Le candidat Ollanta Humala, ancien militaire (colonel de l’Armée) de gauche du parti « Gana Perú », a remporté le premier tour des élections présidentielles péruviennes qui se sont tenues, hier dimanche 10 avril, avec 27,62 % des scrutins. Il est assuré de participer au second tour qui aura lieu le 5 juin prochain, cependant le nom de son rival reste pour le moment incertain puisque les résultats demeurent très serrés et que tous les scrutins n’ont pas encore été dépouillés principalement en province.

Pedro Pablo Kuczynski

La seconde place est disputée entre l’ancien ministre conservateur Pedro Pablo Kuczynski du parti « Alianza por el Gran Cambio », et la fille de l’ancien mandataire Alberto Fujimori, aujourd’hui emprisonné pour violation des Droits de l’Homme, la représentante du parti Fuerza 2011, Keiko Fujimori. Les derniers résultats officiels donnent une avance au candidat Kuczynski avec 23,11 % des scrutins suivi de Keiko Fujimori avec 21,95 % des suffrages (sur un total de 43 % des votes dépouillés à l’heure actuelle).

Ces chiffres en ont été dévoilés par la responsable de la ONPE ou Oficina Nacional de Procesos Electorales (Bureau Officiel des Processus électoraux) , Magdalena Chú, qui a déclaré que son organisme espérait avoir les résultats définitifs et officiels de la totalité des suffrages au niveau national d’ici une semaine.

« Nous aimerions donner les résultats définitifs en moins d’une semaine mais cela dépendra de la rapidité avec laquelle les résultats des provinces les plus reculées nous parviendront, cela peut mettre entre cinq et six jours pour arriver dans nos centres de comptage » a déclaré la responsable durant l’émission Radio Programas del Perú (RPP).

Les chiffres officiels ont cependant placé sans équivoque le candidat nationaliste de gauche et fervent défenseur d’une plus grande justice sociale, Ollanta Humala à la tête des suffrages. Ces chiffres officiels, pour le moment temporaires, ne coïncident pas avec les résultats d’enquêtes émises hier soir par trois Instituts de sondage qui placent la candidate Keiko Fujimori en seconde place. Chu précise que ces divergences s’expliquent par le fait que les votes qui sont comptabilisés en premier sont ceux des villes et en particulier de la capitale, un électorat davantage favorable à Kuczynski.

Les résultats officiels, partiels, étaient à peine tombés que le candidat Humala, âgé de 48 ans a déclaré « Tout nous prouve que nous sommes au second tour des élections présidentielles » avant de préciser  » nous en appelons à l’unité pour tous ceux qui aspirent à une grande transformation ».

Le candidat Kuczynski âgé de 72 ans, a affirmé avec un ton triomphal « Il ne faut pas écouter les enquêtes mais bien la ONPE » tout en appelant à la prudence parmi ses électeurs et ses soutiens. En effet, le candidat a affirmé qu’il se plierait aux résultats officiels qu’ils soient en sa faveur ou non.

Keiko Fujimori

Pour sa part, la candidate Keiko Fujimori, âgée de 35 ans a également célébré sa victoire devant ses partisans en déclarant « je peux affirmer avec tranquillité, sérénité et avec fermeté et joie que nous irons au second tour mes chers amis ».
L’ancien président Toledo a reconnu son échec et a déclaré  » le Pérou a exprimé sa colère et son mécontentement face à une croissance économique qui ne permet pas une redistribution équitable des bénéfices ». L’annonce officielle des premiers résultats a généré une confusion du fait que les premières enquêtes donnaient en outsider la candidate Fujimori suivie de Kuczynski avant que la tendance ne s’inverse.

Les élections péruviennes doivent permettre, certes, de désigner le prochain président de la République, successeur de l’actuel chef de l’État Alan García, mais aussi deux vices-présidents, 130 congressistes et 15 représentants pour le Parlement andin.

Magdalena Chu a précisé que les élections s’étaient déroulées sans incident majeur à travers le pays, à l’exception de trois centres situés dans une zone « cocalera » (de culture de la « coca »)  où de nombreux groupes armés en lien avec le narcotrafic évoluent . À la mi-journée, les seuls incidents ont eu lieu lorsque le candidat Humala a été interpellé sous le qualificatif  « d’assassin ! » et de « Chavez, non ! » alors qu’il se rendait au bureau de vote avec son épouse Nadine Heredia, dans un bureau situé dans un quartier de Lima.

Le candidat, vainqueur du premier tour, bénéficie d’un important soutien parmi la population la plus pauvre essentiellement dans les zones andines. Il a promis que s’il était élu, il convoquerait une Assemblée Constituante qui instaura, entre autres, la nationalisation de certaines entreprises à l’instar du modèle instauré par son homologue Chavez au Venezuela et suivi par la Bolivie, l’Équateur ou encore le Nicaragua.

La répartition des votes, à l’heure actuelle, pour le reste des candidats est la suivante : Alejandro Toledo (15,37 8%), Luis Castañeda (11,507 %), José Antonio Ñique de la Puente (0,260 %), José Noriega (0,112 %), Juliana Reymer (0,099 %), Rafael Belaunde (0,096 %), Humberto Pinazo (0,057 %) et le candidat Manuel Rodríguez Cuadros (0,043 %).

Ce sont hier 19,9 millions d’électeurs qui ont été appelés aux urnes pour statuer sur le nom du prochain chef de l’État péruvien.

Le vainqueur Ollanta Humala, dont le nom en langue aymara (langue indigène) signifie « Le guerrier qui voit tout » se définit comme un nationaliste alors que ses opposants le dénigrent en le qualifiant de « Pro Chavez », cependant le candidat dit se sentir plus proche du courant politique et économico-social défendu par le Brésil ou encore l’Argentine. Humala a séduit les secteurs les plus démunis de la société qui représentent 34 % de la population en expliquant que la croissance économique ne bénéficiait pas aux plus pauvres.

Le résultat du premier tour élections ne doit pas satisfaire le prix Nobel et l’ex candidat à la présidentielle, Mario Vargas Llosa, qui avait déclaré que si le second tour marquait l’affrontement entre Ollanta Humala et Keiko Fujimori, le peuple péruvien devrait choisir « entre le cancer et le sida en phase terminal »

Quel que soit le candidat qui s’opposera (au second tour qui se tiendra le 5 juin) au candidat de gauche nationaliste, Ollanta Humala, il s’agira d’un duel très antagonique et marqué, entre l’ultra-libéral Kuczynski, ou bien une représentante de la droite populiste, Keiko Fujimori.