A un mois des élections présidentielles au Pérou, l’ancien chef de l’Etat, Alejandro Toledo (parti PERU POSIBLE), qui a été à la tête du pays entre 2001 et 2006, figure comme grand favori avec environ 30 % des intentions de vote (selon les derniers sondages). Un score qui, toutefois, ne lui permettrait pas d’accéder au pouvoir dès le premier tour.

Alejandro Toledo devrait se retrouver, selon les analystes politiques, au second tour face à la candidate Keiko Fujimori (parti Fuerza 2011), fille de l’ancien président Alberto Fujimori, poursuivi en justice, puis condamné pour violation des droits de l’homme et détournement des fonds.

Les derniers sondages placent le candidat Alejandro Toledo en tête, suivi de Keiko Fujimori et de l’ancien maire de la capitale, Lima, Luis Castañeda (parti de centre droite ALIANZA SOLIDARIDAD NACIONAL), les deux outsiders seraient au coude à coude en totalisant respectivement 19 % et 22 % des intentions de vote. Le premier tour des élections présidentielles se tiendra le 10 avril, une campagne qui ne génère pas un grand enthousiasme parmi la population péruvienne selon les politologues. Au-délà des profils de chaque candidat et de leur tendance, la campagne électorale est caractérisée par une dominante, chaque prétendant à la présidence souhaite s’inscrire dans la continuité du prédécesseur, Alan Garcia, et surtout de sa politique économique actuelle qui a permis une croissance de 8,8 % sur l’année 2010, même si la lutte contre la pauvreté reste au coeur des débats.

« Alejandro Toledo récolte les faveurs de la population et devrait se retrouver en ballottage lors du second tour qui se tiendra le 5 juin, il a mené la meilleure campagne et a su séduire les différents secteurs de la population péruvienne dans diverses régions du pays » a souligné l’analyste et historien Nelson Manrique à l’agence de presse AFP.

« Le duel va avoir lieu entre la candidate Fujimori et le candidat Castañeda pour l’accès au second tour des élections présidentielles », a-t-il ajouté.

Keiko Fujimori

Selon l’analyste, la candidate Fujimori plafonne depuis environ six mois, elle a attiré les anciens partisans du président Fujimori mais ne parvient pas à séduire un nouvel électorat, et ne bénéficie pas, à ce titre, d’une réserve de voix, comme il le souligne « Ses sympathisants sont ceux du président Fujimori, elle n’a pas attiré de nouveaux électeurs ». Le sociologue Eduardo Toche, du Centro de Promoción del Desarrollo, souligne que Keiko Fujimori pourrait arriver au second tour tout en reconnaissant ses limites.

« Keiko Fujimori possède un noyau dur qui votera pour elle quoi qu’il arrive, mais il existe aussi un important vote contestataire d’une partie de la population qui en aucun cas ne votera pour elle » a-t-il déclaré.

Ce vote contestataire s’explique par le fait que la candidate « n’a pas été capable de montrer assez de distance et d’indépendance vis-à-vis de la figure paternelle et de sa gestion du pays avec ce qu’elle a pu avoir de positif mais aussi de négatif « . L’ancien président Alberto Fujimori purge actuellement une peine de 25 ans de prison pour violation des droits de l’homme survenue pendant sa présidence entre 1990-2000, cependant il bénéficie encore d’une popularité certaine dans certains secteurs de la société péruvienne, surtout dans les provinces et zones rurales. Cependant, avec un noyau de fidèles partisans avoisinant les 20 %, le fille de l’ex-chef de l’Etat risque de compter sur la scène politique dans les prochaines années.

Luis Castaneda

Concernant le candidat Luis Castañeda, s’il a réussi à obtenir une large popularité en tant que maire de Lima (une cote estimée à 80 %) ; le politique connaît quelques difficultés à fédérer au niveau national. L’une des particularités de cette élection présidentielle est que le parti politique APRA (centre gauche), du président en place, n’aura aucun représentant, en effet la candidate, ex-ministre de l’Economie Mercedes Aráoz, s’est retirée des elections pour divergences internes au sein du parti, les différentes enquêtes la créditaient d’environ 6 % des intentions de vote. L’analyste Carlos Basombrío a écrit dans le quotidien Diario Perú 21 que depuis le mois de janvier les bouleversements dans les sondages sont quasiment insignifiants et que la situation n’est pas propice à « des changements brusques ».

Les analystes politiques s’accordent à dire que la campagne génère peu d’enthousiasme parmi les votants, « Les gens se méfient des politiques et ne choisissent pas la meilleure mais le moins pire des candidats » a déclaré Manrique.

Ce sont pourtant 11 candidats qui sont en lice pour les présidentielles de 2011 afin de mener à bien un mandat d’une durée de cinq ans : Alejandro Toledo, Keiko Fujimori, Luis Castañeda, PPK soit Pedro Pablo Kuczynski (ex-ministre de l’Economie durant le gouvernement de Toledo), Ollanta Humala (gauche nationaliste), Rafael Belaunde, Juliana Reymer, Ricardo Noriega, José Ñique, Rodríguez Cuadros et Alberto Pizango.

Verdict dans les urnes, pour le premier tour des présidentielles 2011 dans un mois jour pour jour…