Pérou : Keiko Fujimori affrontera bien Ollanta Humala au second tour

Pérou, Politique — Par le 12 avril 2011 à 12 h 45 min

La candidate de Alianza 2011, Keiko Fujimori, affrontera finalement au second tour des élections présidentielles, qui auront lieu le 5 juin prochain, le candidat nationaliste de gauche du parti Gana Perú, Ollanta Humala.
Selon les derniers résultats officiels obtenus émis par la ONPE ou Oficina Nacional de Procesos Electorales (Bureau Officiel des Processus électoraux) après le dépouillement de 80 % des scrutins, la fille de l’ancien chef de l’État, Alberto Fujimori, aujourd’hui emprisonné pour corruption et violation des Droits de l’Homme, obtient 23,1 % des bulletins de vote, soit trois points de plus que son rival direct, l’ancien ministre de l’Economie durant le gouvernement de Alejandro Toledo, Pedro Pablo Kuczynski (20,1%).

Les deux candidats étaient jusqu’ici en ballottage, cependant l’avance de la candidate est désormais trop importante pour qu’il puisse y avoir un revirement de situation dans les 20 % de bulletins qui doivent encore être dépouillés. Le vainqueur incontesté depuis le début de ce premier tour, Humala, a, quant à lui, réuni 30,5 % des suffrages.
L’outsider Kuczysnki a reconnu publiquement sa défaite en déclarant « nous nous approchons d’une situation où il semble évident que le second tour opposera la candidate Keiko Fujimori face à Ollanta ».

Ollanta Humala

Le climat d’incertitude, qui règne après ce premier tour, a poussé le président en place Alan García, à prendre la parole en public afin de tranquilliser les investisseurs de son pays et les marchés internationaux. Le chef de l’État a déclaré « le pays est suffisamment solide pour maintenir le cap » avant d’ajouter « le monde sait pertinemment que, quel que soit le futur président, homme ou femme, il sera tenu de respecter les engagements existants et les lignes rationnelles du système économique mondial ».
Malgré cette déclaration rassurante, la presse péruvienne n’a cesse de se faire écho à la déclaration du prix Nobel Mario Vargas Llosa qui avait déclaré que le peuple péruvien devrait choisir « entre le cancer et le sida » faisant référence ainsi aux deux candidats présents au second tour. Selon l’écrivain, le candidat Ollanta Humala est un Hugo Chávez à l’empreinte ‘faussement’ brésilienne, et quant à la possible arrivée au pouvoir de la candidate Fujimori, l’intellectuel a affirmé que les criminels et les assassins passeraient dès lors « directement de la case prison au gouvernement ».

« L’extrême droite affronte une extrême gauche avec un centre morcelé en trois » a déclaré l’auteur de « Lituma en los Andes ».

Le président García a félicité les deux candidats encore en lice, et a déclaré  » Mes félicitations à M. Ollanta Humala qui est parvenu à exprimer l’anxiété de nombreux Péruviens, 30 % de la population qui aspire à davantage d’attention et d’actions, et je suis certain qu’avec une implication certaine, le prochain gouvernement parviendra à calmer leurs doutes ». Le chef de l’État a rappelé qu’un grand nombre de personnes n’avait pas voté pour les deux candidats encore en route pour la victoire et a souligné que le gagnant devrait réunir les autres forces électorales afin de gouverner au mieux. Concernant la candidate de 35 ans, le président péruvien a souligné son engagement auprès des plus pauvres et le fait qu’elle ait mené une campagne propre.

Le candidat Humala a d’ores et déjà promis qu’il ne changerait pas le modèle économique en vigueur et qu’il proposera aux investisseurs étrangers de trouver une solution à la « stabilité sociale » dans son pays et il s’est également engagé à renforcer ses relations avec les États-Unis. Dans une interview accordée à la radio nationale colombienne ou Radio Cadena Nacional de Colombia (RCN), il a clairement déclaré qu’il ne modifierait pas le système économique en place bien qu’il considère que « les richesses sont mal redistribuées » et a annoncé à ce titre des modifications.

Keiko Fujimori

Fujimori, âgée de 35 ans, est la fille de l’ancien président controversé Fujimori (1990-2000), qui purge actuellement une peine de prison pour deux chefs d’accusation. Selon les analystes, la candidate a repris les thèmes phares de son père, à savoir la lutte contre la pauvreté et la lutte contre l’insécurité. Alberto Fujimori reste pour beaucoup celui qui est parvenu à mettre à terre le Sentier Lumineux (organisation terroriste d’extrême gauche), et à réduire l’inflation, cependant son nom est aussi associé à la violation des droits de l’homme les plus fondamentaux, et à une gestion marquée par une forte corruption.

Humala, âgée de 48 ans, est un ancien militaire qui en 2006 avait perdu les élections présidentielles face à García. Nationaliste de gauche, il est favorable à une politique interventionniste de l’État dans le secteur économique et met l’accent sur une redistribution des richesses qui puisse favoriser les classes sociales les plus pauvres.

Le prochain président élu démocratiquement le 5 juin prochain sera à la tête d’un pays de 30 millions d’habitants pour un mandat de cinq ans.

Il est à noter que la présence de deux candidats que l’on peut qualifier de populistes, bien qu’ils appartiennent à des familles politiques différentes, au second tour des élections présidentielles, reflète l’insatisfaction d’une grande partie du peuple péruvien face aux courants politiques dits ‘traditionnels’, et de leur volonté d’être inclus dans la vie politique et de ne plus être exclus de la croissance économique que le pays connaît depuis quelques années. Ces resultats ouvrent une série d’interrogations quant au modèle politique que le Pérou s’appliquera à suivre dans les prochaines années.


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