Au Honduras, un enfant sur quatre souffre de faim chronique, a assuré le représentant du Programme Alimentaire Mondial (PMA) sur place, Miguel Barreto. Plus de 300 000 enfants, soit un quart de la population infantile du Honduras souffrent de dénutrition, une population jeune qui s’avère, de fait, plus fragile et sujette aux maladies, mais aussi plus exposée à un retard physique et à des difficultés au niveau scolaire. Cette problématique freine également l’intégration future de ses enfants dans la vie active comme le souligne le coordinateur de l’Organisme des Nations Unies présent au Honduras. Pour rappel, la dénutrition est un état pathologique résultant d’apports nutritionnels insuffisants en regard des dépenses énergétiques de l’organisme. Lorsque les apports sont inadaptés en plus d’être insuffisants on préfère parler alors de malnutrition. La dénutrition infantile au Honduras est estimée à 70 % dans le « couloir sec » (« corredor seco » zone aride du pays) et à environ 40 à 50 % au niveau national.

Pour informations, le Programme alimentaire mondial (PAM, en anglais World Food Programme) est l’organisme d’aide alimentaire de l’ONU. La plus grande organisation humanitaire du monde, le PAM fournit principalement de la nourriture aux personnes souffrant de la faim. En moyenne, chaque année, le PAM nourrit 90 millions de personnes dans 80 pays, dont 58 millions d’enfants (http://fr.wfp.org/)

Marche contre la faim

Le coût de la faim au Honduras atteint 780 millions de dollars par an selon le Programme Alimentaire Mondial, un chiffre qui augmente encore avec les années en raison du dénuement social de ces jeunes lorsqu’ils arrivent à l’âge adulte. Selon des études du PAM, la dénutrition est particulièrement présente dans les départements de Choluteca, La Paz, Intibucá, Valle, Santa Bárbara et Lempira, des territoires qui ont perdu 80 % des récoltes en raison de sécheresses ou au contraire d’inondations. Pour l’organisation, dans ces régions, la faim est encore plus marquée que dans les pays d’Afrique les plus pauvres et récemment à La Paz, les autorités ont reporté la mort de deux enfants par inanition.

Des rapports émis par l’organisme international placent le Honduras comme la seconde nation d’Amérique latine avec les pires taux de dénutrition infantile. Face à une telle situation, le gouvernement hondurien a déclaré l’année 2011 comme « l’Année de la Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle » (« Año de la Seguridad Alimentaria y Nutricional ») et a annoncé une stratégie afin de garantir le droit à l’alimentation, prévue dans le Traité de Libre Commerce avec les États-Unis. Cependant, une telle politique pourrait porter préjudice, un peu plus encore, aux petits producteurs agricoles comme le souligne Fausto Lara, vice-président du Programme National de Grains Basiques, qui considère que l’entrée dans le pays d’aliments qui sont exemptés de frais de douane risque d’induire davantage de pauvreté dans le pays et donc d’accentuer la faim sur le territoire.

Le 29 mai, une marche contre la faim a été organisée et ce sont plus de 30 000 personnes qui ont participé à cet événement qualifié de « Faim Zéro » « (« Hambre Cero »). Une manifestation organisée annuellement par le Programme Alimentaire Mondial. Le boulevard Morazán, est devenu pour l’occasion une vitrine grâce à laquelle les autorités locales et gouvernementales mais aussi des entreprises privées et la population d’une façon générale, ont pu protester contre le fléau de la dénutrition. Des familles entières ont fait le déplacement dans les environs du stade national Tiburcio Carías Andino où le coup d’envoi de la marche a été donné. C’est en ces lieux, que des représentants du Programme Alimentaire Mondial et des autorités ont coupé le traditionnel ruban qui sonnait le début de cette marche de grande valeur symbolique. Pour sa part le représentant du PMA, Miguel Barreto s’est montré enthousiaste devant la foule massive et a déclaré « cela reflète parfaitement l’engagement de la société hondurienne qui considère la question de la dénutrition comme un sujet majeur ».

L’évènement a pour slogan «  “Vamos a mil por su futuro” et souligne ainsi l’importante du programme du PAM qui s’engage à alimenter correctement les enfants durant les « 1000 » premiers jours de leur existence.

Avec une population estimée à 8 millions d’habitants, un individu sur huit au Honduras vit dans des conditions de pauvreté tandis que cinq vivent dans une situation d’extrême précarité, a révélé le commissariat aux droits de l’homme. Le manque de nourriture est à l’origine de plusieurs décès par an. « De nombreuses familles font les poubelles pour trouver de quoi s’alimenter » se lamente Ramón Custodio.

D’autre part, la secrétaire à l’agriculture des États-Unis, Tom Vilsack, a annoncé le 19 mai que leur pays allait débloquer 200 millions de lempiras (monnaie hondurienne) afin de les remettre au gouvernement hondurien, une aide qui s’inscrit dans le cadre du programme « De la nourriture pour le Progrès » (« Food for the progress »). La donation sera faite en produits alimentaires de base. Ce programme bénéficie à plusieurs pays à travers le monde et a pour objectif principal d’assurer la sécurité alimentaire globale et la durabilité de la production agricole dans les pays récepteurs.

Vilsack a souligné que ce geste s’inscrivait pleinement dans la politique menée par le président Barack Obama, à travers le programme d’aide alimentaire au niveau mondial « Alimentons le futur ». (http://www.feedthefuture.gov/)