L’Équateur a la chance de bénéficier d’un patrimoine naturel exceptionnel, le pays se classe parmi les 10 Etats possédant la biodiversité la plus importante au monde. Cependant, paradoxalement, il est également le second territoire où il existe le plus grand nombre d’espèces de mammifères menacées. La récente diffusion de la seconde édition du « Livre rouge des mammifères en Équateur » a mis en évidence le risque encouru par ces espèces animales, 43 espèces étaient répertoriées en 2001 lors de la première édition, une décennie plus tard, ce sont 105 espèces qui apparaissent en danger.

Ce chiffre préoccupant place l’Équateur en seconde position concernant le nombre d’espèces de mammifères menacées, à la tête de ce classement l’on retrouve l’Indonésie avec 185 espèces menacées pour un total de 560. Le Mexique arrive après l’Équateur avec 101 espèces menacées sur 529, et l’Inde avec 96 espèces de mammifères menacés pour un total de 410.

Singe araignée à tête de brune

Parmi les espèces équatoriennes les plus sévèrement touchées, on peut mentionner en particulier le « manatí » ou lamentin d’Amazonie, l’ours fourmilier géant de la Côte (Costa), le singe capucin de la côte (Costa), le singe araignée à tête brune, et 16 autres espèces de mammifères. Si rien n’est fait pour préserver au plus vite ces espèces, certaines connaîtront un destin similaire au ras côtier de San Cristobal, au rat géant des Galapagos, ces animaux ont totalement disparu en raison de l’image négative que véhicule le rat sur le continent.

Diego Tirira, auteur du « Livre rouge des mammifères en Équateur » (‘Libro Rojo de los mamíferos del Ecuador’), regrette que le pays ne fasse pas assez d’effort pour conserver la vie sylvestre. Des parcs nationaux et autres aires protégées existent seulement sur le papier selon le biologiste : « Tout le monde ignore la législation établie ces 10 dernières années, personne ne la respecte, et personne n’est sanctionné pour l’avoir enfreinte ».

Dans une publication de la BBC, Tirira a affirmé que la plus grande menace était la destruction des habitats naturels en particulier des forêts, ainsi que la surexploitation des ressources naturelles. Tant que le bois sera « source d’argent », il sera difficile de contrôler la déforestation tout en ajoutant qu’en Amazonie les gens perçoivent la nature « comme une ressource économique ».
Il affirme « lorsqu’un chef de famille de la région a besoin d’un remède parce que sa femme est malade ou des fournitures scolaires pour son enfant, il regarde la forêt comme son compte en banque et coupe un arbre, ou bien chasse singe ou encore tire sur un tapir ».

Il revient également sur la chasse illégale et le trafic d’animaux protégés qui constituent des facteurs déterminants dans la disparition de certaines espèces. Il est par exemple avéré que des communautés indigènes, évoluant près de la route Maxus se rendent chaque samedi sur le marché de Pompeya, à Orellana avec des cargaisons de singes, de pécaris et autres espèces qui ont été chassées dans le parc Yasuní. Cette viande de brousse qui est ainsi revendue a fait l’objet d’une fumaison préalable afin de garantir une plus longue conservation aux consommateurs.

Les initiatives privées ou publiques de protection environnementale s’avèrent insuffisantes. Le biologiste équatorien déclare avec amertume « la conservation est malheureusement un négoce ou un mode de vie pour de nombreuses personnes. Que ce soient des O.N.G. ou tout autre type d’institutions, ils protègent uniquement ce qui leur rapporte, mais ils n’apportent quasiment rien de positif à l’environnement ». De fait, la disparition d’une espèce peut survenir sans que personne ne s’en aperçoive, à chaque disparition l’équilibre d’un écosystème est menacé et cela affecte sur du long terme la chaîne alimentaire de l’être humain. Chaque espèce animale remplit une fonction spécifique.

Le « Livre rouge des mammifères en Équateur » laisse donc entrevoir que, malgré sa riche biodiversité, l’Équateur abrite aussi de nombreuses espèces menacées, en particulier des primates, des chauves-souris, qui en Colombie, au Brésil ou au Pérou se portent bien. Mais malheureusement le territoire équatorien subit une déforestation importante ces dernières années. Les conclusions de ce rapport sont valides et concordantes, en effet ce sont 50 scientifiques qui présentent leurs constatations après observation. Ils se sont également servis de cartes, des images satellitaires pour établir leur étude basée sur l’évaluation sur 100 % des espèces de mammifères reconnus.

Les conclusions de ce rapport invitent à une autre question, qu’en est-il du projet Yasuni ITT maintes fois évoqué depuis trois ans ?

Le vice-président du pays, Lenín Moreno, a insisté fin mars sur la nécessité de protéger le patrimoine naturel de la planète. Il est revenu sur la proposition équatorienne de laisser 20 % des réserves pétrolières sous terre en Amazonie contre une compensation financière provenant des pays les plus riches. Le vice-président a souligné que cette initiative ne sauverait pas la planète, mais qu’il s’agissait d’un premier pas vers une politique plus respectueuse de l’environnement. Le parc national Yasuni abrite sur un seul hectare plus d’espèces d’arbres et d’arbustes que sur les territoires des États-Unis et du Canada réunis, ce sont 150 espèces d’amphibiens qui évoluent, 121 espèces de reptiles, 585 espèces d’oiseaux, 200 espèces mammifères, et plus de 4000 espèces de plantes.

Manati d’Amazonie

Pour rappel, l’Équateur a proposé en 2007 devant l’Assemblée Générale des Nations-Unies de ne pas exploiter des reserves pétrolières estimées à 846 millions de barils de brut localisées dans la Parc National Yasuni. En échange, le gouvernement sollicite une contribution financière internationale à hauteur de 3600 millions de dollars (soit 50 % du manque à gagner que l’États équatorien recevrait pour l’exploitation de son sous-sol). Un projet ambitieux qui galvanise dans le fond bon nombre de gouvernements européens, entre autres, mais qui dans la forme suscite peu d’engagements concrets.

Afin de mieux faire connaitre les ambitions de Yasuni ITT, le réalisateur Leonardo Wild a réalisé un film documentaire intitulé « Yasuní: Dos Segundos de Vida », tourné au coeur de l’Amazonie pour faire découvrir quels sont les enjeux environnementaux mais aussi humains, avec la présence des communautés autochtones, sur ce territoire. Le film a été présenté fin mars au Festival International du Cinéma Environnemental à Washington. Il s’agissait, par ailleurs, du seul film équatorien parmi 150 films à vocation documentaire.

Soulignons que, depuis que 20 ans, l’Équateur fait de nombreux efforts de préservation avec 19 % du territoire protégé, mais le manque de moyens ne permet pas toujours de veiller au bon respect des zones protégées (lutte contre le braconnage, déforestation illégale…), quant à la pauvreté de certaines populations autochtones, elle restera encore longtemps à l’origine d’un trafic de viande, ou autres, source d’une rentabilité certaine .

Le chemin est encore long et les dangers qui pèsent sur la nature équatorienne encore trop nombreux…