Le candidat nationaliste de gauche, Ollanta Humala (sorti vainqueur du premier tour des élections qui a eu lieu le 10 avril), a remporté les élections présidentielles qui se sont tenues hier, dimanche 5 juin au Pérou. Il s’agit encore de résultats partiels puissent que ce sont 86,592 % des scrutins qui ont été dépouillés à l’heure actuelle, il faut attendre les résultats des zones rurales les plus éloignées pour confirmer définitivement l’information sachant, cependant, que le candidat de gauche est davantage populaire dans ces régions que son adversaire de droite Keiko Fujimori. Il convient de préciser également que son avance s’est encore accrue au fil du dépouillement et qu’à ce titre sa victoire est quasi certaine. Le candidat du parti Gana Peru remporte 51,183 % (il disposait de 50,7 % des suffrages au moment où 84,4 % des bulletins avaient été dépouillés) tandis que sa rivale de droite, Keiko Fujimori, a obtenu 48,817 % (elle avait récolté 49,29 % des scrutins au moment où 84,4 % des bulletins avaient été dépouillés), selon des chiffres officiels émis par le Bureau National des Processus Électoraux ou la Oficina Nacional de Procesos Electorales (ONPE).

Le dernier rapport officiel divulgué par Magdalena Chú, représentante de l’ONPE, indiquait les scores des principales zones urbaines, de la capitale Lima, ainsi que les capitales des départements. Selon les premières informations, le vainqueur aurait remporté la victoire dans 17 régions tandis que la candidate Fujimori a eu l’ascendance dans la capitale. Ollanta Humala a remporté la victoire essentiellement dans les régions du sud et de l’ouest du pays où les communautés indigènes sont majoritaires parmi lesquelles Amazonas, Áncash, Apurímac, Arequipa, Ayacucho, Cajamarca, Cusco, Huancavelica, Huánuco, Junín, Loreto, Madre de Dios, Moquegua, Puno, San Martín, Tacna et Ucayali. La candidate de droite s’est davantage imposée sur la Côte dans les régions de Callao, Ica, La Libertad, Lambayeque, Piura, Tumbes, Lima, Pasco et Lima (provinces). Dans certaines régions la victoire du candidat Ollanta Humala a été écrasante, son parti récoltant plus de 60 à 70 % des suffrages, par exemple dans les départements de l’Apurímac, Arequipa, Huánuco, Madre de Dios et Moquegua.

Dans la région pauvre et indigène de Puno (actuellement marquée par un blocus mené contre l’installation d’une entreprise minière canadienne), le candidat de Gana Peru a remporté jusqu’à 77,6 % des suffrages, tandis que Fujimori a séduit 58,4 % des électeurs de la capitale, Lima.

Humala a d’ores et déjà reconnu sa victoire alors qu’il se trouvait hier, au moment des premiers résultats, sur la place Dos de Mayo et a prononcé, à ce titre, un discours à l’annonce des résultats partiels dévoilés dimanche en fin de journée. Il a annoncé « la formation d’un gouvernement d’ouverture, de concertation nationale, représentatif des forces démocratiques et ouvert à la société civile ».

Il a bien sûr tenu à remercier le peuple péruvien pour avoir fait le choix du changement « la grande transformation que va connaitre le Pérou est le fruit de millions de péruviens, hommes et femmes qui ont lutté pour défendre la démocratie et ses valeurs » a-t-il déclaré avec conviction. Le nouveau président péruvien a également réitéré son engagement en faveur des classes les plus pauvres en s’engageant à « favoriser la croissance économique et l’inclusion sociale » devant une foule de partisans d’origine humble qui agitait dans la liesse générale des drapeaux péruviens. Concernant les relations internationales, Humala a promis de « travailler dur pour l’unité latino-américaine » avant d’ajouter qu’il souhaitait « développer ses liens avec ses voisins » du continent.

Il a également fait de la lutte contre la corruption une priorité et réclame, à ce titre, le soutien de la population tout en précisant que cela ne sera pas une « tâche aisée ». Le nouveau président élu (même si les résultats sont encore partiels) a déjà reçu les félicitations de chefs de l’Etat étrangers comme le chilien Sebastián Piñera, le bolivien Evo Morales qui salue « le grand triomphe de Humala » ou de personnalités comme l’ancien président du Pérou, Alejandro Toledo, ou encore l’écrivain et Prix Nobel Mario Vargas Llosa qui a affirmé « la démocratie est sauve. Les péruviens ont agi de façon responsable, ils ont adhéré au système libertaire et égalitaire que nous défendons ». L’écrivain avait déclaré pendant la campagne d’entre deux tours au sujet de la fille de l’ancien président Alberto Fujimori, qui purge actuellement une peine de prison pour deux chefs d’accusation (violation des droits de l’homme et détournement des fonds) : « Je suis personnellement convaincue que d’élire Keiko Fujimori présidente du Pérou serait l’erreur la plus grave que puisse commettre le peuple péruvien ».

Ollanta Humala n’a pas manqué de féliciter son adversaire de droite, Keiko Fujimori en lui présentant « ses respects ». La candidate du Parti Fuerza 2011 a déclaré qu’elle reconnaîtrait sa défaite, sans réticence, au second tour des élections présidentielles après le dépouillement de tous les bulletins de vote.

Ollanta Humala, dont le nom en langue aymara (langue indigène) signifie « Le guerrier qui voit tout » est âgé de 48 ans et est issu d’une famille andine d’Ayacucho (il est le deuxième de sept frères). En 2001, il est diplômé d’une maîtrise de Sciences Politiques à la Pontificia Universidad Católica du Pérou, en 2002, il est également diplômé d’un doctorat de Droit International à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne alors qu’il séjourne à Paris. Il est un ancien militaire en retraite (depuis 2004) et avait déjà tenté l’aventure présidentielle en 2006 mais sa candidature s’était soldée par un échec face à la victoire de Alan Garcia. Nationaliste de gauche, il est favorable à une politique interventionniste de l’Etat dans le secteur économique et met l’accent sur une redistribution des richesses qui puisse favoriser les classes sociales les plus pauvres, il se déclare proche de la politique menée précédemment par l’ancien président brésilien, Lula Da Silva.

Ollanta Humala sera investi dans ses nouvelles fonctions le 28 juillet pour une durée de cinq ans et il succédera au président actuel, Alan Garcia.