Le secrétaire argentin de l’Industrie, Eduardo Bianchi, se réunit aujourd’hui et demain, à Buenos Aires, avec son homologue brésilien, Alessandro Teixeira, afin de trouver une solution au conflit commercial suscité par des mesures protectionnistes adoptées par chaque pays, une information confirmée hier par des sources officielles à l’agence de presse EFE.
Cette réunion qui se tiendra sur deux jours a été accordée par la ministre argentine de l’industrie, Débora Giorgi, et l’ambassadeur du Brésil à Buenos Aires, Enio Cordeiro, il s’agit d’un prologue à la prochaine rencontre des ministres de l’Industrie de chaque pays.

Le gouvernement brésilien a imposé, il y a une dizaine de jours, des licences non automatiques (les licences non automatiques sont utilisées pour administrer certaines restrictions au commerce telles que des restrictions quantitatives) à l’importation d’automobiles quelle que soit leur provenance, cependant l’Argentine a interprété cette décision comme une représaille directe face aux barrières qu’impose le pays à certains aliments et produits en provenance du Brésil. De fait, le gouvernement de la présidente brésilienne, Dilma Rousseff, a imposé des restrictions une journée après que le ministre du Développement, de l’Industrie et du Commerce Extérieur du Brésil, Fernando Pimentel, se soit plaint des mesures restrictives qui affectent certains produits brésiliens tout particulièrement dans le domaine alimentaire, et qui par conséquent ne parviennent plus à entrer sur le territoire argentin. Giorgi a qualifié la mesure imposée par le Brésil « d’intempestive et de non réfléchie » et a envoyé une lettre à son homologue dans laquelle il évoque le bien-fondé des mesures adoptées par l’Argentine et dans laquelle il accuse  « le principal rival commercial » d’imposer de multiples obstacles aux exportations argentines. De plus, il a assuré que la résolution approuvée par le Brésil affectait près de 50 % du commerce bilatéral. L’économiste et chercheur du Conicet, Roberto Bouzas, a affirmé que la mise en place de licences non automatiques marquait un changement par rapport à la politique plus « contemplative » du gouvernement de Lula Da Silva et précise que la mesure compromet quasiment la moitié des exportations argentines sur le territoire brésilien.

L’Argentine est le troisième rival commercial du Brésil en ordre d’importance après la Chine et les États-Unis, avec un volume bilatéral d’échange qui avoisine les 33 000 millions de dollars en 2010, et avec un déficit d’un peu plus de 4000 millions pour l’Argentine selon des chiffres officiels. Le ministre brésilien Pimentel a souligné que les nouveaux délais pour les licences peuvent causer « un problème de flux à court terme » mais que cela sera stabilisé avec la mise en place du délai de 60 jours pour la concession de licences. Pour sa part, l’assesseur rattaché aux Affaires Extérieures de la présidence du Brésil, Marco Aurelio García, a tenu à relativiser l’idée d’une « guerre commerciale entre l’Argentine et le Brésil » relayée par les médias en soulignant que les deux pays avaient des rapports parfaitement cordiaux  « rien ne pourra nous faire fâcher avec nos frères » a affirmé García, faisant référence aux restrictions sur le commerce imposées par le Brésil dans le domaine de l’importation automobile. Dans des déclarations effectuées à l’agence de presse Ansa, García a souligné que l’unique orientation de Rousseff était de « préserver la bonne relation établie entre les deux présidentes », soit son homologue argentine, Cristina Kirchner.

Le ministre brésilien Pimentel a expliqué que le gouvernement avait pris cette décision de contrôler les importations d’automobiles à la frontière car ils avaient noté « une augmentation significative du déficit de la balance commerciale dans le secteur qui est passé de 789 millions de dollars en janvier 2010 à 1 900 millions en janvier 2011 » et a rejeté l’idée qu’il puisse s’agir d’une contre-attaque aux mesures préalablement adoptées par le gouvernement argentin. Le gouvernement argentin avait imposé des licences non automatiques aux Brésiliens au mois de mars afin de réguler les importations sur une dizaine de produits parmi lesquels des pneumatiques, des articles de métallurgie, le textile, des appareils électriques de consommation courante ou encore les bicyclettes et pièces de vélo, mais aussi sur des produits alimentaires comme le chocolat, les confiseries et les pâtes.

Il faut savoir que le Brésil devient un peu plus indispensable à l’Argentine chaque jour tant d’un point de vue des variables macro-économiques que du point de vue de la consommation. L’Argentine exporte 21 % des exportations totales vers le Brésil, dont 42 % des exportations industrielles. Le Brésil est, à ce jour, la huitième puissance économique mondiale, « elle est sur le point d’être la septième en supplantant prochainement l’Italie ». Les relations bilatérales entre l’Argentine et le Brésil se sont particulièrement renforcées pendant la décennie a déclaré un économiste de la Fondation Standard Bank, Raúl Ochoa. Cependant, comme le souligne Raúl Ochoa l’intensité de la relation n’est pas la même des deux côtés, le Brésil est beaucoup plus présent en Argentine mais il n’en est pas de même pour l’Argentine sur le territoire brésilien. Pour les Brésiliens, l’Argentine constitue la troisième destination dans le domaine de l’exportation de l’importation avec des taux respectifs de 9,2 % et 8 % (alors que le Brésil occupe la 1re place pour l’Argentine). La décision du Brésil d’imposer des licences non automatiques pour l’importation de certains produits, il y a environ une semaine, affecte particulièrement l’industrie automobile argentine et pénalise fortement le pays car ce sont 80 % des exportations de voitures neuves qui sont destinées au marché brésilien. À titre d’exemple ce sont 70 % des hamburgers consommés en Argentine qui proviennent de capitaux brésiliens en accord avec des chiffres émis par le marché CCR.

Comme geste de bonne volonté, jeudi dernier, le gouvernement brésilien a autorisé l’entrée de 1000 véhicules neufs (sur les 3000 bloqués) sur son territoire, un geste de conciliation qui a rendu possible la rencontre d’aujourd’hui et de demain. De leur côté, les Brésiliens espèrent que l’Argentine va s’engager à ce que la situation se normalise et que les produits en provenance du Brésil tels que les pneumatiques, les chaussures, et les batteries puissent à nouveau entrer sur le territoire.

« Depuis la crise mondiale de 2009 de nombreux pays ont adopté des mesures protectionnistes. Et nous n’avons pas fait exception à la règle » a affirmé à El Tribuno l’économiste et l’ancien président de la banque « Banco Hipotecario« , Pablo Rojo, pour expliquer la mise en place des licences non automatique en mars de la part de l’Argentine et plus récemment de la part du Brésil.