territoire. Selon la FUNAI, 40 groupes se trouvent actuellement en phase d’observation.

Le Pérou dispose d’un corps législatif qui fait référence aux populations indigènes, tout d’abord, sa propre constitution mais aussi la signature de l’accord 169 sur Les Peuples Indigènes et Tribaux de l’Organisation International du Travail (OIT) qui établit le respect et la protection des territoires et des traditions indigènes.

Cependant, les autorités péruviennes manquent de moyens financiers et humains pour mettre en application ces lois, or ces insuffisances laissent la place aux dérives que connaissent actuellement les populations indigènes.

« Le président du Pérou Alan García niait jusqu’à présent l’existence de peuples isolés affirmant qu’il s’agissait d’une invention de la part des ONG visant à empêcher le Pérou d’obtenir des concessions pétrolières et forestières« , a déclaré Fiona Watson, Directrice de Campagne de Survival International.

(Source : Vidéo Survival publiée le 4 février)